Le Père Paolo Dall'Oglio a été enlevé en juillet 2013 par les terroristes de Daech (Photo: Patrick Garety et Olivia Crellin/Wikimedia Commons/CC BY-SA 3.0)
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Le Père Paolo Dall'Oglio a été enlevé en juillet 2013 par les terroristes de Daech (Photo: Patrick Garety et Olivia Crellin/Wikimedia Commons/CC BY-SA 3.0)

Syrie: Qu'est-il arrivé au Père Dall'Oglio?

15.11.2018 par Raphaël Zbinden

Le sort du jésuite italien Paolo Dall’Oglio, disparu en Syrie en juillet 2013, reste une énigme. Une vaste enquête du quotidien français La Croix apporte cependant de nouveaux éléments. Des témoins accusent les autorités italiennes d’avoir négligé certains aspects du dossier.

Plus personne n’a eu de nouvelles du Père Dall’Oglio après le 29 juillet 2013. Le jésuite avait rendez-vous à Rakka, au nord de la Syrie, avec les autorités locales de l’organisation djihadiste Daech. Un de ses amis l’a déposé à proximité du bâtiment où il devait se rendre. Le prêtre n’est jamais reparu.

La Croix a mené une enquête de dix mois pour en savoir plus sur cette affaire. Il en ressort des éléments inédits sur les circonstances de la disparition et sur les recherches menées par la suite. Le quotidien français révèle principalement les récits de témoins qui ont côtoyé le Père Dall’Oglio dans les derniers instants avant sa disparition.

Un partisan du dialogue avec les islamistes

L’un d’eux est Youssef Daas, le directeur d’un magazine de la région de Rakka, qui a hébergé le prêtre lors de son séjour dans la ville. Il explique avoir voulu dissuader, sans succès, le jésuite de venir dans la localité désertée par l’armée syrienne en mars 2013. Outre les affrontements entre les groupes armés révolutionnaires, des enlèvements d’activistes et de journalistes avaient déjà lieu dans la zone.

Le jésuite italien voulait rencontrer les responsables de Daech afin de plaider pour la libération d’Ahmed et Firas Al Haj Saleh. L’un de leurs frères, Mohammed, était l’un de ses amis proches. Le Père Dall’Oglio prônait et pratiquait depuis longtemps le dialogue avec les islamistes, même les plus radicaux. En février 2013, il avait réussi à convaincre Al-Qaïda de libérer des otages détenus près de Homs, à l’ouest de la Syrie.

Nuage de rumeurs

Le prêtre avait rendez-vous avec Daech le 29 juillet à midi, au gouvernorat de Rakka. Mohammed Al Haj Saleh l’a déposé en voiture près du bâtiment. Dans l’après-midi, ne le voyant pas revenir, Mohammed à envoyé son fils Iyas et un ami s’informer sur place. Les deux hommes ont été conduits dans le sous-sol et menacés avec une arme par l’un des responsables, qui a prétendu n’avoir jamais vu le Père Paolo.

A Rakka, ses amis n’ont pas pu continuer longtemps les recherches, à cause de la reprise des combats. Youssef Daas a néanmoins recueilli le témoignage de membres de Daech assurant que le Père Dall’Oglio avait été tué. Ils ont raconté que ce dernier se serait disputé avec Abou Mohammed Al Jezraoui, un combattant saoudien. Le djihadiste l’aurait emmené en voiture et tué sur la route. La Croix relève cependant que les ravisseurs auraient pu mentir afin de faire taire les questions. De manière générale, un nuage de rumeurs sur le sort du prêtre rend très difficile d’enquêter sur le cas, note La Croix. Si bien que les enquêteurs se demandent s’il n’existe pas une volonté de certains protagonistes du conflit de brouiller les pistes.

Négligence italienne?

Ce qui est certain, c’est que Daech n’a jamais revendiqué l’enlèvement et qu’aucun témoin direct ne s’est jamais exprimé.

L’Italie a toujours gardé un secret absolu sur l’affaire. Les renseignements italiens ont été en possession des affaires personnelles du prêtre, récupérées par Youssef Daas. Des appareils électroniques et autres carnets que la famille a mis des années à pouvoir récupérer. Les autorités italiennes sont en outre accusées par des témoins d’avoir négligé la poursuite des présumés coupables, dont certains sont actuellement en liberté.

Pour quelles raisons ce “traînage de pieds” des autorités italiennes? Des amis du prêtre disparu font remarquer la “proximité” entre l’Etat italien et le régime de Bachar el Assad, alors que le Père Dall’Oglio était un farouche opposant du président syrien.

Le Saint-Siège ne s’est jamais non plus exprimé sur l’affaire. La Croix soutient que, dans l’Eglise, le cas Dall’Oglio divise. Les chrétiens syriens proches du régime et leurs soutiens parmi les ecclésiastiques d’Occident n’auraient pas pardonné au jésuite son parti pris pour l’insurrection. (cath.ch/cx/rz)

 


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