Taiwan: Une bouddhiste a fondé en 1966 le mouvement Tzu-Chi
La «compassion active» mobilise des millions de bouddhistes
Josef Bossart / traduction: Bernard Bovigny
Taipeh, 1er février 2005 (Apic) Retirés du monde, regardant passivement la souffrance humaine: c’est souvent ainsi que les occidentaux se représentent les bouddhistes asiatiques. Cette image est pourtant loin de la réalité: de plus en plus de bouddhistes agissent face à la souffrance humaine et expriment une «compassion active». Une pionnière dans la diaconie est la Fondation «Compassion Relief Tzu Chi». Fondé il y a 38 ans par une jeune religieuse bouddhiste, ce mouvement a essaimé bien au-delà de Taiwan. Il est soutenu par plus de 4 millions de personnes dans le monde.
Seuls 5% de la population de Taiwan indiquaient dans les années 70 qu’ils étaient bouddhistes. Ils sont maintenant 42% des quelque 22 millions d’habitants de cette île.
Cette croissance est l’expression d’une plus grande acceptation du bouddhisme dans la population. Dans les années 70, les moines et religieuses bouddhistes étaient classés très bas dans la hiérarchie sociale du pays, comme l’a montré une étude entreprise par un Missionnaire de Bethléem Immensee sur le système des valeurs à Taiwan. Mais les dernières décennies ont vu apparaître de grands changements dans ce domaine.
Le bouddhisme a gagné en prestige. Dans les rangs des novices, la relève ne manque d’ailleurs pas, affirme le missionnaire suisse Laurenz Schelbert, âgé de 65 ans, en activité à Taiwan depuis 1967. Autrefois, les jeunes hommes rejoignaient les monastères bouddhistes lorsqu’ils n’avaient pas d’autres solutions. Mais il en est tout autre aujourd’hui, comme le relève le Père Schelbert: «Beaucoup de jeunes très éveillés vont dans les monastères après leurs études universitaires. Ou alors travaillent quelques années dans leur branche avant de devenir moines ou religieuses».
Le fait que le bouddhisme se trouve dans une période florissante à Taiwan provient entre autres du fait qu’il s’est efforcé depuis quelques années de proposer des réponses aux défis de la société actuelle. Ainsi, des sessions sont proposées sur des thèmes comme: «Le bouddhisme à l’ère de l’électronique», ou alors un symposium aborde les effets dévastateurs de la société contemporaine sur les individus et sur la famille, du point de vue bouddhiste.
Contribution du mouvement Tzu-Chi dans le prestige du bouddhisme
Le mouvement Tzu-Chi (»miséricorde»), fondé par la jeune religieuse bouddhiste Cheng Yen en 1966 à Hualien / Taiwan, a également joué un rôle important dans la croissance d’estime et de prestige du bouddhisme dans le pays. Aujourd’hui, cette personnalité religieuse jouit d’une grande vénération à Taiwan et dans d’autres pays asiatiques. En 1966, elle a été nominée pour le Prix Nobel de la paix.
Durant les dernières décennies, le mouvement s’est développé pour devenir «Buddhist Compassion Relief Tzu Chi Foundation», soutenu par 4 millions de personnes dans le monde. Il possède des hôpitaux, centres sociaux et instituts de formation à Taiwan et dans plus de 20 autres pays, et arrive à monter très rapidement des équipes d’aide en cas de catastrophe dans le pays et à l’étranger, grâce à des appels de dons très efficaces.
Ce mouvement a pourtant démarré avec des moyens beaucoup plus modestes: quelques sous déposés dans des tuyaux de bambou. Interrogée sur les débuts de son engagement, Cheng Yen raconte qu’elle avait observé avec admiration des nonnes catholiques se rendant dans des villages de montagne éloignés pour y soigner les malades et visiter les personnes âgées. Elle se dit alors que les bouddhistes parle sans cesse de miséricorde avec tous les vivants, mais la mettent très peu en pratique.
Cheng Yen propose alors à ses élèves et à ses voisins de mettre chaque jour quelques pièces dans un tuyau de bambou.
Croissance de la miséricorde chez les donateurs
Avec l’argent qu’elle a ainsi récolté, Cheng Yen et ses consoeurs se sont occupées des malades, de miséreux et de mourants dans sa région. Une autre effet tout aussi important est apparu chez les donateurs, relève la religieuse: leur serviabilité et leur miséricorde se sont développées. Il vaut mieux donner chaque jour une petite aumône que de verser une seule fois un gros montant, selon elle.
Cette conviction, Cheng Yen, âgée maintenant de 68 ans, la défend encore aujourd’hui. Il lui est arrivé de refuser des dons de plusieurs millions de francs provenant de donateurs aisés, en leur expliquant qu’ils empêcheraient ainsi de très nombreuses personnes de faire croître en elles la serviabilité et la miséricorde par une «compassion active».
Autrefois inspirée par l’activité des religieuses catholiques et durant les dernières décennies devenue un mouvement bouddhiste actif dans le monde: la boucle ne demande qu’à être bouclée. Ce qui sera fait dans le cadre d’un projet d’échanges interreligieux. L’an prochain, une collaboratrice catholique des Missionnaires de Bethléem oeuvrera dans un hôpital du mouvement Tzu-Chi.
Informations sur ce mouvement: www.tzuchi.org/global/
Indication aux rédactions: des photos de ce reportage peuvent être commandées à l’agence Apic: kipa@kipa-apic.ch
(apic/job/bb)



