Risque de déstabilisation de la région

Tanzanie: fabrique de munitions controversée

Dar es Salam, 26 juin 2005 (Apic) Polémique sur un projet de fabrique de munitions de guerre en Tanzanie. «Ce serait jeter de l’huile sur le feu et contribuer à déstabiliser la région des Grands Lacs», disent les opposants.

Une controverse agite la Tanzanie depuis quelque temps. Elle porte sur l’éventuelle fabrication, dans ce pays de l’Afrique australe, de munitions de guerre pour son armée, avec le soutien d’une société belge, rapporte Radio France Internationale (Rfi).

La Tanzanie est l’un des pays les plus pauvres de la planète. Selon les statistiques des organisations internationales, 51% de sa population sur quelque 33,8 millions d’habitants vit en dessous du seuil de pauvreté. 54% n’a pas accès a l’eau potable, 31% des enfants de moins de 5 ans sont malnutris, alors que la mortalité infantile est estimée a 85% pour 1000 enfants nés vivants.

Les opposants au projet de fabrique de munition sont des Organisations Non Gouvernementales (Ong) ainsi que le gouvernement belge. Ils estiment que ces munitions pourraient se retrouver dans d’autres pays de la région voisine des Grands Lacs, confrontée depuis plus d’une décennie à des conflits armés, au Burundi, au Rwanda et en République Démocratique du Congo.

Leur crainte est d’autant plus justifiée que les missions de paix de l’Onu qui sont sur place, éprouvent d’énormes difficultés à obtenir un désarmement des diverses milices armées en activités dans la région.

Malgré sa pauvreté, la Tanzanie dispose déjà d’une usine de fabrique de munitions à l’Est. Celle-ci produit également des armes de guerre légères, dont des kalachnikovs. Le gouvernement tanzanien souhaite avoir la technologie militaire qui lui permette de fabriquer des armes de plus gros calibre. A ce sujet, il a fait appel à une société belge. Un contrat a été signé en janvier dernier entre les deux parties.

Actuellement le contrat est suspendu pour trois mois

Mais en mars, suite à une campagne d’Ong belges et sous la pression du gouvernement fédéral belge, le gouvernement wallon a suspendu, pour une durée de trois mois, l’accord conclu avec la Tanzanie pour la fabrique de munitions. Car, selon les adversaires du projet, l’accord est contraire aux efforts de paix de la diplomatie belge dans la région des Grands Lacs. «On ne peut pas à la fois, promouvoir la paix et offrir sa technologie en matière d’armement militaire», ont-ils déclaré. En outre, ont-ils ajouté, «aider à la production de munitions en Tanzanie, serait de jeter de l’huile sur le feu et contribuer à la déstabilisation dans une région très menacée».

Une autre inquiétude liée au rôle du pays comme plaque tournante du trafic d’armes dans le continent a vu le jour. Elle émane d’un récent rapport du département d’Etat américain, citant la Tanzanie comme l’un des quatre pays africains, avec le Kenya, l’Ouganda et le Burkina-Faso, impliquées dans ce trafic.

En outre, de nombreuses Ong de la région des Grands Lacs affirment que les rebelles hutu du Burundi ont longtemps eu leurs bases arrières en Tanzanie. Il s’y ajoute que les livraisons d’armes à différents belligérants dans les Grands Lacs ont transité par la Tanzanie, parfois avec l’aval des autorités locales. Or, ces mêmes autorités se montrent «très actives» sur le plan diplomatique. Une attitude ambiguë, qui donne au pays, une mauvaise réputation auprès de nombreux gouvernements et d’Ong.

Les dirigeants tanzaniens, de leur côté, multiplient les efforts pour obtenir une levée de la suspension du projet. Ils ont envoyé à Bruxelles une délégation officielle pour des rencontres de haut niveau avec les autorités belges. Ils ont donné l’assurance que les munitions qu’ils veulent fabriquer dans leur pays ne seront destinées qu’à leur propre armée nationale. Une délégation officielle belge, ainsi que des membres d’Ong et un expert de l’Onu ont effectué des visites dans le pays pour juger les garanties offertes par ses dirigeants. (apic/ibc/vb)

26 juin 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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