Tanzanie: L’Eglise anglicane veut éviter un schisme au niveau mondial
Ultimatum aux épiscopaliens américains sur le mariage «gay»
Dar es-Salaam, 20 février 2007 (Apic) Les chefs de l’Eglise anglicane, qui ont achevé lundi 19 février leur synode à Jangwani Beach, à une trentaine de kilomètres de la capitale économique de la Tanzanie, Dar es-Salaam, ont adressé un ultimatum à leurs collègues épiscopaliens américains sur le mariage «gay».
Les évêques épiscopaliens américains ont jusqu’au 30 septembre pour donner des «garanties», faute de quoi leurs relations avec le reste de la Communion anglicane resteront «pour le mieux» mises en cause. «Cela a des conséquences pour la pleine participation de l’Eglise (épiscopalienne) dans la vie de la Communion anglicane», selon le communiqué des primats anglicans.
Le primat de l’Eglise d’Angleterre et archevêque de Canterbury Rowan Williams a tenté de sauver l’unité de la Communion anglicane, profondément divisée sur la question de l’homosexualité. Les leaders anglicans réunis du 14 au 19 février Tanzanie ont demandé, selon un communiqué, que l’Eglise épiscopalienne des Etats-Unis mette un terme aux ordinations de membres du clergé homosexuels et à la bénédiction des mariages de couples du même sexe.
L’archevêque de Canterbury, qui souligne que la doctrine de l’Eglise anglicane a toujours affirmé que les pratiques homosexuelles étaient incompatibles avec les saintes Ecritures, a admis que ce communiqué n’allait certainement pas résoudre toutes les disputes. Mais il a estimé qu’il fournissait un moyen «d’aller de l’avant dans la dignité». Le document présente des plans pour permettre aux membres traditionalistes de l’Eglise américaine de la quitter de former une organisation parallèle. Ils seront administrés par leur propre conseil.
Un synode «décisif»
Ce synode était considéré comme «décisif» pour l’Eglise anglicane et ses 78 millions de fidèles. La Communion anglicane est gravement menacée de schisme. Elle est profondément divisée entre une aile conservatrice et une aile libérale, notamment sur l’ordination épiscopale des femmes et celle d’évêques ouvertement homosexuels.
Les primats, reconnaissant «l’urgence de la situation actuelle», veulent encourager la réconciliation au sein de l’Eglise épiscopalienne des Etats-Unis. L’étincelle qui a mis le feu aux poudres a été l’ordination épiscopale en 2003 de Gene Robinson, une personnalité ouvertement «gay», comme évêque du New Hampshire. Cette décision a semé la discorde au sein de la Communion anglicane et désuni fortement l’Eglise épiscopalienne (anglicane) aux Etats-Unis, de plus en plus divisée sur l’homosexualité. Fin 2006, au moins neuf paroisses épiscopaliennes américaines ont décidé pour cette raison de se séparer de leur Eglise-mère, jugée trop libérale. Elles se sont ralliées au chef de l’aile conservatrice de la Communion anglicane, l’archevêque Peter Akinola, du Nigeria.
L’homosexualité est «contraire à l’enseignement de l’Eglise»
«Nous pensons qu’un manque de clarté perdure à propos de la position de l’Eglise épiscopalienne, en particulier sa position sur l’autorisation de rites de bénédiction à l’égard de l’union de personnes de même sexe», peut-on lire dans le communiqué à l’issue de la réunion de Dar es-Salaam. Les chefs de l’Eglise anglicane ont décidé de mettre sur pied un «Conseil pastoral» pour mener les consultations avec l’Eglise épiscopalienne, notamment sur la question homosexuelle.
Les fidèles conservateurs estiment que l’homosexualité est contraire à l’enseignement de l’Eglise, tandis que les anglicans libéraux considèrent que les enseignements bibliques sur la justice et l’inclusion doivent prévaloir dans ce cas. Le communiqué adopté par les chefs de l’Eglise anglicane réunis en Tanzanie intervient après une série de rencontres destinées à prévenir un schisme mondial qui serait provoqué par la question de l’homosexualité.
Le document appelle les évêques américains à adopter une convention commune sans équivoque afin qu’ils n’autorisent plus les rites de bénédiction des unions de personnes de même sexe. Ils demandent également qu’un candidat à l’ordination épiscopale ne reçoive pas le consentement nécessaire s’il vit dans une union du même sexe, tant qu’il n’y a pas de nouveau consensus sur ce sujet au sein de la Communion anglicane.
Ces débats «difficiles» sont considérés décisifs en Afrique, place forte de l’aile évangélique de l’Eglise anglicane. Les primats conservateurs sont également très remontés contre la récente installation de l’évêque Katharine Jefferts Schori à la tête de l’Eglise épiscopalienne des Etats-Unis et première femme à occuper ce poste. Présente en Tanzanie, elle avait publiquement soutenu l’évêque «gay» Gene Robinson et estimé que l’homosexualité n’était pas un péché. Notons que les supporters de la tendance conservatrice venant d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine – connus sous le nom de «Global South» – se sont réunis dans un hôtel, tandis que les anglicans libéraux se sont réunis dans un autre lieu. (apic/bbc/be)



