Encouragement aux catholiques et appel à la solidarité
Tbilissi : Jean-Paul II victime du froid pris de fortes crises de tremblement
Tbilissi 9 novembre 1999 (APIC) Après la chaleur de l’Inde, le froid géorgien a fortement éprouvé le pape pour son arrivée dans la capitale caucasienne. Jean Paul II a effet subi à deux reprises de fortes crises de tremblement d’abord à son arrivée à l’aéroport de Tbilissi, en début d’après-midi, puis le soir lors de la réception dans la cathédrale orthodoxe. Ces incidents ne l’ont cependant pas empêché de célébrer la messe mardi matin au Palais des sports de Tbilissi devant 10’000 personnes.
Jean-Paul II qui avait semblé plutôt en forme quelques heures auparavant, lors de la rencontre à la résidence du patriarche Ilia II tremblait de tous ses membres dans la soirée. «Le pape n’a pourtant pas eu de fièvre et il s’est levé en bonne forme à 5 h 30 ce matin», a rassuré mardi matin le porte-parole du Saint-Siège.
Jean-Paul II a célébré normalement la messe dans le Palais des sports de Tbilissi, pour les catholiques de Géorgie, mais aussi pour des groupes venus d’Arménie et d’Azerbaïdjan. Après quelques mots prononcés en géorgien, c’est en italien et avec la contribution d’un interprète, que Jean-Paul II a prononcé son homélie, d’une voix plutôt vigoureuse et sans trace visible de fatigue excessive.
Face à une assemblée de quelque 10’000 personnes, qui remplissaient la totalité du Palais des Sports, Jean-Paul II a adresséé un discours d’encouragement aux catholiques, en rendant hommage à leur constance dans les difficultés. «Les catholiques ont contribué, aux côtés de leurs autres frères chrétiens, à la culture et à la civilisation de la Géorgie. Ils ont fait connaître et apprécier les valeurs et les hommes célèbres de leur patrie, même au-delà des frontières de leur pays, et souvent dans des périodes très difficiles», leur a-t-il dit.
Soulignant par ailleurs que la Géorgie a toujours été une terre de particulière hospitalité, le pape a évoqué le fait que dans le quartier même du Palais des Sports se trouvaient des lieux de culte à la fois des chrétiens, des juifs et des musulmans.
La foule a manifesté avec enthousiasme sa joie d’accueillir le pape, mais contrairement à la visite en Roumanie au mois de mai, les orthodoxes n’ont pas participé à la célébration. Le président Edouard Chevarnadze avait néanmoins fait le déplacement. Il a publiquement la parole à la fin de la cérémonie pour remercier Jean-Paul II pour sa visite,et lui adresser ses meilleurs voeux.
Satisfaction catholique malgré un accueil réservé
«Si la rencontre du pape et du patriarche Ilia II peut sembler extérieurement assez politique et peu constructive du point de vue de l’unité des chrétiens, il ne faut cependant pas en sous-estimer la valeur», estime le Père Nino Martini, religieux italien camillien, responsable d’un dispensaire de la Caritas géorgienne. Le Père Martini venait de croiser Mgr Giuseppe Pasotto, administrateur apostolique des catholiques latins du Caucase, qui lui avait exprimé sa «satisfaction» à propos du «bon climat» qui avait entouré Jean-Paul II dans la résidence du patriarche orthodoxe.
«Cette rencontre a été l’occasion pour nous de renforcer nos liens avec le patriarchat orthodoxe», a expliqué le Père Martini. «Il y a trois semaines, nous avons renoncé à sa demande à ce que le pape célèbre la messe en plein air sur la place prévue à l’origine, et que les orthodoxes trouvaient trop peu discrète et trop proche de la résidence patriarchale». En y renonçant «nous avons gagné leur sympathie et leur reconnaissance». Et cela s’est avèré d’autant plus positif qu’il aurait fait vraiment très froid si la messe avait eu lieu à cet endroit, conclut le religieux.
La crainte de l’invasion étrangère
Evoquant le travail effectué par la Caritas de Géorgie, le Père Martini cite l’exemple de la «Maison des pauvres» récemment inaugurée à Tbilissi, que Jean-Paul II devait bénir le matin du 9 novembre, après y avoir passé la nuit. «Les orthodoxes admirent le travail de la Caritas de Géorgie mais en même temps leur clergé a peur de l’Eglise catholique parce qu’il la voit bien organisée et efficace dans ses oeuvres au service de la population, estime le religieux italien. D’après lui, cette crainte vient notamment du fait que les prêtres orthodoxes reçoivent très peu d’instruction, et ont donc une connaissance assez vague de ce qu’est l’Eglise catholique. «Nous avons de bonnes relations avec eux extérieurement, mais ils sont impressionnés par nos catéchèses, la formation solide de nos prêtres et notre engagement actif auprès des pauvres».
Cette crainte de l’invasion étrangère s’est également exprimée dans le message adressé par le patriarche à Jean-Paul II dans la cathédrale orthodoxe. «Diverses sectes et mouvements religieux venant de pays étrangers arrivent en masse dans notre pays. […] En installant des aides dites `humanitaires’ et des organisations `charitables’, leurs membres font du prosélytisme auprès de ceux qui manquent d’éducation religieuse parmi les personnes qui sont dans le besoin».
Le porte-parole du Saint-Siège tendait pourtant mardi à relativiser le caractère peu ouvert de ces paroles. «Plutôt que de problèmes qui sont connus, je préfère parler de perspectives qui s’ouvrent», soulignait Joaquin Navarro-Valls qui estimait qu’Ilia II avait utilisé à plusieurs reprises un langage «assez ouvert» par rapport à celui d’autres évêques orthodoxes vis à vis de l’Eglise catholique. (apic/imed/mp)



