Des responsables d’Eglise réclament un débat
Tchéquie: Expulsions des Allemands et des Hongrois durant la seconde guerre mondiale
Prague, 19 juin 2002 (APIC) Des responsables d’Eglise de la République tchèque ont appelé les citoyens à «accepter leur culpabilité» dans l’expulsion de quelque trois millions d’Allemands et de dizaines de milliers de Hongrois après la seconde guerre mondiale.
«En tant que pays responsable, connu pour ses traditions humanitaires et démocratiques, nous avons le devoir de voir notre culpabilité sous son vrai jour», soulignait le synode de l’»Eglise évangélique des frères tchèques» dans un communiqué publié avant les élections parlementaires de la République tchèque, qui ont eu lieu les 14 et 15 juin. La période pré- électorale a été marquée par certaines tensions provoquées par les demandes d’annulation des décrets qui ont obligé des civils allemands et hongrois à quitter le pays après la défaite de l’Allemagne nazie en 1945.
Le synode a reconnu que ces expulsions avaient été une réaction au «terrible traumatisme» causé par l’occupation nazie, qui a rendu impossible la coexistence «avec ceux qui ont participé à la destruction de notre république d’avant la guerre». La déclaration ajoute cependant que la vague «d’humiliations, de dépossessions, d’expulsions et de rapatriements qui a suivi a jeté une ombre sur la mémoire nationale».
«Il est de notre intérêt national d’admettre ouvertement et honnêtement non seulement les bonnes actions de notre passé mais aussi les mauvaises» Les déportations «ont été acceptées par les Tchèques et ont coûté des dizaines de milliers de vies selon le principe de la responsabilité collective», poursuit le communiqué du synode, dont l’Eglise est issue de la fusion, en 1918, des traditions luthériennes et calvinistes.
Environ 3,5 millions d’Allemands de souche avaient été expulsés de ce qui est aujourd’hui la République tchèque selon les décrets de 1946-47, signés par le président tchèque Edvard Benes avec le consentement des puissances alliées victorieuses.
Une commission historique tchéco-allemande de 1996 a estimé à 30’000 le nombre de civils morts lors de cette opération, même si certains groupes portent ce chiffre à 220’000 et ont demandé des compensations pour la perte de propriétés et de biens.
Declaration tchéco-allemande
Leurs demandes interviennent en un moment où des politiciens d’Autriche et d’Allemagne ont relancé le débat sur le problème des compensations, et où la République tchèque est dans l’attente de son admission au sein de l’Union européenne (UE) au début 2004.
En janvier, le Parti autrichien d’extrême droite FPO a menacé de bloquer l’entrée de la République tchèque au sein de l’UE à cause de cette question, qui est suivie de près par les représentants de l’UE et du Parlement européen. Or, dans une résolution de mai, le parlement tchèque a repoussé toute tentative de rouvrir le débat, en soulignant que les décisions «concernant les biens» issues des décrets Benes étaient «inviolables, et ne pouvaient ni être remises en question ni changées».
Une déclaration tchéco-allemande, signée en janvier 1997 par le Premier ministre tchèque Vaclav Klaus et le chancelier allemand Helmut Kohl, reconnaissait que les décrets Benes avaient causé «de grandes souffrances à des innocents» en encourageant «la violation des principes élémentaires humanitaires et des normes légales obligatoires». (apic/eni/pr)



