Congo RDC: Les Maï Maï sèment la terreur au Nord-Katanga

Témoignage d’un missionnaire belge: missions pillées, populations massacrées

Bruxelles, 25 février 2013 (Apic) Depuis plusieurs mois, des bandes armées composées de Maï Maï sèment la terreur et la mort au Nord-Katanga, en République démocratique du Congo (RDC). Témoignage d’un prêtre franciscain belge, Raoul de Buisseret, qui a dû fuir en ambulance sa mission de Lukafu, jusqu’à Lubumbashi, à 180 km de là, avant de regagner définitivement la Belgique la semaine dernière.

Béatrice Petit, sur le site internet des médias catholiques belges «info.catho.be», décrit le calvaire du missionnaire belge, tout juste arrivé de RDC. Les premières incursions des miliciens Maï Maï (ceux qui se croient «protégés par les propriétés magiques de l’eau», ndr) à Lukafu, un village de quelque 3’500 habitants au sud de Mitwaba, datent du 6 février 2013.

Silence et déni des autorités locales

Ce village du Katanga a été envahi par les miliciens Maï Maï qui terrorisent depuis plusieurs mois la région. Ces hommes armés descendent du Parc de l’Upemba vers Lubumbashi, recouverts de kaolin, une poudre blanche. Le missionnaire veut alerter l’opinion publique «face au silence, voire au déni des autorités locales». A Lubumbashi, la vie continue comme si de rien n’était, alors que des atrocités se passent à quelques kilomètres.

Le missionnaire franciscain, après 40 années de vie données à Lukafu à construire des écoles, centres de santé, églises et même des ponts, est circonspect sur l’avenir de cette région traumatisée par une violence insensée. Raoul de Buisseret avait choisi de se faire proche des gens en partageant avec les habitants les repas et le logement dans les cases villageoises. On l’appelait «lukongolola», «celui qui passe partout», même à travers les embuscades ou la prise d’otage dont il fut victime en 1997.

«Ils ont cassé les croix, emporté les vêtements liturgiques, l’encens, les calices»

«Ils sont arrivés dans la mission le 6 février dernier, raconte-t-il, me priant de fermer l’école sous peine d’égorger les enseignants, et ne plus célébrer d’eucharistie. Ce que j’ai accepté, pour être solidaire de la population et éviter de nouveaux massacres. Ils ont cassé les croix, emporté les vêtements liturgiques, l’encens, les calices, tout ce qui, à leurs yeux, pouvait leur donner du pouvoir». Le religieux avait pris la précaution de manger les hosties pour éviter que les assaillants ne les utilisent comme gris-gris ou amulettes.

«Les maisons des personnes ciblées – agents de l’Etat ou accusées de sorcellerie – ont été incendiées et leurs biens distribués ou vendus à bas prix aux autres habitants». Le 9 février, les Maï Maï sont venus le chercher en chantant, drogués. «Dans un accoutrement effrayant, portant au cou un pénis sectionné en guise de gris-gris et un tissu planté de couteaux sur la tête, le commandant m’a félicité pour la construction des écoles avant de réclamer un fusil, ’comme les anciens missionnaires’. Je lui ai répondu ne pas avoir d’ennemis et donc, point d’arme. On m’a fait sortir devant la foule, qui s’était rassemblée, pour me faire littéralement blanchir (innocenter), suivant les tribunaux traditionnels, à coups de kilos de farine, pour ensuite m’ovationner».

Mais le 13 février, les choses ont basculé: des assaillants, dénommés les «Tigres», ont voulu détruire tout ce qui avait un lien avec le Père Raoul de Buisseret, perçu comme une puissance rivale par ces hommes drogués au chanvre, manipulant des gris-gris, au service d’intérêts obscurs.

Des atrocités sans nom

Au total, 300’000 personnes ont fui la région. Lubumbashi risque de connaître bientôt une pénurie alimentaire, estime le religieux belge. Le missionnaire précise que partout où passent ces milices, elles éliminent ceux qui n’ont pas fui, se croyant «innocents». «Les femmes sont égorgées, les mères enceintes frappées sur le ventre à coups de bâton, les hommes amputés des oreilles et émasculés avant d’être transpercés à coups de lance. Voilà ce à quoi j’ai échappé», raconte le franciscain.

Le Père de Buisseret, informé que le commandant Maï Maï voulait le revoir et installer son quartier général à Lukafu, après avoir dit la messe et échangé avec Jean-Marie Mufeji, le vicaire congolais, a estimé que la situation pouvait basculer à tout moment. «Je ne voyais pas l’utilité d’y laisser ma vie. Nous sommes donc partis, le vicaire, le médecin et moi, avec l’ambulance de l’hôpital, jusqu’à Lubumbashi. Nos craintes étaient fondées: les ’Tigres’ se sont installés au village et ont détruit la mission, la maison des sœurs franciscaines, le foyer social, l’internat, …tout ce à quoi j’avais travaillé».

D’anciens élèves parmi les nombreux jeunes agresseurs

Il est donc impensable aujourd’hui pour Raoul de Buisseret de retourner à Lukafu. «Les gens se sont répartis les biens pillés à leurs voisins, cela va engendrer des tensions que seuls les Africains peuvent régler entre eux. Il faut laisser la place aux Congolais, je me sens de plus en plus étranger…» Ce qui l’a le plus meurtri a été de reconnaître d’anciens élèves parmi les nombreux jeunes agresseurs. «Cela nous pose une vraie question à nous, qui les avons sensibilisés aux valeurs évangéliques depuis tant d’années. Les gens profitent des missions, mais lâchent à la moindre difficulté, attirés davantage par tout ce qui est matériel. Il y a un problème d’inculturation de l’Evangile: ils n’ont pas rencontré la personne du Christ».

Encadré

Les Maï Maï veulent «nettoyer» le Nord de la province du Katanga

En septembre 2011, un chef Maï Maï, surnommé Gédéon, condamné pour crimes contre l’humanité, s’est évadé de prison avec 200 hommes armés. Jamais inquiété, – grâce sans doute à des complicités – il a rejoint son QG dans le Parc de l’Upemba. Depuis deux mois, des petits groupes de miliciens, appartenant tantôt à ce groupe militaro-sectaire, tantôt à un mouvement séparatiste katangais, partent de là pour «nettoyer» le Nord de la province du Katanga.

En point de mire: tous ceux qui sont supposés avoir des liens avec l’Etat (chefs coutumiers, gardes du Parc, commerçants, ecclésiastiques…), ainsi que des présumés sorciers. Ils veulent éliminer les notables, des commerçants parfois, «qui font souffrir les villageois» en vivant sur leur dos. «Ils ›nettoient’ aussi le village de ceux qu’on accuse d’être des sorciers – et donc de faire du mal à leurs voisins», souligne le religieux.

Pour reconnaître les sorciers, a-t-il expliqué à la presse belge, il suffit qu’il y ait un consensus, même réduit, entre quelques personnes du village, pour désigner comme tel un habitant. «Et c’en est fini pour lui. Les femmes sont égorgées. Pour les hommes, c’est pire: les Maï Maï dansent autour d’eux en un affreux rituel, tout en leur coupant les oreilles, en les éviscérant, en les lardant de coups de lance, en arrachant certains de leurs organes – parfois lorsqu’ils sont encore vivants – pour en faire des fétiches, des gris-gris censés protéger celui qui les porte». (apic/infocatho/be)

25 février 2013 | 11:59
par webmaster@kath.ch
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