Témoignage d’une pionnière de Voyage/Partage: Marie-Claire Maillard
«Je suis retournée au Liban cet été. J’ai eu l’envie de revoir les amis rencontrés lors de mon premier séjour en 1992. J’ai aussi voulu confronter mes souvenirs avec la situation actuelle du pays». Marie-Claire Maillard est psychologue scolaire à Marly, près de Fribourg. Après l’obtention de son baccalauréat en 1991, elle décide de s’accorder une année sabbatique avant de poursuivre ses études.
Son idée première: découvrir l’Afrique au travers du bénévolat, mais sans avoir la prétention d’y apporter une aide indispensable. Simplement découvrir «autre chose». Elle parle de son projet à une amie qui revient d’un séjour humanitaire de six mois en Roumanie. Cette dernière lui présente sœur Inès de la Congrégation des «Franciscaines missionnaires de Marie». La religieuse la dirige sur Voyage/Partage qui vient d’être créé à Fribourg. Aucune place n’est libre en Afrique, alors Marie-Claire accepte une destination à laquelle elle n’avait jamais pensé: le Liban.
A l’époque, deux gouvernements dirigent le pays: l’un, civil et musulman, à Beyrouth-Ouest et l’autre, militaire et chrétien, à Beyrouth-Est. C’est dans cette partie que l’étudiante va évoluer durant trois mois en donnant des cours de rattrapage en français aux enfants défavorisés, en vacances d’été. Un poste spécialement créé pour elle par les sœurs franciscaines missionnaires de Marie, dont plusieurs communautés sont disséminées à travers le Liban.
«Expérience très forte et dérangeante en même temps. Débarquer d’un pays qui vit en paix et se retrouver dans un autre qui sort de 15 ans de guerre, ça marque», se souvient Marie-Claire. «Le Liban était encore occupé par des milices armées. Il m’a fallu entreprendre un «apprentissage de la vie», m’habituer à avoir un certain comportement face aux soldats, à ne pas oublier les pièces d’identité indispensables pour passer les barrages, plus tous les problèmes que connaissent les pays à la sortie de long conflit: fréquentes pannes d’électricité, où trouver de l’eau potable…»
Quels changements!
A Beyrouth, elle enseigne pendant un mois dans la banlieue Est en habitant la Maison Mère des franciscaines missionnaires de Marie puis déménage dans un foyer pour étudiantes, géré par les mêmes religieuses. Elle s’occupe alors d’enfants habitant sur la ligne de démarcation entre l’Est et l’Ouest. «L’attitude des enfants traumatisés par la guerre à certainement influencé le choix de ma profession actuelle», avoue la psychologue scolaire. En tous les cas, mon séjour confirmait mon engagement, depuis l’adolescence déjà, au sein de l’ACAT (Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture)».
Licenciée en psychologie de l’Université de Lausanne, Marie-Claire Maillard confie que son séjour de bénévolat au Liban n’a pas décidé mais confirmé sa destinée professionnelle et bien d’autres choix plus personnels. Emotions très forte à son arrivée à Beyrouth, mais qu’en avait-il été de son retour au pays après une telle expérience: «J’ai trouvé qu’en Suisse, on est souvent trop exigeant. On ne reconnaît pas la chance qu’on a. Cette expérience m’a surtout fait découvrir les vraies valeurs pour moi: l’esprit de famille, l’accueil, la foi». Restes de son séjour à Sarba, peut-être… (apic/ab)



