Rio: Le pape François dit non à la libéralisation de la drogue

Tendre la main à celui qui est dans l’obscurité de la dépendance

Rio de Janeiro, 25 juillet 2013 Le pape François a affirmé avec force le 24 juillet 2013 que la libéralisation n’était pas la solution au fléau du trafic de drogue, qui ravage notamment l’Amérique latine. Le pontife a inauguré dans l’après-midi un pôle sanitaire consacré au traitement des toxicomanes à l’hôpital Saint-François-d’Assise de Rio de Janeiro. Devant des toxicomanes et le personnel, il a rappelé que l’Eglise n’était «pas loin» de tous ceux qui entreprenaient un chemin long et pénible pour sortir de la dépendance.

En se rendant à l’hôpital Saint-François, le pape a assuré qu’il entendait manifester son attention envers la «chair souffrante du Christ». «Il y a tant de situations, au Brésil et dans le monde, qui demandent attention, soin, amour», à commencer par la lutte contre l’addiction, a-t-il souligné après avoir entendu le témoignage de deux toxicomanes accueillis dans cette structure. Aux yeux du pontife, «le fléau du trafic de drogue, qui favorise la violence et sème douleur et mort, requiert un acte de courage de toute la société». Le pontife s’en est alors pris aux marchands de mort qui suivent la logique du pouvoir et de l’argent à n’importe quel prix.

Le pape a alors dénoncé l’idée de la «libéralisation de l’usage des drogues, comme on en discute en divers lieux d’Amérique latine», considérée parfois comme une solution pour réduire la diffusion et l’influence des addictions. Face à l’ampleur du phénomène dans le continent et à la force des cartels, la question fait en effet débat dans plusieurs pays, notamment l’Uruguay, la Colombie ou encore le Mexique. Certains affirment en effet qu’une dépénalisation voire une réglementation des substances permettraient de contrôler davantage les trafics et de faire ainsi diminuer l’addiction ainsi que la criminalité liée aux drogues.

Main tendue

Au contraire, pour le pape, «il est nécessaire d’affronter les problèmes qui sont à la base de leur utilisation, en promouvant une plus grande justice, en éduquant les jeunes aux valeurs qui construisent la vie commune, en accompagnant ceux qui sont en difficulté et en donnant espérance dans l’avenir». Le pape François a alors demandé de tendre la main à celui qui se trouve en difficulté, qui est «tombé dans l’obscurité de la dépendance, peut-être sans savoir comment». «Disons-lui : tu peux te relever, tu peux refaire surface, cela demande un effort, mais c’est possible si tu le veux», a-t-il encouragé.

«Chers amis, a poursuivi le pontife, je voudrais dire à chacun d’entre vous, mais surtout à tant d’autres qui n’ont pas eu le courage d’entreprendre votre cheminement : tu as le premier rôle dans ton relèvement !» Dans ce chemin de la lutte contre la drogue, «l’Eglise n’est pas loin», a encore souligné le pape François, qui a également encouragé les proches des toxicomanes, dont la tâche n’est pas toujours facile.

Chair souffrante

Le pape François, qui avait expliqué quelques jours après son élection que le choix de son nom était lié au saint d’Assise, a évoqué une fois encore cette figure lors de cette visite. Ainsi, devant les franciscains présents, le pontife a rappelé que le poverello s’était converti en embrassant un lépreux, voyant en lui un «frère souffrant, exclu, la chair souffrante du Christ». A ce moment-là, a expliqué le pape, «il comprend que ce ne sont pas les choses, l’avoir, les idoles du monde qui sont la vraie richesse», mais le fait de servir le Christ et de servir les autres. Prenant à son compte cette expérience, le pape a alors assuré qu’il souhaitait, en ce lieu de lutte contre la dépendance (…) embrasser chacun et chacune.

Traiter la toxicomanie

En Amérique latine et au Brésil notamment, où est concentré près de 20 % du marché mondial de la cocaïne, l’Eglise est largement engagée dans la lutte contre la drogue. En effet, associations et communautés religieuses travaillent dans ce secteur depuis plus d’une quarantaine d’années.

Le pôle dédié au traitement de la toxicomanie visité par le pape, dans le quartier de Tijuca, a été financé par la Conférence épiscopale italienne, d’où la présence aux côtés du pape de son président, le cardinal Angelo Bagnasco. Il s’agit du deuxième centre de ce type ouvert par l’Association de la maison de Saint-François-d’Assise, qui a soigné, depuis sa création en 1986, près de 30’000 dépendants à travers plusieurs centres de soins et communautés thérapeutiques. Le premier a ouvert en 2010 dans l’Etat de Sao Paulo.

Après sa visite au sanctuaire d’Aparecida dans la matinée, à quelque 200 km de Rio, le pape s’est rendu de l’aéroport de Santos Dumont de Rio à l’hôpital à bord de la même petite Fiat qu’il avait utilisée le jour de son arrivée au Brésil. Il s’est alors livré à un nouveau bain de foule au plus près des personnes qui l’attendaient sous la pluie, s’attardant avec chacun, échangeant quelques mots, les embrassant et les bénissant. (apic/imedia/mm/mp)

25 juillet 2013 | 09:21
par webmaster@kath.ch
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