prépare son premier Noël sous souveraineté palestinienne

Terre Sainte: Après 28 ans d’occupation militaire, Bethléem (121295)

Une joie mêlée d’inquiétude

Bethléem/Fribourg, 12décembre(APIC) Après 28 ans d’occupation militaire

israélienne, Bethléem décorée de mille guirlandes prépare dans une joie mêlée d’inquiétude son premier Noël sous souveraineté palestinienne. Conformément aux accords de paix israélo-palestiniens, l’Autorité autonome palestinienne fera son entrée le 18 décembre dans la ville qui a vu naître Jésus. Yasser Arafat participera même à la messe de minuit à la Basilique de

la Nativité en compagnie d’une quarantaine de responsables de l’Autorité

autonome.

Des dizaines de milliers de pèlerins et des personnalités du monde entier sont attendus pour ce moment historique dans une ville sous haute sécurité. «C’est une grande joie pour les chrétiens», a déclaré à l’agence

APIC Mgr Lutfi Laham, vicaire patriarcal grec-melkite catholique de Jérusalem. On craint les provocations des colons juifs extrémistes, qui ont déjà

fait savoir qu’ils refusent que le tombeau de Rachel, à l’entrée de la ville, soit sous l’autorité palestinienne. «Ils ont déjà envahi le poste militaire israélien, ils peuvent encore faire des troubles, fomenter la zizanie

entre Palestiniens».

Colons israéliens extrémistes: danger

Mgr Lutfi Laham craint en effet que certains de ces colons tentent de

manipuler quelques éléments musulmans fanatiques contre les chrétiens,

«pour gâcher la fête et montrer que les Palestiniens sont incapables de se

gérer eux-mêmes». Cette éventualité

Jérusalem, 7décembre(APIC) Le Conseil de l’autonomie palestinienne, dont

les 82 membres seront élus le 20 janvier prochain, comprendra trois sièges

réservés aux chrétiens. Ce quota garantit, au niveau de cet organe doté de

pouvoirs législatifs et exécutifs, la présence de la minorité chrétienne

(estimée à environ 2%) des territoires restitués à l’autorité palestinienne.

L’instauration d’un quota, «dans la ligne de ce qui existe dans les

autres pays arabes», est considérée comme «très positive» par les chrétiens palestiniens. Les responsables palestiniens, Yasser Arafat en tête,

tiennent à ce que les chrétiens soient pris en considération dans les

structures du futur Etat palestinien, a déclaré jeudi à l’agence APIC

Mgr Lutfi Laham, vicaire patriarcal grec-melkite catholique de Jérusalem.

«Personne n’a la volonté d’exclure les chrétiens»

«Nous recevons chez eux un très bon accueil, nous connaissons personnellement toutes les personnalités palestiniennes, qui tiennent à notre

présence», note Mgr Laham. D’ailleurs, les chrétiens palestiniens ont

largement fait leur part pour la libération du peuple palestinien. «Toutes

nos institutions de santé et d’éducation ont toujours été au service de la

population. Sur les six universités palestiniennes, par exemple, deux

sont chrétiennes:Bir Zeit et Bethléem. L’autonomie palestinienne n’est en

aucun cas une menace pour les chrétiens de Terre Sainte, personne n’a la

volonté de nous exclure», souligne Mgr Lutfi Laham.

L’hebdomadaire palestinien «Jerusalem Times», dans sa dernière édition,

souligne que la Palestine a toujours été un pays de dialogue religieux et

de tolérance entre chrétiens et musulmans. Le journal relève que les

chrétiens ont souvent joué un rôle de premier plan en Palestine. Certes,

admet le «Jerusalem Times», il paraît au premier abord non démocratique

d’accorder un certain nombre de sièges à un groupe particulier, mais

cela offre une sécurité pour les chrétiens. Le journal exprime l’espoir que

cette disposition encourage les émigrés chrétiens – qui sont nombreux à

avoir quitté Jérusalem et les territoires occupés – à revenir au pays.

S’il existe bel et bien des problèmes dans le quotidien des relations

entre chrétiens et musulmans, ce sont les mêmes que l’on traite aussi dans

le cadre du Synode des évêques sur le Liban qui se tient actuellement à

Rome. «Pour les Palestiniens, ce sont les mêmes problématiques concernant

la coexistence et la signification de l’apport chrétien dans les pays

arabes, mais ce sont des problèmes au niveau de la société, qui ne sont

pas directement influencés par l’existence ou non de structures étatiques». (apic/be)

En face de la basilique de la Nativité, Manger Square était décoré de

drapeaux palestiniens et de portraits de Yasser Arafat. Sur le coup de

minuit, le 24 décembre, des feux d’artifice avaient embrasé le ciel. Des

milliers de pèlerins se pressaient dans les rues étroites et les forces

d’occupation israéliennes semblaient sincèrement heureuses de former les

futures forces palestiniennes et de leur montrer comment assurer l’ordre.

Mais cette année, l’anxiété semble avoir gagné de nombreux habitants. Les

troupes israéliennes doivent être retirées peu avant Noe»l, ce qui rend le

problème de la sécurité encore plus difficile qúà l’accoutumée.

«C’est toujours un peu le chaos au moment de Noe»l», fait remarquer Zoughbi

Zoughbi au correspondant d’ENI. «Mais serons-nous prêts à accueillir les

foules alors que les Israéliens se retireront seulement peu de temps avant

Noe»l?»

Zoughbi Zoughbi, dont la famille vit à Bethléem depuis des générations, est

directeur du Palestinian Conflit Resolution Center.

Shimon Peres, premier ministre intérimaire d’Israe»l, s’est engagé à

respecter les dates fixées pour le redéploiement des forces de défense

israéliennes décidées avant l’assassinat du premier ministre I. Rabin.

Bethléem, qui se trouve juste de l’autre côté du poste de contrôle sud

séparant Israe»l de la Cisjordanie occupée, sera une des dernières villes à

être rendues à la police palestinienne.

Des rumeurs courent dans la ville. On annonce en effet que le président

Arafat viendra à Bethléem pour Noe»l, et arrivera à temps pour accueillir

le patriarche latin (catholique) Michel Sabbah avant la célébration de la

messe la veille de Noe»l. La procession du patriarche de Jérusalem à

Bethléem est une grande cérémonie très attendue par les pèlerins.

Selon l’Agence de presse internationale catholique (APIC), de Fribourg,

Yasser Arafat a précisé le 16 novembre, à l’issue d’une rencontre avec le

président franc,ais Jacques Chirac à Paris, qúil passera Noe»l à Bethléem,

parce que, pour la première fois lors de ces festivités, le drapeau

palestinien flottera sur la ville.

Le problème de la sécurité, au cas o# le président Arafat viendrait à

Bethléem, a amplifié les craintes de nombreux habitants. Certes, La visite

du président de l’Autorité nationale palestinienne les réjouit, mais ils

savent qúil a des adversaires politiques dans la région. Depuis

l’assassinat du premier ministre Itzhak Rabin, la tension est encore plus

vive que d’habitude.

Néanmoins, les chrétiens de Bethléem s’affairent à la préparation des

services religieux dans les églises et les lieux qui rappellent la

naissance du Christ. Ceux-ci auront lieu dans trois endroits différents, et

seront célébrés dans plusieurs langues, pratiquement vingt-quatre heures

sur vingt-quatre.

Les responsables d’Eglise et les dirigeants politiques ont tout fait pour

rassurer les visiteurs et garantir qúaucun incident ne troublera les

festivités.

Il y aura des défilés d’éclaireurs, filles et garc,ons, de communautés

locales (un grand nombre d’éclaireurs sont musulmans, les chrétiens

défilent à leur tour pour les fêtes islamiques). Des chorales de plusieurs

pays se produiront sur une scène spéciale prévue au centre de Manger

Square.

Dans toutes les vitrines, dans tous les magasins, les artisans locaux

exposent déjà leur travail de l’année: scènes de nativité sculptées,

chapelets en bois d’olivier, croix et couvertures de bibles en nacre,

étoles brodées à la main pour le clergé, signets de livres avec des fleurs

séchées de Palestine, et un vaste assortiment de décorations de Noe»l.

Un article qui a remporté un grand succès l’an dernier sera à nouveau en

vente: une étoile de David à six branches, faite de bois d’olivier, avec

une crèche sculptée au centre, et un croissant de lune au dessus-de la

crèche, qui rappelle que les trois religions issues d’Abraham coexistent en

Terre sainte. (744 mots)

11 décembre 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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