Que soit brisée la ’spirale de violence’
Terre Sainte: Benoît XVI dénonce le mur entre Israël et les Territoires palestiniens
De Bethléem, Antoine-Marie Izoard et Charles de Pechpeyrou, I.Media
Bethléem, 14 mai 2009 (Apic) Benoît XVI a fermement condamné l’existence du mur de séparation érigé par Israël à partir de 2002 pour encercler la Cisjordanie, «rappel incontournable de l’impasse où les relations entre Israéliens et Palestiniens semble avoir abouti», au camp de réfugiés palestiniens d’Aïda (Territoires palestiniens), le 13 mai. A deux pas du mur, le pape a en outre souhaité que soit brisée la «spirale de violence, d’attaque et de contre-attaque, de vengeance et de destruction continuelle» au Moyen-Orient.
«Dominant au-dessus de nous qui sommes rassemblés ici cet après-midi, s’érige le mur, rappel incontournable de l’impasse où les relations entre Israéliens et Palestiniens semble avoir abouti», a ainsi regretté Benoît XVI, en référence au mur de séparation érigé par Israël à partir de 2002. Ce mur long de 350 km encercle toute la Cisjordanie et, notamment, le camp de réfugiés palestiniens d’Aïda, géré par l’Agence mondiale des réfugiés des Nations unies (UNRWA).
Depuis la tribune édifiée à une cinquantaine de mètres du très haut mur de béton, dans la cour de l’école de garçons de l’UNRWA, le pape a jugé que, «dans un monde où les frontières sont de plus en plus ouvertes – pour le commerce, pour les voyages, pour le déplacement des personnes, pour les échanges culturels – il est tragique de voir des murs continuer à être construits». Impatient de «voir les fruits d’une tâche bien plus difficile, celle de construire la paix», le pape a alors prié «pour la fin des hostilités qui sont à l’origine de ce mur!».
Côté palestinien comme israélien, «un grand courage est nécessaire pour dépasser la peur et la défiance, pour résister au désir de se venger des pertes ou des torts subis», a souligné Benoît XVI, de même qu’»il faut de la magnanimité pour rechercher la réconciliation après des années d’affrontement» et «de la bonne volonté pour prendre des initiatives imaginatives et audacieuses en vue de la réconciliation».
Aux yeux du pape, en effet, «si chaque partie insiste en priorité sur les concessions que doit faire l’autre, le résultat ne peut être qu’une impasse».
Spirale de violence
Devant le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas et le premier ministre Salam Fayyad, Benoît XVI a en outre relevé qu’»en ces jours», 60 ans après la création de l’Etat d’Israël et le début des hostilités qui s’ensuivirent, les Palestiniens se retrouvent «piégés, comme beaucoup d’autres en cette région et à travers le monde sont piégés, dans une spirale de violence, d’attaque et de contre-attaque, de vengeance et de destruction continuelle».
«Le monde entier soupire pour que cette spirale soit brisée et pour que par la paix soit mis fin à ces combats qui ne cessent pas de durer», a alors lancé le pape dans devant environ 300 personnes, dont des leaders religieux de plusieurs confessions chrétiennes et quelques consuls généraux à Jérusalem. S’adressant aux parents palestiniens, Benoît XVI s’est dit en outre conscient que «beaucoup de (leurs) familles» étaient séparées, «à cause de l’emprisonnement de membres de la famille, ou des restrictions dans la liberté de déplacement», et que «beaucoup d’entre (elles) ont connu le deuil pendant les hostilités».
La ’position exemplaire’ du Saint-Siège
De son côté, Mahmoud Abbas, qui avait accueilli le pape à l’entrée de l’école de l’UNRWA, a salué la «position exemplaire du Vatican» concernant la cause palestinienne en général et la cause des réfugiés en particulier. Le président de l’Autorité palestinienne a en outre souhaité adresser un «message de paix» à ses «voisins israéliens», leur demandant aussi d’arrêter l’occupation et la colonisation.
Entre la tribune où se tenait le pape et le mur de séparation se trouvait une installation encore neuve destinée à l’origine à accueillir Benoît XVI, mais Israël s’était opposé à son utilisation, de crainte que l’on n’aperçoive alors en arrière-plan le mur et les miradors qui jonchent la structure.
Derrière le pape, on pouvait malgré tout lire des inscriptions peintes sur le mur, telles que ’No Peace without Justice, No Justice without return Home’ (pas de paix sans justice, pas de justice sans retour à la maison), ou encore ’Nous avons besoin de ponts, pas de murs’, en anglais comme en italien.
«Participer à la souffrance» des prisonniers
Au cours de sa visite dans ce camp, Benoît XVI a rencontré les enfants de deux prisonniers palestiniens – un musulman et un chrétien – au camp de réfugiés d’Aïda. Selon le père Federico Lombardi, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, le pape souhaitait ainsi «participer à la souffrance» des prisonniers. Avant de prononcer son discours, le pape a assisté à un spectacle de danses et de chants interprété par des enfants, qu’il a visiblement apprécié, et écouté une oeuvre pacifiste du poète palestinien Mahmoud Darwich.
Benoît XVI a en outre fait don d’une enveloppe de 50’000 euros, en vue de réaliser trois salles de classe dans ce camp qui accueille près de 5000 personnes. Il a été remercié par la Commissaire générale de l’UNRWA, Karen Abou Zeid.
Fondé en 1948, le camp d’Aïda a accueilli dès ses débuts des habitants des villages voisins de Jérusalem détruits par Israël en 1948. En souvenir de la ’Naqba’ (’catastrophe’ de l’émigration forcée des Palestiniens après la création d’Israël), 61 ballons noirs ont été lâchés, sur lesquels figurent les noms de ces villages palestiniens détruits, il y a 61 ans exactement. En outre, une clé a été remise symboliquement au pape, en symbole des maisons qui ont du être abandonnées précipitamment et qu’ils espèrent retrouver. (apic/imedia/cp/ami/bb)



