Un projet de colonies juives menace l’équilibre de la communauté
Terre Sainte: L’expérience de coexistence judéo-palestinienne menacée dans son existence
Jérusalem/Bâle, 18 septembre 1997 (APIC) Un projet de colonies juives menace l’expérience de coexistence entre palestiniens et juifs menée depuis le début des années 70 dans le village pour la paix de «Neve Shalom/Wahat al-Salam», fondé par le Père dominicain Bruno Hussar. L’association des Amis de «Neve Shalom» en Suisse – une association qui regroupe quelque 1700 membres juifs, catholiques et protestants – a déjà envoyé une somme de 50’000 francs pour financer les démarches juridiques entreprises pour tenter de sauver cette oasis de paix.
Situé près du couvent trappiste de Latroun, sur une colline à une trentaine de kilomètres de Jérusalem, sur la route de Tel Aviv, le village de «Neve Shalom» (qui porte également le nom arabe de Wahat as-Salam», «oasis de paix»), rassemble des familles juives, musulmanes et chrétiennes. Depuis un quart de siècle, cette expérience unique montre que l’entente est possible entre les différentes communautés de la région, moyennant la rencontre dans le respect des différences.
L’Ecole de la Paix
Les parents juifs et arabes qui habitent aujourd’hui cette colline ont voulu que leurs enfants soient tous éduqués ensemble. Ils ont donc construit une seule crèche, une seule école maternelle et une seule école primaire, «l’Ecole de la Paix», où les enfants apprennent à parler les deux langues et s’ouvrent ainsi, dès leur plus jeune âge, aux deux cultures.
Les promoteurs du village de la paix voient avec effroi les projets immobiliers de l’entrepreneur Rafi Tal, qui projette la construction de 440 maisons familiales sur le terrain jouxtant «Neve Shalom», qui ne compte que 37 familles, réparties pour moitié entre arabes et juifs. Les plans de cette nouvelle implantation juive de «Neot Latrun» ont été approuvés au printemps par les autorités compétentes à Jérusalem, révèle la «Gazette juive» à Bâle, dans son édition du jeudi 18 septembre.
Des habitants «asphyxiés» par les nouveaux colons juifs
Les habitants juifs et arabes de «Neve Shalom» craignent d’être «asphyxiés» si la construction de «Neot Latrun» se réalise, d’autant plus qu’il existe également des plans pour un deuxième quartier de 350 unités d’habitation qui regrouperait des vétérans des unités spéciales de police anti-terroristes israéliennes.
«Si ces implantations devenaient une partie intégrante du village, ce serait la fin morale et pratique de Neve Shalom», selon l’une de ses habitantes, Evi Guggenheim-Shbeta, citée par la «Gazette juive». En effet, l’école perdrait son équilibre entre juifs et arabes, et ces derniers ne deviendraient plus qu’une toute petite minorité au sein de la population du nouveau village. Et pourtant, l’école mixte de «Neve Shalom» a reçu du Ministère israélien de l’éducation la reconnaissance – rarement accordée – d’école expérimentale.
Un projet qui sera mis en minorité
Il est clair également que les habitants de «Neve Shalom», qui seront minorisés par les nouveaux colons aux visées idéologiques différentes, n’auront plus voix au chapitre dans la future municipalité, avec toutes les conséquences qui s’ensuivront en matière de subventionnement et de priorités, notamment pour les institutions éducatives expérimentales. C’en sera fini de l’existence de «Neve Shalom/Wahat al-Salam» comme village judéo-arabe et comme modèle de coexistence.
Le ministre extrémiste Ariel Sharon s’en mêle
Avec l’aide d’avocats, le village de la paix ne veut pas enterrer cette expérience unique de cohabitation et tente pour la sauvegarder d’empêcher la construction de ces implantations sur le territoire communal. Mais l’issue est incertaine: l’extrémiste de droite Ariel Sharon, ministre israélien des Infrastructures nationales (en fait de la colonisation), s’est mêlé personnellement de cette affaire. Sharon veut à tout prix réaliser ce projet contesté, tandis que l’ancien Premier ministre Shimon Peres a apporté son soutien à cette tentative pilote de coexistence. Il a récemment visité l’oasis de paix et s’est dit impressionné par la cohabitation judéo-arabe qui s’y vit au quotidien. (apic/jr/be)



