Le conflit en Irak détourne les regards du conflit israélo-palestinien
Terre Sainte: Rome appelle les évêques du monde entier à soutenir les chrétiens locaux
Rome/Jérusalem, 4 avril 2003 (Apic) A l’approche de Pâques, Rome appelle les évêques du monde entier à soutenir les chrétiens de Terre Sainte, qui vivent en ce moment une période particulièrement difficile dans les territoires occupés, toujours à feu et à sang. Le conflit en Irak détourne les regards du conflit israélo-palestinien qui s’enlise et devient toujours plus sanglant.
«Profitant du fait que le monde entier a les yeux braqués sur le conflit irakien, Israël se déchaîne depuis 48 heures dans les territoires occupés, semant la mort et la destruction», écrit ainsi «L’Orient-Le Jour» dans son édition du vendredi 4 avril. Le quotidien libanais francophone rappelle qu’avec la mort jeudi de 7 Palestiniens sous les balles israéliennes, ces décès portent à 3’127 le nombre de personnes tuées depuis le début de l’intifada, fin septembre 2000, dont 2’350 Palestiniens et 719 Israéliens.
Le patriarche latin de Jérusalem dénonce le «Mur de l’Apartheid»
Dans un appel à la paix à l’occasion du 40e anniversaire de la célèbre encyclique du pape Jean XXIII, «Pacem in terris», écrite juste après la construction du Mur de Berlin et la crise des missiles à Cuba, le patriarche latin de Jérusalem dénonce le «Mur de l’Apartheid» que les Israéliens sont en train d’ériger dans les territoires occupés. Mgr Michel Sabbah dénonce dans son message les nouvelles mesures actuellement prises par les Israéliens «qui vont conduire à davantage de méfiance, de division et d’humiliation».
«Un nouveau type de Mur de Berlin est en construction, écrit-il, bien que cette fois, le mur sépare les Israéliens des Palestiniens. En 2002 le gouvernement israélien a commencé la construction d’un mur de séparation de 8 mètres de haut le long des 350 km de la frontière de la Cisjordanie. L’objectif et d’assurer la protection physique de la population israélienne contre de possibles attentats suicide commis par des Palestiniens. Nous avons clairement dit que tous les actes de violence de ce genre, d’où qu’ils viennent, doivent être condamnés. Il n’y a pas de doute que cette barrière va constituer un obstacle aussi bien psychologique que physique entre les deux populations, une sorte de Mur de l’Apartheid. Les Palestiniens seront virtuellement enfermés, comme s’ils étaient dans une prison ouverte géante.»
Des négociations pour sortir de la spirale de la violence
Mgr Sabbah, président de Pax Christi international, déplore que cela va provoquer chez certains encore plus de haine contre les Israéliens, provoquant davantage d’attentats suicide et de représailles, et alimentant la spirale de la violence. Le patriarche latin rappelle qu’il y a pourtant encore de nombreux Palestiniens qui vivent dans l’espérance de temps meilleurs, «même au milieu de la destruction de leurs maisons et de leur agriculture, alors qu’ils sont traités comme des êtres humains de seconde classe, vivant sous le couvre-feu et les humiliations endurées aux postes de contrôle de l’armée israélienne».
Dans son «Appel pour la paix» à l’occasion de l’encyclique «Pacem in Terris» (Paix sur la terre!), dont l’anniversaire sera célébré par l’Eglise catholique le 11 avril prochain, Mgr Michel Sabbah souligne que les chrétiens de Terre Sainte réclament la fin de l’occupation israélienne de la Palestine, «la cause la plus profonde et la plus réelle de la violence». De nouvelles négociations et un réel dialogue entre tous les peuples concernés sont absolument nécessaires pour éviter que le conflit ne s’étende, écrit encore le patriarche latin de Jérusalem.
C’est dans ce contexte de violence que la Congrégation pour les Eglises orientales lance un appel aux diocèses du monde entier pour soutenir les chrétiens de Terre Sainte, qui ont plus que jamais besoin d’aide en cette période de crise. Le Vendredi Saint est traditionnellement consacré à la collecte pour la communauté catholique de Terre Sainte et pour l’entretien des lieux saints. Dans une lettre en six langues, le préfet de la Congrégation, le cardinal Ignace Moussa I Daoud, précise que «la communauté catholique, avec la fidélité de la fraternité ecclésiale, a toujours montré à l’Eglise de Jérusalem sa proximité et sa sollicitude, soutenant le témoignage ’unique’ que celle-ci est appelée à donner au monde».
Sentiment d’isolement et d’abandon chez les chrétiens de Terre Sainte
Le cardinal d’origine syrienne insiste sur la «dramatique situation actuelle» qui exige un effort spécial y compris sur le plan matériel. «Les chrétiens de Terre Sainte, particulièrement éprouvés aujourd’hui par le sentiment d’isolement et d’abandon, doivent en effet faire l’expérience de la charité évangélique qui nous unit tous en Jésus-Christ et de l’encouragement de toute l’Eglise à rester dans les communautés d’origine», poursuit le cardinal. Face aux incertitudes et à l’oppression qui poussent les chrétiens de Terre Sainte à prendre le chemin de l’exil, l’Eglise locale compte sur le soutien de toute la chrétienté, notamment pour maintenir ses nombreuses écoles et instituts de formation, hôpitaux et centres de santé et organismes caritatifs, ainsi que ses structures pastorales et éducatives.
Le Vendredi saint a été choisi par le pape Paul V, il y a près de 400 ans, comme journée spéciale de prière et de soutien matériel pour les communautés catholiques de Terre Sainte. (apic/ob/orj/cic/be)




