La crédibilité de la religion est menacée

Thaïlande: Révélation de plusieurs scandales impliquant des moines bouddhistes

Bangkok, 16 novembre 2000 (APIC) Les révélations de scandales impliquant des moines bouddhistes se multiplient et menacent la crédibilité de la religion dans ce pays à la population très majoritairement bouddhiste. Face à l’ampleur de la crise, le ministre de l’Education a évoqué la possibilité pour le gouvernement d’intervenir dans l’organisation de la vie religieuse des bouddhistes.

Alors que 3’000 dirigeants bouddhistes venus de 16 pays se sont réunis à Bangkok, le 9 novembre, pour le deuxième Sommet mondial du bouddhisme, les révélations scandaleuses concernants les moines se multiplient. Moines surpris à boire de l’alcool en galante compagnie dans des bars karaoke, moines collectionnant des voitures de prix. Un bonze et sa compagne ont même été inculpés pour trafic d’amphétamines. D’autres moines encore sont accusés de recourir aux services de prostituées ou du viol d’une fillette de onze ans. Un moine a été assassiné: la liste est longue et sinistre. Il ne se passe pas de semaine sans que la presse ne rapporte de nouveaux scandales.

Selon les éditorialistes, les comportements déviants au sein des temples bouddhistes sont plus fréquents que ce que les autorités veulent bien révéler et peu de choses sont faites pour ramener les moines défaillants dans le droit chemin. «Le bouddhisme en Thaïlande est dans un triste état», pouvait-on lire dans l’éditorial du Bangkok Post du 10 novembre. «De plus en plus de moines ne savent plus où ils vont. Des réformes sont assurément nécessaires». «Quelque chose doit être entrepris pour consolider la foi des gens. Le bouddhisme est une des principales forces d’unité du pays», écrivait l’éditorialiste de «The Nation», le 29 octobre dernier.

Le bouddhisme n’a plus la côte

Plusieurs des principaux moines de Bangkok ont témoigné du désintérêt dont est victime la religion bouddhiste, à la suite de ces révélations successives et du fait que les Thaïlandais aujourd’hui ont le sentiment que la religion n’est plus adaptée à leur vie quotidienne. Autrefois, la grande majorité des garçons ou des jeunes hommes passaient au moins trois mois de leur vie dans un temple. Ce séjour était considéré comme un rite de passage à l’âge adulte. Mais aujourd’hui, témoignent ces responsables bouddhistes, moins de 10% des hommes revêtent la robe safran dans leur vie.

Le gouvernement a laissé entendre qu’il pourrait agir si des mesures n’étaient pas prises rapidement. Somsak Prisananantakal, ministre de l’Education, a ainsi déclaré que les autorités pourraient légiférer pour surveiller la conduite des moines et protéger les finances des temples. Le Conseil suprême de la Sangha, plus haute autorité du bouddhisme en Thaïlande, a déclaré qu’il étudiait la possibilité de mettre sur pied un groupe de travail pour évaluer l’étendue des comportements déviants parmi les 300’000 moines du pays.

Selon Nantasarn Seesalab, secrétaire général de l’Amitié mondiale bouddhiste, basée à Bangkok, cette décision est bonne car «les gens seront ainsi rassurés quant à l’usage qui est fait de leurs aumônes». Dommageable à court terme, cette crise pourrait être l’occasion pour le bouddhisme en Thaïlande de se régénérer, en amenant tant le clergé que les fidèles laïques à reconsidérer leurs comportements, a-t-il conclu. (apic/eda/vb/mjp)

16 novembre 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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