Empêcher que les milices ne poursuivent leur campagne de terreur

Timor Est: 15 personnes arrêtées après le massacre de religieux près de Baucau

Dili, 28 septembre 1999 (APIC) 15 miliciens anti-indépendantistes armés ont été capturés lundi soir à Timor Est par les troupes internationales de l’INTERFET lors d’un raid éclair de troupes hélitransportées dans la localité de Com, à l’Est de l’ancienne colonie portugaise. Cette intervention musclée survient après le massacre de religieux et d’un journaliste près de Baucau, sans que l’on soit encore en mesure de préciser si ce sont les auteurs de la tuerie qui ont été appréhendés.

Le colonel Mark Kelly, porte-parole de l’INTERFET, a déclaré que l’opération à Com était une réponse aux rapports faisant état de la poursuite «des meurtres, des incendies volontaires et de la violence». C’est dans cette zone que des soldats indonésiens quittant la région ont tué neuf civils et 5 religieux, mais le colonel Kelly n’a pas pu confirmer que le raid était lié à ce massacre. Parmi les armes confisquées lors de l’intervention des soldats australiens, britanniques et néo-zélandais arrivés à bord d’hélicoptères Black Hawks, figurent des armes de guerre fournies par l’armée régulière indonésienne. Dans cette région, les milices Saka et Team Serra, ainsi que le groupe armé Team Alfa ont semé la terreur ces dernières semaines.

L’Eglise a déjà payé le prix fort

Mgr Basilio do Nascimento, évêque de Baucau, a précisé que parmi les personnes tuées entre les localités de Los Palos et Viqueque samedi soir figuraient deux religieuses, deux diacres, un séminariste et plusieurs laïcs, dont le journaliste indonésien Agus Mulyawan, travaillant pour la télévision japonaise «AsiaWorks». Avec le correspondant du «Financial Times» Sander Thoenes, tué la semaine passé à un barrage de l’armée indonésienne près de Dili, il est le deuxième journaliste à trouver la mort au Timor Oriental en moins d’un mois.

Dans l’attaque, deux religieuses canossiennes, l’une italienne, Sœur Erminia Cazzaniga, âgée de 69 ans, et Sœur Celeste de Carvalho Pinto, une Timoraise de 48 ans, ont trouvé la mort, ainsi que le séminariste Valério da Conceição et les diacres Fernando Santos et Jacinto Xavier, ce dernier étant le responsable de Caritas à Los Palos. Les victimes ont été arrachées de leur voiture, mitraillées et les corps jetés en contrebas dans un ruisseau.

L’INTERFET est arrivée trop tard

Considérée comme sympathisante de la cause indépendantiste, l’Eglise catholique a payé le prix fort: depuis le succès du référendum en faveur de l’indépendance le 30 août dernier, plusieurs prêtres ont été assassinés par des soldats indonésiens ou des miliciens timorais. Mgr do Nascimento, visiblement touché par ce drame, souligne que depuis le début de l’occupation indonésienne du Timor Oriental, jamais aucun membre de l’Eglise n’avait été attaqué. Mais ces dernières semaines, quatre prêtres du diocèse de Dili ont été abattus. «Je ne comprends pas la raison de ce changement de comportement», a confié l’évêque de Baucau à l’agence de presse portugaise LUSA. Et de déplorer que l’arrivée de la force internationale ait été «trop tardive».

Mgr do Nascimento a toujours essayé de faciliter le dialogue entre le gouvernement, les milices, les militaires et la police, ce qui a permis que Baucau ne connaisse pas le même niveau de destruction que Dili ou d’autres endroits. Dom Basilio do Nascimento a encore relevé que bien que la majorité des membres des milices locales Saka et Team Serra se soient enfuis au Timor Occidental, nombre d’entre eux sont cependant restés dans la région.

En visite en Allemagne, l’évêque de Dili, Mgr Carlos Filipe Ximenes Belo, a réclamé mardi le renforcement immédiat des troupes multinationales de l’INTERFET au Timor Oriental. Dans une interview à la télévision allemande ARD, le Prix Nobel de la Paix a déclaré que c’est seulement sous la protection des troupes multinationales que les réfugiés pourront retourner dans leur foyer.

Mgr Belo se trouve pour quatre jours en Allemagne à l’invitation de la Conférence épiscopale allemande. Après Aix-la-Chapelle, où il a eu mardi des entretiens avec les responsables des œuvres d’entraide allemandes «Missio» et «Misereor», l’évêque timorais a célébré le soir à Berlin une messe en solidarité avec le peuple de Timor Est à la cathédrale Ste-Hedwige. Le Prix Nobel de la Paix devra encore rencontrer dans la capitale allemande le président de la République fédérale, Johannes Rau, et le Ministre des Affaires étrangères Joschka Fischer.

Pas une guerre civile entre Timorais

Ce qui s’est passé dans l’ancienne colonie portugaise depuis fin août, a tenu à souligner Mgr Belo lors de son arrivée en Allemagne, «ce n’est pas une guerre civile entre Timorais, mais une guerre stratégique préparée de longue date par les Indonésiens en représailles contre les aspirations à l’indépendance du peuple timorais». Lançant un cri d’alarme, Mgr Belo affirme que le sort des quelque 130’000 Est-Timorais réfugiés dans des camps du Timor Occidental est «encore pire» que la situation de la population restée au Timor Oriental.

Dimanche prochain, Mgr Belo va s’envoler pour la ville australienne de Darwin, dans le but de retourner le plus rapidement possible à Dili, d’où il avait dû fuir clandestinement sous la menace des milices déchaînées qui ont dévasté sa résidence épiscopale le 6 septembre dernier. Interrogé sur d’éventuelles ambitions politiques, le prélat a annoncé qu’il n’accepterait aucune charge politique et qu’il est «l’évêque de tout le monde». Avant d’être président de Timor, a-t-il plaisanté, «je préférerais aller travailler comme simple missionnaire en Afrique».

Sévères critiques des œuvres d’entraide allemande face à l’»attentisme» de l’ONU

A la même occasion, les œuvres d’entraide allemandes «Missio» et «Misereor» ont sévèrement critiqué l’attentisme de la communauté internationale face au drame du Timor Oriental, qui a trop longtemps attendu «sans rien faire» avant de finalement intervenir «quand tout était déjà trop tard». Les deux organisations catholiques ont exigé que l’on prenne en considération le respect des droits de l’homme comme critère pour poursuivre la collaboration avec l’Indonésie. (apic/lusa/kna/be)

28 septembre 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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