Les Eglises jouent un rôle actif dans l’affrontement actuel
Togo: Une mission oecuménique propose un plan de réconciliation
Lomé/Paris/Montpellier, 4 mai 2005 (Apic) Les élections présidentielles au Togo du 24 avril dernier et les troubles sanglants qui ont suivi l’annonce de la victoire de Faure Gnassingbé, fils du dictateur défunt Gnassingbé Eyadéma, ont entraîné la mort de dizaines de personnes et provoqué une vague de près de 20’000 réfugiés vers le Bénin et le Ghana. Face au chaos qui menace, les Eglises tentent de jouer l’apaisement dans l’affrontement actuel.
Ces élections présidentielles ont été organisées «dans des conditions de précipitation» qui n’ont pas permis à l’ensemble de la population togolaise en âge de voter d’exercer son droit constitutionnel à s’inscrire sur la liste électorale, estime une mission oecuménique récemment de retour du Togo.
Composée de représentants de la Conférence des Eglises de Toute l’Afrique, de la Bremen Mission, de la Cevaa-Communauté d’Eglises en Mission, du Defap-Service Protestant de Mission, de la Fédération Protestante de France, du Secours Catholique, du Conseil Oecuménique des Eglises, de l’Alliance Réformée Mondiale, la mission oecuménique propose un plan de réconciliation.
Actuellement, selon des sources protestantes en Suisse, les milieux critiques sont sous surveillance, les messages sont brouillés et triés par le parti en place. Ces milieux sont inquiets des menaces qui pèsent sur le pasteur Adubra, président de la Cevaa (Communauté d’Eglises en mission, basée à Montpellier), l’archevêque catholique de Lomé, Mgr Fanoko Kossi Kpodzro, et le président de l’Eglise presbytérienne, le pasteur Bessah.
Dangereuse dégradation de la situation
Les partenaires des Eglises du Togo déclarent suivre «avec une extrême inquiétude la dangereuse dégradation de la situation sociopolitique au Togo durant les deux dernières semaines, et particulièrement depuis la nuit du dimanche 24 avril, jour de l’élection présidentielle». La délégation relève que le taux d’inscription a été de -30% dans l’ensemble des régions considérées comme favorables à l’opposition, contre +85% dans les régions considérées comme favorables au parti au pouvoir.
La délégation d’Eglises affirme que le Togo court de graves risques de déflagration sociale, vu la tension extrême régnant entre les différentes couches sociales, les partis politiques de l’opposition et du pouvoir, l’armée et le peuple, «sans oublier la suspicion généralisée» pesant sur l’organisation de l’élection. Dans un «appel solennel» aux autorités togolaises, elle leur demande d’assumer leur devoir constitutionnel de protéger la vie des populations du Togo, ainsi que les droits reconnus des citoyens togolais, en veillant notamment à ce que les militaires togolais n’utilisent pas des armes de guerre contre des populations civiles désarmées.
Invitation à un sursaut patriotique
Les Eglises interpellent également les partis politiques togolais afin qu’ils acceptent de se retrouver «dans un sursaut patriotique, pour discuter des modalités de sortie de la crise politique actuelle» et pour qu’ils demandent à leurs militants d’éviter de s’attaquer aux étrangers et à leurs biens. L’Union Africaine (UA) et l’ONU sont également sollicitées pour dépêcher d’urgence une mission au Togo pour aider à arrêter les affrontements et massacres de civils actuellement en cours.
Ces organisations internationales devraient également faciliter, avec l’appui de la communauté internationale, le dialogue entre les forces politiques togolaises dans un esprit de justice et d’impartialité. Elles doivent aussi intervenir d’urgence auprès des autorités togolaises pour que cessent les massacres de civils innocents et non armés.
Les Eglises demandent encore à l’Union Européenne (UE), à la France et à l’Allemagne d’utiliser les relations particulières qu’elles ont avec le gouvernement togolais pour amener celui-ci à éviter les violations des droits de l’homme, à faire soigner les blessés et à garantir la sécurité de tous les Togolais, y compris les responsables de l’opposition, les pasteurs et les prêtres dont la vie est actuellement menacée. La Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) doit également être à l’écoute des aspirations du peuple togolais afin d’éviter une catastrophe grave au Togo.
Quant aux Eglises togolaises, elles sont invitées à jouer leur rôle prophétique auprès de la population togolaise et à utiliser leur autorité morale pour faciliter le dialogue et réconciliation entre les partis politiques.
La Fédération Protestante de France et le Defap-Service Protestant de Mission ont également adressé la semaine dernière un appel au Ministre français des Affaires étrangères Michel Barnier et au président Jacques Chirac. Ils contredisent les déclarations des Nations Unies et de la CEDEAO, affirmant que les élections se sont déroulées de manière paisible et démocratique et qu’il faut en valider les résultats. Pour les milieux ecclésiaux français, les élections au Togo ont été entachées de nombreuses irrégularités, elles sont fortement contestées sur place et elles ont été accompagnées et suivies de graves violences entraînant des exactions de la part des autorités et de l’armée.
Les Eglises du Togo font état de graves risques d’émeutes, notamment de jeunes, et d’une montée dangereuse de xénophobie à l’encontre des Français, des Européens et des Libanais auxquels répondront inévitablement des actions de répression par la police et l’armée. Elles craignent un embrasement de la situation comparable à celui qu’a connu la Côte d’Ivoire. (apic/com/be)




