Toronto : Les jeunes accueillent Jean Paul II à l’Exhibition Place
Appel à vivre les Béatitudes face à la «méchanceté humaine»
De notre envoyé spécial à Toronto, Antoine Soubrier
Toronto, 25 juillet 2002 (APIC) C’est au milieu d’une foule de jeunes surexcités que Jean Paul II est arrivé à l’Exhibition Place, à Toronto, dans la soirée du 25 juillet pour la cérémonie d’accueil des jeunes réunis depuis deux jours la capitale de l’Ontario. Devant plusieurs centaines de milliers de personnes, le pape a prononcé un long discours, appelant en particulier les jeunes à «vivre» les Béatitudes face à la «méchanceté humaine» qui s’est en particulier vérifiée le 11 septembre dernier.
Arrivé avec une demi-heure d’avance, Jean Paul II est apparu souriant et reposé, à bord de sa papamobile. Il était venu de Strawberry Island en hélicoptère, sous un ciel nuageux.
Entre 200’000 et 300’000 jeunes l’ont acclamé sur son passage, alors qu’il faisait le tour de l’immense Exhibition Place. Les drapeaux des 170 pays représentés à ces Journées mondiales de la Jeunesse flottaient au-dessus des têtes, au rythme de l’hymne composé pour l’événement, «Lumière du monde», et du célèbre slogan des JMJ de Rome, «Jean Paul II, tout le monde t’aime».
«Le pape vous aime!», a répondu Jean Paul II une fois assis sur le podium dominant la place. Confiant d’une voix claire qu’il a «attendu avec impatience» ce moment, il a ensuite lu une méditation sur les Béatitudes. «C’est la grande charte du christianisme», a-t-il expliqué, proposant alors aux jeunes de copier leur attitude à celle proposée dans ce passage de la bible.
«A votre envie de jeunes désirant être heureux, le vieux pape, chargé d’années mais encore jeune de coeur, répond par une parole qui n’est pas la sienne: (.) Heureux», a déclaré Jean Paul II. Cette recherche du bonheur «est légitime», a-t-il ajouté, précisant que «le Christ a la réponse à cette attente», et que «la joie véritable est une conquête qui ne s’obtient pas sans une lutte longue et difficile».
Ensuite, après que la croix des JMJ ait été portée par une douzaine de jeunes sur le podium, le pape a repris son discours en s’adressant de nouveau aux jeunes du monde entier. «Avec le regard fixé sur le Christ, vous pouvez découvrir le chemin du pardon et de la réconciliation dans un monde souvent en proie à la violence et à la terreur», a-t-il affirmé. Il a alors rappelé les événements du 11 septembre 2001, «expérience du visage tragique de la méchanceté humaine». «Nous avons vu ce qui arrive lorsque règnent la haine, le péché et la mort».
Jean Paul II a enfin mis les jeunes en garde contre les propositions qui les sollicitent de toute part, «nombreuses et séduisantes». «Beaucoup vous parlent d’une joie qui pourrait s’obtenir par l’argent, par le succès, par le pouvoir», a-t-il insisté, les prévenant du danger «d’une joie qui coïncide avec le plaisir superficiel et éphémère des sens». «Jésus seul, a- t-il conclu, propose un message qui ne change pas».
A l’issue de la célébration durant laquelle deux jeunes canadiens ont remercié le pape de s’être déplacé jusque sur ces terres lointaines, Jean Paul II est reparti comme il était venu, en papamobile, pour saluer les jeunes sur la place, puis en hélicoptère. «Au revoir!», a-t-il lancé en plusieurs langues avant de prendre congé des jeunes, aux cris de «longue vie au pape!».
Dans la soirée du même jour, les jeunes se sont séparés en petits groupes pour le ’Festival de la jeunesse, durant lequel sont proposées différentes activités spirituelles ou de détente confessions, tables rondes, concerts, . (apic)
Encadré:
La présence de Jean Paul II surprend les journalistes canadiens
«De nombreux journalistes canadiens ont été bouleversés à la vue de Jean- Paul II lors de sa descente de l’avion, à son arrivée à Toronto», a affirmé à l’APIC le père Raymond D’Souza, plus jeune prêtre canadien et journaliste pour un quotidien national, le «National Post».
«La visite de Jean Paul II est en train de changer la vision de nombreux Canadiens sur l’Eglise», a expliqué R. D’Souza, ordonné prêtre quelques jours seulement avant le lancement des JMJ de Toronto. «Même si cela ne résoudra pas tous les problèmes d’un pays où l’on ne compte plus que 15% de catholiques pratiquants, on voit déjà que la seule affection entre le pape et les jeunes touche de nombreuses personnes et en particulier les journalistes», a-t-il ajouté, confiant avoir vu certains d’entre eux «émus jusqu’aux larmes» au moment où Jean-Paul II est descendu de l’avion, le 23 juillet.
Alors qu’avant les JMJ de Toronto, les polémiques circulaient sur la question de la participation des jeunes Canadiens, les journaux télévisés et écrits font largement écho de l’événement, faisant part, pour la majeure partie d’entre eux, de leur surprise face à l’engouement des jeunes.
«Notre pays n’a plus l’habitude de voir en face des personnes âgées, handicapées ou des malades», a continué le père D’Souza, ajoutant que «les journalistes sont en outre souvent habitués à ce que l’image d’une personne politique ne corresponde pas à sa vie». «Ils ont été touchés par ce vieil homme qui s’est démené pour venir voir leurs compatriotes, malgré sa fatigue visible».
Pour ce jeune journaliste de 30 ans, mais en même temps désormais chargé du soin des âmes canadiennes, «il faut que ce sentiment se propage à présent dans tout le pays et qu’il s’enracine dans la confiance ainsi que dans la formation». «Même s’il restera ce beau souvenir laissé par Jean Paul II après son départ, l’Eglise doit continuer à vivre l’esprit des JMJ avec ses réalités locales, notamment en découvrant les lumières dues à sa présence plutôt que ses ombres». (apic/imedia/bb)



