Rome : Une nouvelle interview du pape à 'La Reppublica' suscite la perplexité du Vatican
Toutes les paroles ne peuvent pas être attribuées au pape avec certitude
Rome, 13 juillet 2014 (Apic) Deux semaines après la parution de sa dernière interview accordée à la presse italienne, le pape François s’est à nouveau livré à Eugenio Scalfari, athée déclaré et fondateur du quotidien italien ‘La Reppublica’. Dans un échange publié le 13 juillet 2014 dans ce journal, le souverain pontife, qui avait déjà accordé une interview polémique à ce journaliste italien, affirme notamment que la mafia et le fléau de la pédophilie sont des «questions centrales» pour l’Eglise. Le Saint-Siège a toutefois rapidement et vivement réagi en indiquant que si le «sens» général de la publication était correct, certaines affirmations ne pouvaient pas être «attribuées au pape avec certitude».
D’après Scalfari, qui a déjà rencontré le pape à plusieurs reprises, c’est le dialogue avec un non-croyant qui intéresse particulièrement le pontife. «C’est le pape François qui a voulu nos rencontres, assure-t-il ainsi, car parmi les nombreuses personnes de toutes conditions sociales, de toutes croyances et de tous âges qu’il rencontre dans son apostolat quotidien, il désirait aussi échanger des idées et des sentiments avec un non-croyant». Le pape, poursuit-il, «considère qu’un entretien avec un non-croyant peut être réciproquement stimulant».
Comme dans les différentes autres interviews qu’il a déjà accordées à plusieurs médias, de nombreux thèmes sont abordés : la réforme de la curie, la figure de Jésus, la modernité ou encore le Concile Vatican II (1962-1965). «La pédophilie, la mafia : l’Eglise, le peuple de Dieu, les prêtres, les communautés, compteront parmi leurs devoirs ces deux questions centrales», indique notamment le pape dans cet entretien.
Pas de cardinaux pédophiles
Toutefois, quelques heures à peine après la publication de cet échange, advenu trois jours plus tôt à la Maison Sainte-Marthe, le Père Federico Lombardi, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, a réagi et démenti une partie de son contenu, tout en reconnaissant la validité du «sens général et l’esprit» du texte. Dans une note, le ›porte-parole’ du Saint-Siège a ainsi relevé «deux affirmations qui ont beaucoup attiré l’attention mais qui ne sont pas attribuables au pape» : le fait qu’il y ait des «cardinaux» parmi les membres du clergé se rendant coupables d’actes de pédophilie et la décision du pontife de trouver des «solutions» concernant la question du célibat des prêtres.
«Dans l’article publié par ‘La Repubblica’, indique la note, ces deux affirmations sont clairement attribuées au pape, mais curieusement, les guillemets sont ouverts au début, mais ne sont pas fermés ensuite. Les guillemets de fermeture manquent tout simplement…». Et de conclure : «Oubli ou reconnaissance explicite d’une manipulation de lecteurs naïfs ?»
A l’automne 2013, la publication d’un autre entretien avec Eugenio Scalfari avait déjà suscité une polémique pour le manque de fiabilité de certaines phrases. La méthode de travail journalistique du fondateur de La Reppublica, qui n’inclut ni enregistrement ni retranscription écrite à proprement parler, mais une simple prise de notes non exhaustive, avait mis le Saint-Siège dans l’embarras. Quelques semaines après la publication, l’interview avait d’ailleurs été retirée du site Internet du Vatican, afin de lui rendre sa nature journalistique et non magistérielle. Ce nouvel épisode pose à nouveau la question du statut de la parole du souverain pontife. (apic/imedia/mm/mp)




