Fribourg : Publication, après 4 ans de travail, d’une étude sur les rapports Eglise-Etat en Suisse
Travailler ensemble dans la même maison
Fribourg, 25 juin 2014 (Apic) La présentation publique, le 25 juin 2014 à l’Université de Fribourg, de l’étude commanditée par la Conférence des évêques suisses sur la question des rapports Eglise-Etat en Suisse a été l’occasion d’illustrer une nouvelle fois la lutte pour le pouvoir au sein de l’Eglise catholique suisse. Entre d’un côté les évêques et de l’autre les corporations ecclésiastiques de droit public qui se dénomment elles-mêmes ›Eglises cantonales’.
Dans cette nouvelle passe d’armes, à fleurets mouchetés, les évêques tiennent à défendre leur autorité tandis qu’en face les élus des corporations ecclésiastiques ne veulent plus être considérés comme de simples pourvoyeurs de fonds.
L’ouvrage scientifique de référence, édité pour l’instant seulement en allemand, fait en quelque 300 pages le tour de la question dans l’ensemble des cantons suisses. Il est le fruit de quatre ans de travail d’une commission d’experts nommés par la Conférence des évêques suisses (CES). «Il est normal de ne pas tout comprendre !», a plaisanté Don Libero Gerosa, président de la commission et cheville ouvrière du projet. Pour le directeur de l’Institut de droit canon de la Faculté de théologie de Lugano, il n’y a pas solutions toutes faites, mais plutôt des réflexions et des suggestions que chacun devra s’approprier dans sa situation particulière.
Mgr Büchel prône l’apaisement
Du côté des évêques, face à ›l’étonnement’ et au ›désarroi’ provoqués par la publication, en été 2013, d’un «Vade-mecum» qui réaffirmait fermement les prérogatives épiscopales face aux financeurs, Mgr Markus Büchel a continué à prêcher l’apaisement. Les évêques ne veulent pas réaménager dans leurs fondements les rapports Eglise-Etat et encore moins prôner un changement de système. Il s’agit plutôt de valoriser ce qui existe déjà. Il a néanmoins insisté sur la ›différenciation’ des compétences. Les développements concrets seront de l’ordre de chaque organe, dans chaque canton. L’évêque de St-Gall plaide pour un dialogue bienveillant basé sur le ›savoir indispensable et le sérieux requis’ avec une bonne dose de sérénité et de confiance.
Don Gerosa a néanmoins enfoncé le clou. Pour lui, il s’agit d’abord d’abandonner les ›concepts ecclésiologiquement équivoques’. Ainsi une corporation ecclésiastique cantonale n’a pas à se dénommer ›Eglise cantonale’ et son organe législatif n’est pas un ›Synode’.
Etre partenaires
En face, Daniel Kosch, secrétaire général de la Conférence centrale catholique-romaine (RKZ), déplore que les membres des autorités de droit public ecclésiastique ›ne se sentent pas compris correctement, ni pris au sérieux’. Les corporations «apportent du professionnalisme dans la gestion de l’argent, mais aussi leur propre vision d’une Eglise dans laquelle on se sent vraiment à la maison et pour laquelle on s’engage avec enthousiasme», insiste-t-il. Pour lui, ce ›plus’ n’est pas suffisamment reconnu par les évêques. De simples ›gouvernantes’ domestiques, les corporations ecclésiastiques veulent devenir des ›partenaires’.
Pour les deux parties, le prochain chantier est celui de la conclusion de conventions entre les diocèses et les corporations ecclésiastique cantonales. Aussi curieux que cela puisse paraître, seuls le canton des Grisons et le diocèse de Coire disposent d’un tel accord sur des bases juridiquement contraignantes. Pour les autres cantons et les autres diocèses c’est le règne du ›chacun pour soi’. De telles conventions permettraient notamment de dépasser le paradoxe d’une Eglise globalement riche face à des diocèses pauvres.
»Ecouter, écouter, écouter »
Le cardinal Francesco Coccopalmerio, président du Conseil pour l’interprétation des textes législatifs, délégué par le Saint-Siège pour suivre les travaux de la commission, a avoué avoir suivi humblement le triple conseil du pape Benoît XVI : ›ecouter, écouter, écouter’. Il a néanmoins salué les perspectives de développement apportées par chacun des auteurs. Il a souhaité que l’esprit de service à l’Eglise et la volonté de collaborer soient le sel qui épicera les débats à venir.
Le «Sonderfall» de l’Eglise suisse
L’Eglise suisse cultive les particularismes locaux. On parle de ‘Sonderfall’. Dans le domaine religieux, chaque canton dispose d’une organisation propre. A côté des diocèses et des paroisses, qui sont les structures ordinaires de l’Eglise catholique-romaine partout dans le monde, il existe en Suisse des organisations de droit public ecclésiastique. Ces corporations ont été créées par l’Etat qui leur a concédé l’autorisation de percevoir un impôt ecclésiastique auprès des fidèles, à condition de respecter les principes démocratiques en disposant notamment d’organes élus. Leur tâche principale est l’administration des ressources provenant de cet impôt. Ce sont donc elles, et non pas les évêques ou les curés, qui tiennent les cordons de la bourse.
Cette co-existence de deux pouvoirs, celui de l’évêque et des curés et celui des instances démocratiques, comporte évidemment un risque de tensions et de désaccords. Les évêques ont le sentiment de devoir mendier leur subsistance auprès des corporations cantonales. Tandis que celles-ci, fortes du principe ‘qui paie commande’, sont tentées d’intervenir dans les questions ecclésiales de pastorale, de discipline ou même de doctrine.
(apic/mp)




