Rome: Le président du Sri Lanka rend visite au pape François

Trois mois avant la visite du pape dans un pays qui sort d’une guerre civile sanglante

Rome, 3 octobre 2014 (Apic) Le président sri lankais Mahinda Rajapaksa a été reçu au Vatican le 3 octobre 2014. Lors de sa rencontre avec le pape François puis avec le cardinal secrétaire d’Etat Pietro Parolin, il a été souhaité que la visite que le pontife effectuera dans le pays du 12 au 15 janvier 2015 soit un signe de sa «proximité» pour la population et puisse «encourager ceux qui oeuvrent pour le bien commun, la réconciliation, la justice et la paix».

Au cours de son déplacement au Sri Lanka, le pontife entend ainsi encourager l’Eglise catholique à favoriser la réconciliation entre Cinghalais et Tamouls, qui se sont affrontés lors d’une longue guerre civile entre 1983 et 2009. La communauté catholique du Sri Lanka réunit des fidèles de ces deux groupes ethniques, mais son unité est menacée par de profonds antagonismes et des années de conflit. L’annonce de la visite du pape a d’ores et déjà déclenché la vive protestation de mouvements radicaux et ultranationalistes animés par des moines bouddhistes cinghalais.

En visite au Vatican, le président Mahinda Rajapaksa s’est entretenu une quinzaine de minutes avec le pape François. Puis le pontife et le président du Sri Lanka – vêtu de blanc et portant une écharpe rouge sur les épaules – ont procédé au traditionnel échange de cadeau. Le pape François a remis une médaille représentant «l’ange de la paix» à Mahinda Rajapaksa. Ce dernier a offert au pape François une théière en porcelaine, accompagnée de tasses et de petites boîtes de thé.

«Justice et Paix» de Jaffna dénonce le «génocide du peuple tamoul»

Aujourd’hui âgé de 68 ans, Mahinda Rajapaksa est à la tête du Sri Lanka depuis novembre 2005. Après avoir été député dès les années 1970, cet homme issu d’une famille de l’oligarchie sri lankaise a été ministre du travail au milieu des années 1990 puis ministre de la pêche. D’avril 2004 à novembre 2005, avant son élection, il fut également Premier ministre.

Bouddhiste, Mahinda Rajapaksa est un homme de centre-gauche. Il est parvenu à mettre fin en 2009 à un conflit de près de 40 ans en défaisant militairement la guérilla séparatiste des Tigres de libération de l’Eelam tamoul. Ce conflit a fait entre 80 et 100’000 morts. Il y a tout juste un an, la Commission «Justice et Paix» du diocèse de Jaffna, dans le nord du Sri Lanka, dénonçait le «génocide du peuple tamoul actuellement en cours au Sri Lanka».

Dans ce document, le Père Mangalarajah, président de la Commission, lançait un cri d’alarme et invitait le Saint-Siège à exercer des pressions sur le Sri Lanka afin de proposer une solution politique équitable à l’organisation nationale de l’après-guerre civile. Au début de l’année dernière, Mgr Rayappu Joseph, évêque catholique de Mannar, accompagné de 130 signataires catholiques et protestants, lançait un appel à la Commission des droits de l’homme de l’ONU, à Genève, lui demandant d’intervenir avant «le total anéantissement du peuple tamoul».

Le prélat évoquait l’assassinat et la disparition de dizaines de milliers de civils tamouls ainsi que les tentatives de destruction systématique de la culture, de la langue et de la religion des populations des régions du Nord et de l’Est de l’île. Le refus du président Mahinda Rajapaksa de permettre des enquêtes indépendantes et crédibles sur les crimes de guerre commis durant le conflit ne fait qu’exacerber le ressentiment des populations tamoules du nord de l’île. (apic/imedia/ami/eda/be)

3 octobre 2014 | 14:58
par webmaster@kath.ch
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