Trop tôt encore pour comprendre où va le pays

Tunisie: Dans cette partie du monde, la démocratie est «inexistante», relève l’archevêque de Tunis

Tunis, 18 janvier 2011 (Apic) Dans cette partie du monde, où la démocratie est «inexistante», le besoin de liberté est grand, a déclaré l’archevêque de Tunis mardi 18 janvier à l’agence de presse catholique Misna à Rome. Mgr Maroun Elias Lahham estime que l’origine de la révolte populaire en Tunisie est avant tout politique, et qu’il est encore trop tôt pour comprendre comment se déroulera la transition qui vient de débuter.

Mgr Lahham, constatant que le peuple tunisien cherche à passer d’un régime autoritaire à un régime démocratique, parle d’un moment dramatique, «parce qu’il n’y a aucun pays arabe avec un régime démocratique. Le peuple tunisien a peur parce qu’il est le premier à tenter une telle expérience».

Le prélat d’origine jordanienne estime que si, la veille, il y avait encore des désordres à Tunis, «pour le 80% des rues, la situation est revenue à la normale. Mais il est trop tôt pour dire si le nouveau gouvernement sera vraiment ouvert et démocratique». Il souligne que le nouvel exécutif comporte les personnalités les moins corrompues parmi les ex-collaborateurs du président déchu Zine El Abidine Ben Ali. «Le problème est que, durant les 23 années de ce régime, aucun nouveau leader n’a pu émerger. Les choses ne pourront changer qu’avec de nouvelles élections».

Après la protestation contre la vie chère, l’envie de changer de régime politique

La révolte de la rue en Tunisie a commencé par des protestations contre la vie chère et le chômage. Mais pour Mgr Lahham, si à l’origine des manifestations de rue, ces problèmes étaient mis en avant, dès le second jour de la révolte, l’élément politique est devenu dominant. «Davantage que les difficultés économiques, qui sont, dans ces années de crise internationale, communes à de nombreux autres pays, c’est le besoin de liberté qui a fait descendre les Tunisiens dans la rue».

Sur les 10,6 millions d’habitants que compte la Tunisie, seuls 21’000 sont catholiques. Mgr Maroun Lahham, âgé de 62 ans, est originaire de la ville jordanienne d’Irbed. Ordonné prêtre pour le patriarcat latin de Jérusalem en 1972, il travaille ensuite comme prêtre «fidei donum» à Dubaï puis devient vicaire et curé en Jordanie. En 1992, il reçoit son doctorat en théologie pastorale et catéchèse à l’Université pontificale du Latran. En 1994, il est promu recteur du séminaire latin de Beit Jala, à côté de Bethléem, en Palestine. Son prédécesseur dans la capitale tunisienne est un compatriote, Mgr Fouad Twal, actuel patriarche latin de Jérusalem.

Le 8 septembre 2005, Mgr Maroun Lahham est nommé évêque de Tunis par le pape Benoît XVI et est ordonné évêque le 2 octobre dans l’église paroissiale de Beit Jala par le patriarche latin de Jérusalem de l’époque, Mgr Michel Sabbah. Le 22 mai 2010, le pape Benoît XVI a élevé le diocèse de Tunis en archidiocèse, et a donné à Mgr Lahham le titre d’archevêque de Tunis, un archidiocèse qui couvre tout le territoire de la Tunisie. (apic/misna/kna/be)

18 janvier 2011 | 17:27
par webmaster@kath.ch
Partagez!