La diversité des religions est un atout décisif

Tubingen :Symposium en l’honneur du Père Schillebeeckx:

Tubingen, 20 avril 1997 (APIC) L’image d’un «Dieu absolu» peut «conduire à l’inhumanité la plus atroce», de la même façon que «la religion devenue majoritaire peut compromettre la convivialité d’hommes et de peuples de cultures différentes», a déclaré le Père Edward Schillebeeckx lors d’un symposium organisé en son honneur la semaine passée à Tubingen., en Allemagne. .

Le P. Edward Schillebeeckx, un dominicain anversois âgé aujourd’hui de 82 ans, est l’auteur d’une oeuvre théologique abondante qui a exercé une influence décisive au lendemain du Concile Vatican II. La célèbre Faculté de Théologie de l’Université de Tubingen lui a rendu hommage à l’occasion d’un symposium sur «Dieu et religion dans le miroir de notre culture».

Le théologien belge y a prononcé un vigoureux plaidoyer en faveur du dialogue interreligieux: la diversité des religions n’est «pas un mal à combattre», mais un atout décisif dans la construction d’une société pacifique. L’image d’un «Dieu absolu» peut «conduire à l’inhumanité la plus atroce», de la même façon que «la religion devenue majoritaire peut compromettre la convivialité d’hommes et de peuples de cultures différentes», a-t-il expliqué.

La religion au secours de l’idéologie

“Aucune période n’est à l’abri d’une utilisation de la religion à des fins idéologiques, a ajouté le P. Schillebeeckx. L’histoire abonde d’exemples de guerres ou de graves injustices qui ont des fondements religieux. C’est pourquoi les religions doivent être particulièrement attentives à ne pas se prêter à de telles instrumentalisations. Les chrétiens surtout doivent faire leur deuil de modèles figés qui n’ont pas grand chose à voir avec le christianisme. Les Eglises ont à cet égard encore beaucoup à apprendre de la modernité >>.

Le théologien dominicain a mis en garde contre le danger que représente «un lien trop étroit entre une religion et des modèles sociaux déterminés» et une utilisation de la religion, «de la part aussi bien de l’ordre établi que de la révolution», pour «hyper-absolutiser» indûment une société. Toute religion d’Etat et même toute religion majoritaire constitue à ce titre, estime, E. Schillebeeckx, une menace pour l’humanité et «une source de violence». «Toutes les religions doivent aujourd’hui se poser la question, souligne-t-il: notre relation à l’absolu nous conduit-elle à aimer l’homme ou à le menacer ? La culture des droits de l’homme ne repose sur rien d’autre que sur une culture de la justice et de l’amour, à laquelle toutes les religions doivent contribuer.»

Le Père Schillebeeckx s’est vu remettre à Tubingen le premier exemplaire de la bibliographie de ses écrits la plus complète jamais rassemblée: 460 titres de livres et d’articles couvrant la période 1936-1966. La plupart des articles ont été publiés dans la revue théologique «Concilium» (144) et dans le «Tijdschrift voor Geestelijk Leven» (118). Cette bibliographie a été rassemblée par Ted Schoof et Jan van de Westelaken et est publiée aux éditions Nelissen à Baarn.

Prêtre dominicain né à Anvers en 1914, E. Schillebeeckx est docteur en théologie du Saulchoir (Paris). Professeur de théologie dogmatique à l’Université de Nimègue (Pays-Bas) de 1958 à 1982, il a été conseiller théologique des évêques néerlandais à Vatican II. Son oeuvre a exercé une influence décisive sur l’évolution de l’Eglise aux Pays-Bas. Spécialiste de l’histoire des sacrements, des ministères et de l’ecclésiologie, il est surtout connu pour sa christologie, dont il a réalisé en 1989 une synthèse, parue en français en 1992 sous le titre «L’histoire des hommes, récit de Dieu». Le P. Schillebeeckx est docteur honoris causa de la K.U.Leuven et de plusieurs universités nord-américaines. (apic/cip/pr)

6 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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