Mais Ankara ferme les yeux: l’Union européenne saisie

Turquie: Calvaire des chrétiens turcs en Turquie musulmane

Ankara, 29 mars 2002 (APIC) Un pasteur protestant turc dénonce le calvaire que vivent des chrétiens en Turquie musulmane. «Quand vous vous convertissez au christianisme en Turquie c’est simple: même vos amis athées deviennent soudains musulmans et vous quittent et l’Etat vous nie», explique le pasteur Ihsan Ozbek, soulignant les multiples pressions que subit au quotidien sa petite communauté protestante. Mauvais point pour Ankara, qui désire adhérer à l’Union européenne, laquelle pourrait bien être saisie

Le pasteur Ozbek (39 ans) dirige une paroisse de quelque 300 fidèles dans sa petite église de Kurtulus (Salut, en turc) à Ankara, et sa conversion s’est faite «sans problème» en 1981, mais ce n’est pas le cas pour la plupart des chrétiens turcs en général, indique-t-il.

«Si vous êtes originaire d’une grande ville c’est un peu plus facile, mais si vous êtes dans le sud-est, cela peu vous valoir la mort», dit-il.

Il retrace les nombreuses étapes difficiles: «D’abord, vous devez affronter votre famille, ensuite la société turque, très fermée et conservatrice, qui n’accepte pas les nouvelles idées et puis enfin l’Etat», regrette le pasteur.

La Turquie, pays à l’Etat laïque, est officiellement à 99% musulmane. Mais le pasteur conteste cette version des faits, faisant remarquer que l’état civil enregistre automatiquement les nouveaux nés en leur attribuant comme religion l’»islam».

Ancien comédien

Comédien de formation, M. Ozbek n’exerce plus sa profession car il ne pourrait alors diriger son office religieux tous les dimanches en raison des tournées. Il reçoit régulièrement des lettres de menaces et «sait» que son téléphone est écouté par la police. «Nous ne sommes pas un pays tolérant, il existe des préjugés religieux et ethniques. Tout ce que nous voulons, c’est jouir des mêmes droits que les musulmans», demande le pasteur.

Selon M. Ozbek, les autorités turques sont souvent choquées de voir des Turcs qui, à leurs yeux, devraient forcément être musulmans, se convertir au christianisme, et font appel à toute une panoplie de tracasseries bureaucratiques. «Pour les autorités, si vous êtes chrétien, vous êtes au service de l’ennemi: les pays occidentaux, et de fait des suspects», explique M. Ozbek. Il raconte comment l’Eglise protestante d’Izmir (ouest) a été fermée, puis rouverte après des pressions internationales il y a deux ans car «elle avait simplement violé la loi sur la construction» qui nécessite l’autorisation de tous les locataires d’un bâtiment pour que l’un des appartements puisse être transformé en lieu de culte.

Avec l’autorisation du mufti

Dernière pression en date: la suspension pour un jour par l’organe de contrôle des médias (RTUK) d’une chaîne de radio religieuse locale à Ankara, «Shema radio», pour propagation du christianisme, une première en Turquie. Son directeur, Ismail Serinken, juge «ridicule et injuste» la décision, prise pour diffusion de programmes sur la bible et la vie du Christ. «Nous avons créé un certain malaise dans les milieux du RTUK et islamistes en général», souligne M. Serinken.

Le personnel de sa radio est composé d’une dizaine de personnes, converties au christianisme comme lui. La radio a fait appel de la décision.

Saisir les institutions internationales

Pour MM. Ozbek et Serinken, la volonté de leur pays de s’intégrer à l’UE va devoir changer les mentalités. «Même les Grecs (orthodoxes) ont réglé leurs problèmes avec la minorité protestante et musulmane», souligne le pasteur. Il indique que les chrétiens de Turquie ne souhaitent pas «embarrasser» la Turquie à l’étranger en saisissant des institutions internationales, comme le font les Kurdes du pays, mais préfèrent «le dialogue». Il appelle l’Etat à «définir» le laïcisme en Turquie où, pour pouvoir fonder une église, «il faut une autorisation du mufti» (dignitaire musulman). (apic/ag/pr)

29 mars 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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