La chance d’un véritable enrichissement spirituel

Turquie: Congrès de la pastorale du tourisme

Rome, 8 mai 1998 (APIC) La domination de la seule loi du marché ne suffira pas à faire du tourisme une chance d’enrichissement pour l’homme: c’est une des conclusions du 5e Congrès mondial de la pastorale du tourisme, organisé par le Conseil pontifical pour la Pastorale des migrants du 4 au 7 mai prochains à Ephèse/Kusadasi, en Turquie.

L’organisation de ce congrès à Ephèse était un clin d’oeil et un encouragement aux chrétiens de Turquie, dans une région en plein développement touristique et qui est aussi un des hauts lieux culturels des siècles passés. Un point de vue que ne partagent cependant pas les organisations de défense des droits de l’homme, qui ont souvent appelé au boycott touristique de la Turquie pour ses nombreuses violations des droits de l’homme: tortures, exécutions extrajudiciares, droits des minorités bafoués, volonté d’écraser et d’un finir avec la culture et le peuple kurdes.

Reste que la région garde en mémoire la naissance des Eglises de la période apostolique, puisque saint Jean, saint Pierre et saint Paul l’ont parcourue. L’Asie Mineure a ainsi été avec la Terre Sainte le berceau des premières communautés chrétiennes (en particulier pauliniennes). C’est à Antioche que l’on a donné pour la première fois le nom de «chrétiens» aux disciples de Jésus-Christ (Actes des Apôtre). Et c’est à Ephèse que s’est tenu en 431 le Concile qui a défini la double nature du Christ à travers l’expression «theotokos» (Marie, Mère de Dieu ), qui réunit les catholiques et les orthodoxes.

Des impacts culturels, sociaux et humains

Chaque intervenant a traité le thème du congrès sous divers aspects. Pour souligner d’abord l’ampleur du phénomène touristique: dans dix ans, les voyageurs internationaux seront 1 milliard, les travailleurs du tourisme plus de 350 millions. Ce développement «dans une société multiculturelle et aux religions multiples», a été abordé essentiellement par des experts internationaux et ecclésiaux. L’évolution quantitative et qualitative du tourisme prévisible pour la prochaine décennie affectera les structures du tourisme, les entreprises, les Etats aussi bien que tous les hommes.

Les témoins des cinq continents ont montré les impacts culturels, sociaux et humains qui doivent retenir l’attention de tous les acteurs professionnels et pastoraux pour que ces évolutions respectent pleinement la nature, les cultures et les hommes. «Pour que le tourisme puisse devenir la chance d’un véritable enrichissement spirituel, il est nécessaire que l’Eglise aborde ce problème dans toutes ses dimensions. La croissance économique comme seul but n’assure pas le développement des peuples et des personnes»

Une fracture

Les grandes zones de développement de demain – Asie, Afrique, Amérique latine – étaient majoritairement représentées parmi les 165 participants de 47 pays. Etaient également représentés le gouvernement et les autorités civiles turques, le Patriarcat de Constantinople, le Patriarcat syro-orthodoxe d’Antioche et le Patriarcat arménien d’Istanbul.

Entre les pays industrialisés, émetteurs de touristes, et les pays neufs, qui reçoivent de plein fouet cette nouvelle situation, la fracture est apparue autant à l’intérieur de l’Eglise que dans les structures internationales. Un rappel: «La domination de la seule loi du marché montre à l’évidence son incapacité à gérer ce devenir prioritaire en vue du bien commun de l’homme, de tout homme, de tous les hommes «.

En ouvrant le congrès, le cardinal Giovanni Cheli, président du Conseil pontifical, a attiré l’attention de tous sur «ces régions du monde où le développement du tourisme apparaît étroitement lié à l’exploitation de la personne, à l’érosion culturelle ou à la destruction du milieu ambiant». C’est pourquoi, a-t-il souligné, «il est indispensable d’intensifier la collaboration entre tous les pays (…), qui doit s’étendre à la participation dans les actions entreprises par les différents organismes nationaux et internationaux qui s’occupent de ces problèmes».

Trois suggestions

Au seuil de l’an 2000, le congrès a abordé le thème du pèlerinage, auquel le Conseil pontifical a récemment consacré une publication. Au terme des trois années de préparation spirituelle, le Grand Jubilé sera en effet l’occasion de pèlerinages en Terre Sainte, à Rome et dans les Eglises particulières. Les sanctuaires du monde entier ont été appelés à préparer dès maintenant leur accueil pastoral.

Le congrès a émis trois suggestions. Il a souhaité d’abord que le Conseil pontifical suscite des rencontres continentales d’un commun accord avec les Conférences épiscopales respectives pour éveiller une plus grande attention à ce secteur de la vie humaine qu’est le tourisme. Il propose en outre que soit publié en vue du Jubilé un document sur le tourisme qui aide les chrétiens à vivre cette réalité comme «une chance pour l’évangélisation, une promotion de la solidarité humaine et de la dignité de l’homme», il demande enfin que soit promue une meilleure communication entre les instances et les personnes qui travaillent dans la pastorale du tourisme, celle des sanctuaires et des pèlerinages, créant ainsi des moyens opportuns de coordination de tout ce qui existe déjà. (apic/cip/pr)

3 mai 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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