Le projet de barrage ne respecte pas les normes internationales
Turquie: Le barrage d’Ilisu doit être refusé, selon la Déclaration de Berne
Berne, 3 mars 2006 (Apic) Le nouveau projet de barrage d’Ilisu sur le Tigre, en Turquie, ne répond pas aux normes internationales. Selon une communiquée de la déclaration de Berne, le projet avait échoué en 2002 en raisons des problèmes qu’il soulevait du point de vue social et environnemental. C’est pour cette raison que l’ONG estime que l’attribution d’une garantie contre les risques à l’exportation aux exportateurs suisses impliqués dans ce projet serait ’’irresponsable’’. Elle demande donc au Conseil fédéral d’y renoncer.
Le barrage d’llisu en Turquie suscite des réactions négatives parmi les ONG. L’Autriche, en accord avec le gouvernement turc, a publié une étude d’impact environnemental montrant le plan du déplacement des populations chassées par le barrage. En rendant public ce rapport, l’entreprise de construction turque prétend que tous les problèmes à l’encontre du projet ont été résolus et qu’il est donc possible de construire rapidement ce complexe hydroélectrique sur le Tigre.
En décembre, quatre entreprises, Alstom Suisse, VA Tech Suisse, Stucki et Colenco, ont déposé ensemble une demande de couverture à la Garantie contre les risques à l’exportation (GRE) de la Confédération. Mais en attendant la décision du Conseil Fédéral en mai prochain, le financement du projet reste incertain. La documentation fournie par les promoteurs ne correspond pas aux critères de la banque mondiale, ni à ceux de la GRE, selon Christine Eberlein de la Déclaration de Berne. Ce projet laisse des déplacés sans perspective d’avenir.
Le professeur Michael Cernea, spécialiste des déplacements forcés de population pour le compte de la Banque mondiale, ajoute que le plan élaboré pour les personnes déplacées est insuffisant pour servir de base à une garantie à l’exportation ou à un crédit bancaire. Il met en question le manque de stratégie détaillée sur les perspectives de revenus que peuvent attendre les 54 000 personnes concernées.
Comme le projet d’origine remonte aux années 1980, Michael Cernea, a constaté que même les lois actuelles ne répondent pas aux exigences internationales.
Impact environnemental, transfrontalier et culturels oubliés
Mandaté par la campagne internationale sur le barrage d’Ilisu, les experts d’Eawag, organisme de droit public suisse, et de l’entreprise états-unienne PWA ont évalué l’étude d’impact environnemental. Eawag a signalé en particulier que la proximité du barrage avec la Syrie et l’Irak rend nécessaire une étude d’impact transfrontalière, ce qui n’a pas été fait.
Or, beaucoup d’agriculteurs irakiens établis sur les bords du Tigre seront touchés par la construction du barrage. De plus un réservoir d’une telle ampleur va provoquer une forte eutrophisation ce qui rendra l’eau impropre à la consommation.
Selon les experts, il faudra aussi compter avec la disparition des poissons et l’augmentation de maladies comme la malaria ou la bilharziose.
L’archéologue irlandaise Maggie Ronanye, spécialiste de l’Est-Anatolien et représentante de la Conférence mondiale des archéologues, estime les mesures de sauvegarde, notamment pour le site de Hasankeyf, techniquement, financièrement et temporellement ’’irréalistes’’.
Déjà actuellement, les archéologues considèrent la région comme dangereuse en raison des mines anti-personnelles qui s’y trouvent. La reprise du conflit armé en 2005 a en effet rendu les sites de recherche inaccessibles pour des raisons de sécurité.
L’association suisse de protection des oiseaux et l’Association Birdlife International aux Pays-Bas ont constaté que l’étude d’impact n’avait pas du tout pris en compte les zones de protection des oiseaux existant actuellement sur le Tigre.
L’étude d’impact publiée par le consortium de construction prétend ainsi qu’aucune mesure de protection de la nature n’est nécessaire alors que des réserves naturelles seraient touchées et que plusieurs espèces doivent déjà être protégées.
L’expérience de précédents barrages construits en Turquie montre que plus les travaux sont avancés, plus les possibilités d’amélioration diminuent. La Turquie doit démontrer, avant le début des travaux, qu’elle est apte à maîtriser la complexité d’un tel projet. Jusqu’à présent, tel n’a pas été le cas. Au début mai, 2006 une délégation de municipaux de la région et d’organisations non gouvernementales turques se rendra en Suisse. (apic/com/th)



