Les motifs du crime restent inexpliqués

Turquie: Plus de 18 ans de prison pour le meurtrier du Père Santoro

Ankara, 11 octobre 2006 (Apic) Un tribunal turc a condamné mardi à 18 ans et 10 mois de prison le jeune de 16 ans accusé du meurtre en février du Père Andrea Santoro à Trabzon, l’ancienne Trébizonde. Cet acte demeure inexpliqué, mais tout semble indiquer des motifs politico-religieux.

Le prévenu, désigné par les initiales O. A., a été reconnu coupable d’avoir abattu de deux balles le prêtre Andrea Santoro, 61 ans, le 5 février au sortir de son église Sainte-Marie. Il a été condamné à 18 ans et 10 mois de prison, soit 16 ans et 10 mois pour homicide volontaire, un an pour possession illégale d’arme à feu et un autre pour atteinte à l’ordre public. Le ministère public avait réclamé la détention à perpétuité. Avec les remises de peine, le jeune ne devrait pas passer plus de dix ans en prison.

Cet assassinat avait provoqué une onde de choc en Turquie et ailleurs en Europe. Elle avait troublé l’image de «îlot de tolérance», dans lequel cohabitent pacifiquement musulmans et chrétiens, affichée par ce pays candidat à l’adhésion à l’Union européenne. Le jeune avait tué le prêtre italien de deux coups de feu dans le dos. Des témoins ont affirmé avoir entendu l’auteur du meurtre crier «Allah u Akbar» (Dieu est plus grand) juste après son acte. Il a été arrêté deux jours plus tard.

L’arme du crime était un pistolet, que le frère de O.A. s’était procuré chez un ami. Pourquoi le meurtrier ne s’en est-il pas débarrassé? Cette question fait partie des nombreuses demeurées sans réponse. Et le motif du crime ne fait pas partie des moins importantes . Le jeune de 16 ans est demeuré muet face à la plupart des questions posées par la police. Lors du procès également, il a renoncé à exprimer le mot de la fin. Il ne conteste cependant pas avoir tué le prêtre. Et ce n’est pas parce qu’elle reconnaîtrait son client innocent que son avocate va recourir contre le jugement, mais du fait qu’elle estime la peine trop élevée.

Un nationalisme très particulier

Le motif de ce meurtre est probablement lié au contexte religieux et nationaliste extrémiste qui marque cette région située sur les bords de la Mer Noire. Trabzon est le centre d’un nationalisme très particulier, selon lequel un bon Turc doit être un musulman. Cela est lié au fait que beaucoup d’habitants de la région sont des «pseudo-turcs», dont les familles sont d’origine grecque, arménienne ou géorgienne.

Parmi les motifs évoqués, certains médias avaient soupçonné Andrea Santoro de vouloir convertir des musulmans. Par ailleurs, les islamistes et les nationalistes ont peur de l’adhésion à l’UE, car ils craignent que dans la région de la mer Noire, il soit révélé que de nombreux habitants aient une autre origine nationale.

La police n’a en fait découvert aucun élément indiquant une attitude de prosélytisme du prêtre italien. Le Père Santoro s’occupait essentiellement des travailleurs géorgiens et russes chrétiens de la région. Peu de temps après le meurtre, la police avait déjà conclu que l’auteur avait accompli un acte isolé et qu’il n’était lié à aucun réseau de terrorisme islamique. Juste avant de passer à l’acte, le jeune aurait affirmé à un ami qu’il voulait tuer le prêtre car il tenait les chrétiens pour responsables de la mort de beaucoup de personnes en Irak.

Le comportement de la famille de O. A. après le jugement semble confirmer le motif politico-religieux du meurtre. La mère a affirmé devant la presse qu’elle estimait la peine injuste et qu’elle ferait recours contre le jugement. Mais en attendant, son fils était «en prison pour Dieu et pour la nation». (apic/kp/mdü/bb)

11 octobre 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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