Religion: la Turquie ne correspond pas aux standards européens
Turquie: Riposte gouvernementale suite aux accusations d’absence de liberté religieuse
Ankara, 9 mai 2003 (Apic) Le gouvernement turc a rejeté vendredi 9 mai les accusations d’absence de liberté religieuse en Turquie formulées par l’Union européenne (UE). Le ministre turc des Affaires étrangères Abdullah Gul, dont le pays est candidat à l’entrée dans l’UE, a affirmé qu’il n’est pas dans les traditions de son pays, qui respecte la liberté de culte, de discriminer les religions. Pour l’UE, la Turquie ne correspond pas aux standards européens en la matière.
Abdullah Gul rappelle que la Turquie moderne et laïque, fondée en 1923, est héritière d’une longue tradition qui rejette l’»assimilation» religieuse. Sous l’empire ottoman, l’élément majoritaire était certes l’islam, mais juifs et chrétiens bénéficiaient de droits importants et pouvaient même accéder aux plus hautes charges de l’Etat.
Jeudi, l’Allemand Guenter Verheugen, commissaire européen à l’Elargissement, avait déploré au Vatican – où il a été reçu par Mgr Jean- Louis Tauran, «ministre des Affaires étrangères» du Vatican – l’absence de liberté religieuse en Turquie, ce qui représente un obstacle à l’adhésion de ce pays à l’UE. Il a affirmé à cette occasion que l’»’Eglise catholique n’a aucun droit en Turquie». La Turquie a obtenu en 1999 le statut de candidat à l’adhésion à l’UE. Cette dernière doit décider à la fin de l’an prochain d’ouvrir ou non des négociations d’adhésion avec Ankara en fonction des résultats d’un rapport de la Commission européenne.
Du point de vue religieux, la situation en Turquie reste fondamentalement inchangée, notamment en ce qui concerne les communautés religieuses minoritaires qui sont parfois la cible d’actes de violence et de vandalisme. Les religions minoritaires non reconnues par le Traité de Lausanne de 1923 ne peuvent en général pas acquérir de nouveaux biens pour leurs activités cultuelles. La minorité syriaque n’est pas reconnue par les autorités en tant que minorité couverte par le Traité de Lausanne malgré sa présence historique en Turquie. Les chrétiens syriaques membres de la communauté assyro-chaldéenne du Tur Abdin, dans le sud-est de la Turquie, ne bénéficient pas des droits d’une minorité religieuse.
Des institutions religieuses chrétiennes interdites depuis 1971
Des communautés religieuses chrétiennes connaissent également des restrictions inexplicables, comme celles que rencontrent le Séminaire Théologique Orthodoxe sur l’île de Halki, appartenant au Patriarcat OEcuménique de Constantinople et le Séminaire de la Sainte Croix de l’Eglise orthodoxe apostolique arménienne. Tous deux sont fermés aux études théologiques depuis 1971. A l’instar du Patriarcat OEcuménique de Constantinople, le Patriarcat arménien n’a pas non plus le statut de personne morale, pas plus que l’Eglise catholique ou l’Eglise protestante.
Le Séminaire de Halki était le lieu principal de l’apprentissage et de l’éducation du clergé orthodoxe provenant de toutes dénominations. Sa fermeture constitue une infraction à l’article 40 du Traité de Lausanne et à l’article 24 de la Constitution Turque qui assurent, tous les deux, la liberté religieuse et le droit à l’éducation. Ces provisions sont aussi incorporées dans l’article 9 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme. La fermeture de cette importante institution est une violation des droits de l’homme et du droit international.
Prosélytisme interdit de facto
Bien que le prosélytisme ne soit pas de jure interdit, toute activité pastorale auprès des musulmans peut être considérée comme une propagande religieuse constituant un trouble à l’ordre public, et donc susceptible d’interdictions de la part des autorités de police. Ainsi des militants musulmans et des chrétiens évangéliques ont été emprisonnés en Turquie sous prétexte que partager sa foi en public trouble la paix.
Selon un document récent de l’Union européenne, bien que le respect de la liberté religieuse se soit amélioré, les minorités religieuses restent confrontées à des difficultés. La Constitution turque a été modifiée en ce qui concerne les droits de l’homme et les libertés fondamentales. Néanmoins, des restrictions importantes subsistent, notamment pour ce qui est de la liberté d’expression, de réunion, d’association et la liberté religieuse. Par ailleurs, le monopole d’Etat exercé sur l’islam sunnite ne prend pas en compte la diversité des communautés musulmanes turques, notamment la communauté alévie et différentes confréries. (apic/doc/ag/ue/onu/be)



