Image d’intolérance
Turquie: Tollé dans le monde après les assassinats à la maison d’édition Zirve
Berlin/Paris, 19 avril 2007 (Apic) Le ministre fédéral des Affaires étrangères d’Allemagne, Frank-Walter Steinmeier, a dénoncé avec force le «crime cruel» commis mercredi par des extrémistes dans une maison d’édition chrétienne à Malatya, une ville d’Anatolie, dans le sud-est de la Turquie. Trois personnes ont été égorgées, dont un Allemand, membre de la communauté évangélique de Malatya. La France a fait de même ce jeudi en demandant que toute la lumière soit faite sur «ce crime odieux».
Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan et le ministre de l’Intérieur turcs ont promis de faire toute la lumière sur cette tuerie visant la maison d’édition Zirve. Elle imprimait des livres chrétiens et distribuait des exemplaires de la Bible en langue turque. La presse turque estimait jeudi que les assassins visaient des missionnaires évangéliques. L’image de la Turquie, qui cherche à entrer dans l’Union Européenne, est sévèrement égratignée par ces marques d’intolérance religieuse et le renouveau d’un nationalisme ombrageux.
Dans ce pays à 99% musulman, la petite minorité chrétienne vit dans la crainte des attentats, après diverses attaques de lieux chrétiens ces dernières années. En juillet 2006 un prêtre français avait été poignardé par un individu décrit comme mentalement instable à Samsun, alors que le 5 février de la même année, le Père Andrea Santoro, un prêtre italien de 61 ans, était tué par balles à Trabzon, un port de la Mer noire et un bastion nationaliste.
La police de Malatya, une ville religieuse et conservatrice où règnent des mouvements nationalistes turcs – c’est de là que vient le militant d’extrême-droite Mehmet Ali Agca, qui avait tenté d’assassiner le pape Jean Paul II le 13 mai 1981 – a annoncé avoir arrêté toute une série de jeunes suspects. Ces personnes auraient des motivations politiques, voire nationalistes et religieuses, selon la presse turque. La police a retrouvé mercredi les employés de Zirve ligotés et la gorge tranchée à l’aide de couteaux.
La maison d’édition avait déjà été menacée dans le passé par des manifestants qui défilaient au cris d’Allah est grand (Allah est grand). Ihsan Özbek, le pasteur turc à la tête de l’Union des Eglises protestantes de Turquie – une toute petite minorité d’un peu plus de 3’000 personnes en Turquie – a indiqué à l’Agence France Presse que l’une des victimes turques était un pasteur protestant. La victime allemande faisait simplement partie de la petite communauté évangélique de Malatya dont il a estimé le nombre à une trentaine. Mercredi, le secrétaire général du Conseil de l’Europe Terry Davis s’est déclaré «horrifié» par ces assassinats qui auraient obéi «à des motifs religieux» car les victimes travaillaient dans une maison d’édition chrétienne.
De son côté, l’Union internationale des Editeurs (UIE), une organisation fondée en 1896 et basée à Genève, a également condamné jeudi 19 avril l’assassinat des éditeurs turcs et demandé une enquête approfondie afin de mettre un terme aux attaques brutales contre la liberté d’expression. L’UIE représente l’industrie éditoriale au niveau mondial, regroupant 78 associations nationales, régionales ou spécialisées en 65 pays. L’UIE est une organisation non-gouvernementale accréditée avec statut consultatif auprès des Nations Unies.
Les assassins veulent envoyer un «message de peur»
L’UIE rappelle que a maison d’édition Zirve, qui publie des bibles et de la littérature chrétienne, avait déjà été la cible de menaces et d’une manifestation d’éléments nationalistes qui l’accusaient de prosélytisme. «Le meurtre des employés de la maison d’édition Zirve n’est pas seulement une tragédie en soi. C’est aussi une attaque contre la liberté d’expression. Contre la liberté de publier. Elle fait d’ailleurs suite à l’assassinat du journaliste turc d’origine arménienne Hrant Dink le 19 janvier dernier à Istanbul», peut-on lire dans le communiqué de l’UIE.
«A nouveau, les meurtriers veulent envoyer un message de peur. Les éditeurs et les écrivains, tous les médias et toutes les forces démocratiques doivent resserrer leurs liens pour défendre les principes de base de la démocratie et de la liberté», a déclaré Ana Maria Cabanellas, présidente de l’UIE.
Notons que Malatya passe pour le berceau du nationalisme turc d’extrême droite, incarné surtout par les «Loups gris», le groupe auquel appartenait Mehmet Ali Agca, l’homme qui tira sur Jean Paul II en 1981. Actuellement, la Turquie fait face à une vague de sentiments nationalistes et les minorités chrétiennes se plaignent des pressions et de harcèlement, selon Sarah Rainsford, correspondante de la BBC à Istanbul. (apic/misna/asian/bbc/be)




