Philarète, chef de l’Eglise orthodoxe d’Ukraine-Patriarcat de Kiev, non canonique (Photo: www.cerkva.info)
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Philarète, chef de l’Eglise orthodoxe d’Ukraine-Patriarcat de Kiev, non canonique (Photo: www.cerkva.info)

Ukraine: Le contrôle des Eglises orthodoxes, un enjeu nationaliste

26.08.2015 par Jacques Berset, cath.ch

Moscou/Lviv, 26.08.2015 (cath.ch-apic) La lutte pour le contrôle des Eglises orthodoxes en Ukraine se poursuit, sur fond de surenchère nationaliste.

Les tentatives continuelles de s’emparer des paroisses de l’Eglise orthodoxe d’Ukraine, rattachée au Patriarcat de Moscou (EOU-PM) pour le compte de l’Eglise orthodoxe d’Ukraine-Patriarcat de Kiev (EOU-PK), empêchent tout dialogue, affirme le métropolite Onuphre, primat de l’EOU-PM.

Le Patriarcat de Kiev, une Eglise orthodoxe dissidente non canonique née en 1992, après l’indépendance de l’Ukraine, d’un schisme de l’Eglise orthodoxe du Patriarcat de Moscou en Ukraine, est la deuxième en importance avec ses 5’000 paroisses.

Elle est considérée comme “non canonique” et “schismatique” par l’Eglise orthodoxe ukrainienne historique, qui compte 12’000 paroisses dans le pays, et par l’orthodoxie au niveau mondial. Le Patriarcat de Kiev a mené des négociations, pour le moment sans succès, avec le Patriarcat œcuménique de Constantinople, dans le but d’être reçu dans sa juridiction de façon temporaire, afin que son autocéphalie soit ensuite reconnue.

Un mouvement encouragé par le gouvernement de Kiev

Le mouvement d’unification des Eglises orthodoxes d’Ukraine est encouragé par l’actuel gouvernement ukrainien, qui y voit des “dividendes” tant pour la société que pour l’Etat, selon Andriy Yurash, chef département des affaires religieuses et ethniques auprès du ministère ukrainien de la culture. Le Patriarcat de Kiev tente en ce moment de fusionner avec l’Eglise orthodoxe autocéphale d’Ukraine (EOAU), troisième obédience orthodoxe du pays, née en 1920 au moment de l’éphémère indépendance de l’Ukraine. Cette Eglise, qui s’est développée dans la diaspora ukrainienne, est avant tout présente en Ukraine occidentale.

Andriy Yurash affirme, sur le site internet du Service d’information religieuse d’Ukraine RISU, fondé par l’Université catholique ukrainienne (UCU) à Lviv, que l’unification du Patriarcat de Kiev avec les autocéphales est “une sorte de demande sociale et même une pression populaire”. “L’Etat comprend le poids et l’importance de la réunion, raison pour laquelle il est prêt à faciliter cette démarche”. Il situe cette unification “au niveau de l’idée nationale”.

Le fonctionnaire reconnaît cependant les réticences d’une partie des autocéphales à accepter de s’unir au Patriarcat de Kiev et regrette que tous, dans l’Eglise orthodoxe autocéphale d’Ukraine, ne puissent pas comprendre “l’importance sociale” de cette unification. Mais une réunion sur l’unification de ces deux Eglises orthodoxes ukrainiennes devrait se tenir le 14 septembre prochain dans la cathédrale Sainte-Sophie de Kiev, centre historique de l’orthodoxie en Ukraine.

Le Patriarcat de Moscou accusé d’attiser le conflit

A l’égard de l’Eglise orthodoxe russe, la position d’Andriy Yurash est sévère: il accuse le Patriarcat de Moscou d’avoir une grande part de responsabilité dans les développements de la situation en Crimée et dans le Donbass. Il affirme que la communauté internationale devrait en faire “une évaluation adéquate”.

Et d’affirmer que “depuis 2009, au cours de ses nombreuses visites dans notre pays, le patriarche Cyrille de Moscou a commencé à inculquer l’idéologie du ‘monde russe’, qui a été utilisée [dans le passé, ndlr] et est maintenant utilisée par Poutine et les militants dans le Donbass à un niveau plus pratique. Par conséquent, c’est l’un des concepts religieux fondamentalistes les plus chauvins qui sous-tend le cataclysme actuel en Ukraine. Il est clair que tous ceux qui prêchent ou incarnent ces principes, y compris en particulier les chefs religieux, devraient assumer l’entière responsabilité pour ce qu’ils ont fait”.

Le Patriarcat de Kiev appuie les milices “d’auto-défense”

Sur le terrain, la rhétorique nationaliste n’est pas seulement le fait des “pro-Moscou”. Des partisans du Patriarcat orthodoxe de Kiev, qualifiés de “schismatiques” par l’agence de presse russe Interfax, ont à nouveau interrompu un service religieux et se sont emparés il y a quelques jours d’une église dépendant de l’Eglise orthodoxe ukrainienne (EOU), sous la juridiction du Patriarcat de Moscou.

Ce dernier incident s’est produit dans l’église de Saint Vladimir, au village de Malye Dmitrovichi (district d’Obukhov), dans la région de Kiev. La police, appelée par les paroissiens, s’est abstenue d’intervenir, déplore l’Eglise orthodoxe ukrainienne. Les assaillants non identifiés, se faisant appeler “représentants de l’auto-défense locale”, ont été plus tard rejoints par des prêtres du Patriarcat de Kiev.

Une campagne d’occupation des paroisses orthodoxes

En Ukraine centrale et occidentale, depuis bientôt deux ans, les tentatives de s’emparer des églises de l’EOU se poursuivent, notamment sous le couvert de référendums. Tous les résidents d’une zone, dont beaucoup n’ont aucun lien avec la paroisse, sont rassemblés et on leur demande: “Etes-vous pour Kiev ou pour Moscou ?”, sans autres procédures. Les gens répondent souvent: “Pour Kiev”. Après cela, les églises sont prises par les partisans du Patriarcat de Kiev. (apic/risu/interfax/be)


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