Indonésie: Le retour des violences aux Moluques fait craindre la contagion à d’autres régions

Un accord de paix bien précaire

Djakarta, 16 février 2012 (Apic) Des affrontements entre musulmans ont fait au moins six morts, des dizaines de blessés, et plus de 300 habitations brûlées dans l’archipel des Moluques, situé dans la partie orientale du pays, annonce le 16 février l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris, Eglises d’Asie. Pendant ce temps, des défenseurs des droits de l’homme défilent toujours plus nombreux à Djakarta pour demander l’interdiction du Front des défenseurs de l’islam (FPI), responsable de graves violences dans le pays.

Les affrontements se sont produits dans la nuit du 11 au 12 février à Pelauw, localité de l’île d’Haruku, proche de l’île d’Amboine (Ambon) où se trouve le chef-lieu de la province indonésienne des Moluques. Une information qualifiée de ” rumeur» par le «Jakarta Globe» du 12 février, qui cite à l’appui le porte-parole de la police locale, Johanis Huwae, lequel dément formellement l’existence de «dizaines de cadavres qui auraient été trouvés dans les maisons incendiées».

Les différentes sources s’accordent cependant sur la présence de milliers de personnes déplacées, qui ont dû fuir Pelauw, à la recherche d’un abri, de nourriture et de vêtements. La plupart d’entre elles se seraient réfugiées dans les villages avoisinants, tandis que d’autres auraient déjà gagné l’île d’Amboine.

Différend entre musulmans à propos d’un rituel

Un simple différend à propos d’un rituel de bénédiction d’une maison communautaire clanique (»maison longue») serait à l’origine des violents affrontements qui se sont produits entre des musulmans appartenant aux deux sous-groupes (»Muka» et» Belakang») du clan des «Salampesi». La dispute portant sur le choix de la date de la cérémonie d’inauguration de la maison du clan avait éclaté jeudi 9 février, selon la police, qui affirme s’être rendue sur place à plusieurs reprises pour séparer les belligérants.

Le désaccord aurait dégénéré en bataille dans la soirée du samedi 11 février, où les «Muka» et les «Belakang» se seraient affrontés à coup de sagaies, de machettes, de flèches et même d’explosifs. C’est au cours de cet affrontement que cinq ou six personnes auraient été tuées, rapporte le «Jakarta Post» dans son édition du 12 février.

Mais il semble qu’au-delà des querelles au sujet des rituels, la montée d’un mouvement rigoriste au sein de l’islam indonésien a très probablement joué un rôle majeur dans les violences du 11 février dernier. A Pelauw, de plus en plus de partisans de la «purification» de l’islam des coutumes indigènes et archaïques s’opposent à ceux qui considèrent que l’ensemble de leurs traditions ancestrales, l’»adat» (dont les rituels et cérémonies des maisons claniques), fait partie intégrante de leur identité musulmane moluquoise.

L’île d’Haruku, très majoritairement musulmane, représente une quasi-exception dans cette province indonésienne des Moluques, principalement chrétienne (les musulmans étant concentrés essentiellement dans la province des Moluques du Nord).

Malgré l’accord de paix des flambées de violence ont toujours lieu

Malgré la signature en 2002 des accords de paix de Malino, qui ont mis fin à la période la plus noire et la plus sanglante du conflit entre les chrétiens et les musulmans, les tensions ne sont jamais totalement retombées dans l’archipel des Moluques, et des flambées de violence continuent de se produire sporadiquement. Le chef de la police des Moluques, Syarief Gunawan, a rapporté le 14 février dernier, qu’»il y avait déjà eu des affrontements dans plusieurs districts [des Moluques] ces derniers jours, et [que] l’incident de samedi n’avait fait que réactiver les troubles». Il a cité, entre autres, l’incident récent qui avait fait au moins un mort à Saparua, île voisine de celle d’Haruku. Selon la police locale, l’origine du conflit remontait à août dernier où trois personnes avaient été blessées et des unités spéciales de l’armée dépêchées sur place afin d’assurer la sécurité du district. (apic/eda/js)

16 février 2012 | 14:00
par webmaster@kath.ch
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