Un an après la mort de Mère Teresa

«Que ne l’a-t-on fait cardinal?», regrette un évêque espagnol

Madrid, 23 août 1998 (APIC) «Que n’a-t-on fait cardinal Mère Teresa de Calcutta! Quelle occasion perdue! Quand la femme deviendra-t-elle dans l’Eglise plus qu’un signe emblématique?» s’exclame un évêque espagnol, Mgr Nicolás Castellanos, dans une interview accordée à l’hebdomadaire «Vida Nueva», près d’un an après la mort de la religieuse fondatrice des Missionnaires de la Charité.

Missionnaire, cet évêque espagnol de 63 ans l’est aussi redevenu sur le terrain. Religieux de Saint-Augustin, il avait été nommé en 1978 évêque du diocèse de Palencia, au nord de l’archidiocèse de Madrid. Il a remis sa démission en 1991 pour travailler comme missionnaire en Bolivie. Exceptionnelle à l’âge de 56 ans, la renonciation aux fonctions épiscopales a été admise par le pape. Mais elle a valu au siège de Palencia de rester vacant pendant plusieurs années, la résidence de Mgr Castellanos étant désormais transférée à Santa Cruz en Bolivie.

Dans son entretien avec «Vida Nueva», l’évêque émérite passe en revue diverses questions auxquelles l’opinion publique est particulièrement sensible. «Le statut de la femme est affirmé en théorie, mais dans la pratique, la femme n’a pas la l’importance qu’elle devrait avoir», déplore Mgr Castellanos. «Quand la femme pourra-t-elle jouer en haut lieu dans l’Eglise le rôle de protagoniste qu’elle joue déjà à la base?», s’interroge l’évêque après avoir évoqué la figure de Mère Teresa.

Peur de rien

Mgr Castellanos regrette entre autres que le dialogue entre les évêques et les théologiens ne soit pas à la hauteur des attentes du Concile Vatican II. «Il ne faut pas que la voix des théologiens soit muselée. Il faut essayer de l’écouter», précise-t-il, avant de souligner: «Si nous croyons au Saint-Esprit, l’Eglise ne doit avoir peur de rien!»

Aujourd’hui en Bolivie, le Père Nicolás Castellanos a la responsabilité d’une paroisse. «Le choix des plus pauvres me tient à coeur, dit-il. En tant que pasteur, prêtre et religieux augustin, j’ai toujours conservé l’option pour les plus pauvres. C’était déjà le cas à Palencia. C’est toujours une option à laquelle je tiens. Je m’efforce de la mettre en pratique compte tenu de mes possibilités et de mes limites».

Mais pourquoi avoir renoncé aux responsabilités épiscopales? «Un service pour un temps indéterminé, c’est, à long terme, un appauvrissement pour l’Eglise»: l’ancien évêque de Palencia répond en citant la parole que lui avait adressée un théologien espagnol, Andrés Torres Queiruga. Il ajoute: «Je voyais clairement la tâche de l’évêque que pour un certain nombre d’années», c’est-à-dire, «le temps de réaliser un projet pastoral.

Images contrastées

Dernier lauréat du prix Prince des Asturies de la Concorde, le Père Castellanos regarde désormais l’Eglise en Espagne et en Europe avec d’autres yeux. «L’Eglise en Europe ne répond pas aux grandes questions que se posent les femmes et les hommes sécularisés d’aujourd’hui. On n’a pas fait un discernement lucide et évangélique des signes des temps, comme le recommandait le Concile Vatican II».

L’évêque missionnaire constate que la société européenne, de plus en plus sécularisée, «a tous les moyens pour vivre, mais manque de raisons existentielles, comme celles que l’on trouve en Bolivie». Par comparaison, il juge également «pauvre» l’image que l’Eglise d’Espagne donne d’elle-même à l’Amérique latine à travers les prises de position de l’épiscopat: «La seule chose qui nous arrive, c’est que tous les problèmes se réduisent aux cours de religion et au quatrième facteur qui élargirait la loi sur l’avortement».

30 ans après Medellin

Trente ans après la deuxième grande Conférence qui rassembla en 1968, à Medellín, en Colombie, les évêques d’Amérique latine pour concrétiser les intuitions du Concile Vatican II, Mgr Castellanos constate que l’événement reste une date phare pour l’Eglise catholique du continent. «Medellín a été depuis 30 ans l’âme de la théologie et de la pastorale en Amérique latine», confie-t-il. Le curé d’une paroisse de Santa Cruz est en particulier ravi de la pénétration de l’esprit de Medellín dans l’Eglise de Bolivie. Mais son grand bonheur tient en une phrase: «L’Eglise bolivienne jouit d’un grand crédit parce qu’elle a toujours marché aux côtés du peuple». (apic/cip/pr)

23 août 1998 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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