Un an après les Journées Mondiales de la Jeunesse à Paris

Le cardinal Lustiger revient sur l’événement «prophétique»

Paris, 26 août 1998 (APIC) Un an après les Journées Mondiales de la Jeunesse, qui rassemblèrent à Paris un million de jeunes autour du pape, le quotidien catholique français «La Croix» revient sur l’événement. Aux échos croisées de divers participants s’ajoute en finale une interview du cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris, qui souligne le caractère «prophétique» de l’événement.

Les JMJ d’un «événement prophétique», un «signe prémonitoire», un «événement signal»: c’est en ces termes que le cardinal Lustiger relit l’expérience des JMJ à Paris du 19 au 24 août 1997. L’événement est «prophétique», précise-t-il, parce qu’il «annonce un avenir encore indéchiffrable, un futur possible; il dépend de nos libertés et de nos choix qu’il advienne».

Difficile de prédire ce qu’il adviendra, estime l’archevêque, car les problèmes des jeunes ne sont pas ceux des générations précédentes. «Les jeunes sans références sont des héritiers sans héritage. Ils savent qu’ils sont à la croisée des chemins. Nous avons vu, stupéfaits, qu’ils cherchent plus et autre chose que ce qu’ils ont reçu. Ils veulent trouver des raisons de vivre.» Le cardinal Lustiger ne limite d’ailleurs pas les signes de cette quête au domaine religieux. Ainsi épingle-t-il deux autres exemples: «les «love parade» comme celle de Berlin, où des centaines de milliers de jeunes dans un carnaval débridé de musique techno, foulent aux pieds la civilisation marchande qui les piège»; puis «les massacres en Asie et en Afrique, où les stratégies politiques se servent du radicalisme de la jeunesse».

L’archevêque n’attribue pas le succès des JMJ à un effet de «marketing». «Les jeunes cherchent les trésors spirituels dont leurs aînés s’étaient lassés et qu’ils avaient enfouis, explique-t-il. Ce n’est ni une mode rétro ni un réflexe identitaire, c’est une réaction vitale. Nous leur avons peut-être donné un christianisme carencé. Ils ont besoin de vitamines et de «nourriture solide» pour parler comme saint Paul.»

Le cardinal Lustiger se réjouit des «retrouvailles» nouées entre les jeunes et les évêques à l’occasion des JMJ: «L’enthousiasme, la sincérité des jeunes ont dissipé l’image de dérision plaquée sur la figure publique de l’Eglise. Ils ont montré que prendre la vie à bras-le-corps, faire face librement aux changements de civilisation n’est pas incompatible avec la fidélité la plus forte et la plus exigeante».

Brebis sans enclos

Plusieurs autres évêques ont apprécié ce contact retrouvé avec les jeunes. «Je me suis senti converti et j’ai mieux compris que le rôle de l’évêque est d’aller de l’avant, sans être ralenti par une sorte de trac», confie pour sa part le cardinal Pierre Eyt, archevêque de Bordeaux. A quoi des jeunes interrogés par le journal ajoutent: «L’évêque a des éclairages à nous apporter, mais ce n’est pas un surhomme».

15 chercheurs en sociologie, membres du Groupe d’études et d’observation du catholicisme, sous la direction de Danièle Hervieu-Léger, étaient descendus sur le terrain en août 1997 pour observer les JMJ. Pour Guénaëlle Gault, étudiante en sociologie, le succès des JMJ ne s’est pas forgé d’un coup: il a été l’aboutissement et le point de convergences d’autres rencontres et activités de jeunes qui débordent le modèle intégré des paroisses, comme les rassemblements de Taizé, le pèlerinage étudiant de Chartres ou les rencontres charismatiques. «Les grands rassemblements, note-t-elle pour «La Croix», sont devenus «comme des noeuds où doivent se côtoyer de multiples propositions: puisque les acteurs ecclésiaux ne contiennent plus leurs «brebis» dans un enclos, ils se mettent à organiser le mouvement, la circulation, et ne cherchent plus à imposer des formules uniformes».

Rencontre de sensibilités diverses, échanges multiculturels: plus d’un sociologue confirme ces traits déjà relevés par les évêques comme par les jeunes au lendemain de l’événement. Ils admettent que le goût des jeunes pour la mobilité et l’autonomie ont contribué à briser l’isolement et à découvrir l’Eglise dans sa dimension universelle. Mais il leur paraît difficile d’en tirer des conclusions sur les répercussions dans le temps, car les paramètres observés sont «difficilement mesurables en termes d’implication religieuse concrète», souligne l’un d’eux dans «La Croix». Du «laboratoire» des JMJ pour l’étude sociologique, Danièle Hervieu-Léger se contente donc, dans l’état actuel, d’une conclusion interrogative: «Comment transformer ces «pèlerins» qui viennent, passent, en prennent et s’en vont, en «fidèles», prêts à assumer une identité religieuse dont l’Eglise, en dernière instance, définit le format?». (apic/cip/pr)

26 août 1998 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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