lancement pour le Carême de Partage =

Un colloque d’Entraide et Fraternité sur les migrations et une journée de

Bruxelles/Namur, 31 janvier 1994 (CIP)

L’association Entraide et Fraternité, coordinatrice de la campagne de

Carême de Partage en Belgique francophone, a organisé à Bruxelles, le 28

janvier, un colloque sur les migrations internationales. Ce premier

colloque du genre était mis sur pied avec l’association Vivre Ensemble et

la Commission Justice et Paix. Ce fut l’occasion, pour les 200 personnes

réunies à l’Institut Catholique des Hautes Etudes Commerciales,

d’appréhender une problématique complexe grâce à l’apport d’un large panel

de spécialistes.

«Tenter de comprendre les migrations, ses causes et ses conséquences, c’est

aussi une manière de nous remobiliser sur des enjeux actuels», annonce

Jacques Vellut, coordinateur d’Entraide et Fraternité, en introduisant les

débats. «Les défis sont énormes, dit-il. Il s’agit de commencer par les

expliquer clairement, mais aussi de comprendre et faire comprendre comment

nos partenaires dans le Tiers-Monde y font face.»

La mobilité : un fait et un droit

Les migrations internationales sont avant tout «un phénomène humain»,

observe Pierre Toulat, qui dirige la rédaction de la revue française

«Migrations-Sociétés». «C’est la mobilité géographique qui est à l’origine

des migrations et constitue la condition de nouveaux pays. Hélas, dans un

univers où il n’y a plus de terre inconnue, où les territoires sont sinon

habités, du moins délimités, l’arrivée et l’installation de populations

autres que les autochtones ne va pas sans conflit, sans dérangement.»

Or, la mobilité est essentielle à l’homme. La Déclaration Universelle des

Droits de l’Homme, en son article 13, y reconnaît un droit humain

fondamental : «Toute personne a le droit de circuler librement et de

choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat. Toute personne a le droit de

quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.»

Parmi les raisons concrètes des migrations, Pierre Toulat retient trois

facteurs principaux : «d’abord, le désir d’améliorer son niveau et ses

conditions de vie, raison à la fois culturelle et économique ; ensuite, la

fuite devant un danger d’ordre naturel ou politique, et la recherche d’une

protection auprès d’un Etat autre que le sien ; enfin, la contrainte de la

survie : on quitte un pays invivable à tout point de vue.»

Migrations forcées

Quant aux migrations forcées, on peut les ranger en quatre catégories.

Koenraad Verhagen, secrétaire général de la CIDSE (Coordination

Internationale de 16 organisations de Développement Socio-Economique, dont

Entraide et Fraternité), distingue ainsi les migrations politiques,

économiques, écologiques ou démographiques. «L’Europe est le continent le

moins touché par ces migrations», souligne K. Verhaegen. Ce qui ne signifie

pas que l’Europe soit moins concernée : «Il s’agit avant tout d’un problème

Sud-Sud, souvent causé par des décisions prises au Nord. Un milliard

d’êtres humains vivent dans la misère, véritable réservoir de réfugiés

potentiels à cause de l’injustice.»

Des organisations comme Entraide et Fraternité, relève le secrétaire

général de la CIDSE, jouent un rôle essentiel pour prévenir ces migrations.

En soutenant le travail de développement de multiples groupes dans le

Tiers-Monde, elles agissent sur les causes qui poussent à l’exode.

Evidemment, «ce travail serait impossible sans votre appui», ajoute K.

Verhaegen. C’est dire si les citoyens d’un pays sont «concernés pas le

devenir humain de la planète».

La défi de la paix

L’existence d’un Haut Commissariat des Nations-Unies pour les Réfugiés,

créé en 1950, est à elle seule significative de l’importance des migrations

forcées. Or, note José Riera, son délégué régional adjoint pour le Bénélux

et l’Union Européenne, «le H.C.R., initialement prévu pour une durée de

trois ans, est aujourd’hui submergé par les demandes d’intervention».

«Nous pouvons sauver quelques vies, mais l’aide humanitaire à elle seule ne

peut pas mettre fin aux conflits. Une politique policière envers les

demandeurs d’asile et les clandestins fait peut-être vendre certains

journaux, mais ne va pas au fond du problème. Il faut davantage

d’initiatives politiques si l’on veut promouvoir la paix avant que les

crises ou les guerres n’éclatent.»

«Sortir des tranchées du repli»

La seconde partie du colloque est davantage centrée sur l’immigration en

Belgique et les politiques migratoires en Europe. Une historienne de

l’Université Libre de Bruxelles, Anne Morelli, auteur d’un ouvrage sur

l’immigration en Belgique, démonte d’abord avec humour le mythe du Belge

intégral, «tricoté pur laine». «Nous sommes tous des immigrés !»,

proclame-t-elle, en illustrant son propos de faits puisés dans l’histoire

de son pays d’accueil.

Jean-Yves Carlier (U.C.L.) passe ensuite au crible les politiques

européennes en matière d’accueil mais aussi de refoulement des étrangers.

Il dénonce à la fois les ambiguïtés et l’hypocrisie des mesures prises. Il

appelle surtout les citoyens et les décideurs politiques à «rencontrer

l’homme dans l’étranger».

Mario Gotto, du Centre d’Initiation pour Réfugiés et Etrangers (CIRE),

souligne lui aussi les inconséquences des responsables politiques. Les

options prises en Belgique ressemblent parfois, constate-t-il, à un étrange

slogan : «Ne votez pas pour l’extrême-droite. On va faire aussi bien qúeux

!» Une telle attitude indique l’absence d’une véritable politique

d’accueil. Mario Gotto partage, lui aussi, la conviction que «nous sommes

tous des immigrés». Mais il ne veut pas en rester là. Il prône même

davantage que des mesures juridiques inspirées par les droits de l’homme :

«une nouvelle culture politique est à inventer pour apporter une réponse

globale au problème des réfugiés et des migrations».

L’appel est repris par Josette Thibeau, secrétaire générale de la

Commission Justice et Paix, qui conclut les débats en invitant les

autorités politiques à «sortir des tranchées du repli».

Lancement de la campagne

Au lendemain de ce colloque, Entraide et Fraternité a lancé la campagne du

Carême de Partage au cours d’une journée qui a rassemblé quelque 120

personnes au Grand Séminaire de Namur.

Exposition, rencontre avec les partenaires du Tiers-Monde en visite,

animations, manifestations, collectes… : Alain Trussart, un des

animateurs de la campagne, a fait le tour des pistes prévues pour illustrer

et pour mieux comprendre en quoi le travail pour le développement des

populations locales contribue à résoudre le problème des migrations.

Pierre Toulat s’était également déplacé à Namur pour expliquer à nouveau

les grandes données relatives aux déplacements de population à l’échelle du

globe. Une table ronde, animée par Daniel Therasse de l’Action Vivre

Ensemble, a ensuite rassemblé des «acteurs de terrain», confrontés

quotidiennement à la question de l’immigration : Marisa Felle, animatrice à

Vie Féminine, Jean-Luc Lissens, du Conseil de la Jeunesse Catholique, et

Joseph Pirson, de l’IATA, une école technique et professionnelle de Namur.

La rencontre s’est terminée par un spectacle de théâtre et une célébration

religieuse (1).

(1) Pour tout renseignement sur la campagne de Carême : Entraide et

Fraternité, rue du Gouvernement Provisoire, 32 – 1000 Bruxelles (tél.

02/219.19.83).

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3 février 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
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