«Un creuset de ressources humaines pour la démocratie»

Pérou: Rencontre avec Irma Marino, directrice de l’école de formation de leaders de l’Institut Bartolomé de las Casas IBC

Lima, 12 juin 2011 (Apic) «Notre travail vise à renforcer les secteurs populaires de la société civile, à former des leaders qui soient des acteurs capables de renforcer et construire une vraie démocratie…» Tel est le programme de l’école de formation de leaders communautaires de l’Institut Bartolomé de las Casas (IBC), à Lima, au Pérou. Rencontre avec sa directrice Irma Marino, qui décrit la mission et les défis de cette structure créée en 1974 par le théologien de la libération péruvien Gustavo Gutierrez.

L’Institut Bartolomé de las Casas (IBC) se définit comme une association sans but lucratif qui travaille dans le sens de la libération et du développement humain de tous les Péruviens, en mettant en perspective «l’option préférentielle pour les pauvres». Cette «option préférentielle pour les pauvres», prônée par l’Eglise latino-américaine lors des assemblées de l’épiscopat latino-américain de Medellin en 1968 (Colombie) et de Puebla en 1979 (Mexique), est vivement combattue par les secteurs conservateurs de l’Eglise, qui ont le vent en poupe depuis plusieurs années.

Apic:Quels sont les objectifs de cette école ?

Irma Marino: L’IBC a pour objectif de former la conscience critique des personnes. Pour cela, il se propose de mettre à disposition un ensemble de connaissances, de valeurs et d’attitudes qui permettent de développer une capacité de comprendre la réalité dans toute sa complexité à partir de l’expérience pratique. L’éducation est tournée vers les secteurs pauvres et marginaux de la société. Elle est animée par un projet de transformation de la société à partir de la perspective de l’émancipation des secteurs populaires. Enfin, la pédagogie cherche à être cohérente avec le processus de libération, basée sur le dialogue, le respect et l’apprentissage mutuel.

Apic: D’où viennent les élèves ?

Irma Marino: Les «leaders» sont des hommes et des femmes, jeunes et adultes provenant de différentes régions du pays et des quartiers de Lima et de sa périphérie. Ils font partie de diverses organisations sociales, ecclésiales, politiques, économiques et culturelles, d’espaces développant des initiatives pour la citoyenneté, le respect de l’environnement, la qualité des services publics et la défense des droits de l’homme. Ils sont motivés par l’amélioration de la qualité de vie de leur communauté. La majorité d’entre eux participent à plus d’une organisation, leurs approches et leurs centres d’intérêts sont variés. Ils constituent un inestimable creuset de ressources humaines pour le développement et la démocratie.

Apic: Quels sont les principaux thèmes abordés et comment sont-ils choisis ?

Irma Marino: Les élèves proposent chaque année différents thèmes autour de quatre axes : «Société et politique», pour que les leaders renforcent leur identité à partir de la mémoire et de la relecture de leur histoire personnelle et collective.

«Economie et développement», permettant de comprendre notre réalité économique, ses limites et ses possibilités. «Réflexion chrétienne et éthique», pour promouvoir un développement humain spirituel assumé comme projet de vie. Enfin, «Développement personnel», pour pouvoir comprendre sa propre subjectivité et incorporer cette dimension dans sa vie quotidienne.

Il y a également des axes transversaux qui répondent à des situations et défis du pays comme «Equité et genre», «Interculturalité» et «Culture et paix», destiné, notamment à chercher à comprendre les causes qui ont généré une situation de violence politique dans le pays durant plus de deux décennies.

Apic: Quelles sont les principaux défis de l’IBC ?

Irma Marino: Nous devons poursuivre notre mission. Nous sommes en train de travailler au renforcement de la société civile, à des initiatives pour lutter contre la pauvreté et pour appliquer les recommandations signalées par la Commission Vérité et Réconciliation (CVR). Cette Commission (*) a été mise en place au Pérou en 2001 pour mener l’enquête sur la violence subversive et la répression dont le pays a été le théâtre pendant 20 ans.

Dans ce domaine, il reste en effet beaucoup à faire encore dans notre société qui est loin d’être réconciliée. Dans ce sens, le projet éducatif doit continuer à appuyer les leaders et leurs organisations sociales avec pour perspective qu’ils soient des acteurs capables de renforcer et construire une vraie démocratie, générant des propositions de développement et en ayant un rôle déterminant dans les espaces dans lesquels ils s’impliquent.

(*) Dans son rapport final rendu public le 28 août 2003, la CVR constate que le conflit armé qu’a vécu le Pérou entre 1980 et 2000 est l’épisode de violence le plus intense, le plus étendu et le plus long de toute son histoire républicaine. Ce conflit a révélé les brèches profondes qui traversent la société péruvienne. La Commission estime à 69’280 personnes les victimes de la violence, parmi lesquelles une large majorité vivait dans une situation d’extrême pauvreté et d’exclusion sociale. Ainsi, outre les brèches socio-économiques, le portrait-type de la victime révèle les inégalités et les discriminations ethniques et culturelles qui divisent la société péruvienne. Les populations urbaines de la côte péruvienne ont de plus longtemps fermé les yeux sur les massacres qui se produisaient à l’intérieur du pays, note la CVR. (apic/jcg/be)

12 juin 2011 | 08:58
par webmaster@kath.ch
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