«Un dialogue honnête doit passer par la rigueur de la confrontation des différences»

Lugano: Mgr Grampa expose les enjeux du prochain voyage du Groupe de travail «Islam» en Iran

Lugano, 4 janvier 2011 (Apic) Le Groupe de travail «Islam» de la Conférence des évêques suisses (CES), composé de 8 personnes, se rendra en Iran, du 7 au 14 janvier 2011. Ce voyage est placé sous l’égide de Mgr Giacomo Grampa, évêque de Lugano. Il abordera le thème de la dignité humaine dans l’Islam et le christianisme. Mgr Grampa répond en exclusivité aux questions de l’agence Apic.

Apic: Quelles personnalités du monde musulman rencontrerez-vous?

Mgr Grampa: Nous rencontrerons le président et le vice-président de l’Université de Qom (ville située à 150 km au sud-ouest de Téhéran, capitale de la Province de Qom), le vice-président de l’ICRO, l’organisation pour les relations avec le monde de la culture islamique, le directeur de l’Académie islamique des sciences et de la culture et les différents spécialistes de thèmes en discussion.

Apic: Pourquoi retourner en Iran alors que vous avez visité ce pays en 2006? Un autre choix, l’Arabie saoudite par exemple, n’aurait-il pas été envisageable?

Mgr Grampa: En Iran, nous avons trouvé des intérêts et des correspondances.

Entre temps, nous avons organisé une visite en Syrie et au Liban, tandis que ça n’a pas été facile d’en organiser une en Arabie saoudite, cela reste cependant dans l’agenda.

Apic: Quels seront les thèmes abordés? Traiterez-vous la situation délicate des chrétiens au Moyen-Orient? Et la question du statut juridique de l’Eglise catholique en Iran?

Mgr Grampa: Le thème de fond sera celui de la dignité humaine dans l’Islam et dans le christianisme, avec une considération particulière accordée aux minorités religieuses dans les sociétés sécularisées et confessionnelles, et une attention aux problèmes éducatifs.

Il est clair que dans le contexte général de ces discours, il y aura immanquablement des réflexions sur les problèmes de nos deux pays.

Apic: Pour vous, le dialogue est-il l’unique voie possible pour empêcher la violence?

Mgr Grampa: Il n’y a jamais une seule voie à parcourir pour éviter la violence. Mais le dialogue est certainement un droit fondamental, constitutif de la personne humaine. Il ne doit pas être confondu avec des attitudes d’irénisme (attitude de compréhension entre personnes d’opinions différentes) naïf. Cependant le dialogue doit devenir une attitude stable, même si cela exige des efforts et demande beaucoup de patience.

Apic: Voyez-vous une grande différence entre les discours que l’on vous adresse et la réalité dans les pays musulmans?

Mgr Grampa: Je répondrai à cette question lors de mon retour, après avoir écouté les différents discours.

Apic: Votre visite s’inscrit-elle selon le vœux du président iranien lors de la visite du cardinal Tauran, le 9 novembre 2010, dans «une étroite collaboration entre les religions divines, afin de mettre fin au déclin de la société humaine caractérisée par le sécularisme, l’humanisme extrémiste de l’Occident et la tendance croissante de l’homme à se concentrer uniquement sur une vie matérielle»?

Mgr Grampa: Notre groupe a pour objectif de rechercher un rapport de compréhension, de respect, aussi loin qu’une collaboration avec l’Islam est possible, pour offrir à nos sociétés un horizon le plus complet pour leur développement dans la paix.

Apic: Dans le dialogue interreligieux avec l’Islam, ressentez-vous une réelle volonté de rechercher ensemble la vérité? Parle-t-on de la même vérité?

Mgr Grampa: Je crois qu’un dialogue honnête doit passer par la rigueur de la confrontation des différences. Il requiert également la disponibilité à se laisser transformer par la rencontre avec l’autre, pour devenir plus authentiquement soi-même.

Il n’y a aucune intention ou tentation de prosélytisme, mais un esprit et un cœur ouverts à un échange respectueux et fécond. Le cardinal de Milan Dionigi Tettamanzi a écrit: «Dialoguer signifie en fait accueillir l’autre et chercher à découvrir la sagesse et les trésors de sa tradition et l’expérience religieuse, pour pouvoir lui annoncer la beauté de ce que la liberté de l’Esprit de Dieu a déjà suscité en lui ou dans sa tradition différente».

En tant que chrétiens, nous devons être capables de rendre compte de l’espérance qui est en nous, comme nous l’a enseigné l’apôtre Pierre.

Apic: Quelles retombées escomptez-vous pour le groupe de travail «Islam» de la CES?

Mgr Grampa: Travailler toujours mieux à la compréhension des musulmans qui sont parmi nous.

Apic: Concrètement, en quoi vos rencontres améliorent-elles le dialogue et la compréhension avec les musulmans établis en Suisse?

Mgr Grampa: Réussir à faire passer des messages dictés non par la peur ou la fermeture, mais soutenus par le respect et l’accueil réciproque. Le résultat des votes récents dit combien nous en avons besoin.

4 janvier 2011 | 14:24
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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