Allemagne: Célébrations du 450e anniversaire de la mort de Philippe Melanchthon
Un évêque protestant ouvre le débat sur la ›primauté d’honneur’ du pape
Trèves, 21 avril 2010 (Apic) Un évêque protestant allemand a rouvert le débat sur la papauté, une question qui divise catholiques romains et protestants depuis cinq siècles. Il s’est exprimé lors de célébrations marquant le 450e anniversaire de la mort de Philippe Melanchthon, proche collaborateur de Martin Luther.
Un service a été célébré le 18 avril en l’honneur de la vie de Melanchthon, à Wittenberg, où Luther et lui vécurent et travaillèrent au 16e siècle. Le lendemain, les festivités officielles se sont déroulées en présence de la chancelière allemande Angela Merkel, rapporte l’agence oecuménique ENI.
Melanchthon « était prêt à reconnaître la primauté du pape sur les évêques selon la loi humaine si cela pouvait servir l’unité de l’Eglise », a rappelé Ulrich Fischer, à la tête de l’Eglise évangélique de Bade, lors du culte célébré à la Stadtkirche de Wittenberg, où Luther prêcha. L’évêque Fischer a rappelé que c’était Melanchthon qui, au 16e siècle, menait les négociations entre les fidèles de Luther et la papauté.
Pour sa proposition, Melanchthon dut faire face à la colère de ses coreligionnaires protestants. Cependant, « par son orientation œcuménique, on peut même le considérer comme un précurseur du mouvement œcuménique moderne », a déclaré l’évêque Fischer, dont l’Eglise comprend sur son territoire la ville de Bretten, où Melanchthon naquit en 1497.
Une proposition de Jean Paul II qui méritait mieux
« L’idée de la reconnaissance d’une primauté d’honneur pour le pape a toujours été envisagée avec dédain, mais pour le débat œcuménique en cours, il s’agit néanmoins d’une proposition productive, qui a été faite il y a environ 15 ans par le pape Jean Paul II, et qui a assez injustement suscité peu de réactions positives dans les milieux protestants », a lancé Ulrich Fischer.
Lors de la commémoration officielle organisée le 19 avril, à laquelle assistait la chancelière allemande Angela Merkel, l’évêque catholique Ludwig Müller a souligné que Melanchthon était affecté par les divisions qui existaient de son vivant au sein de l’Eglise. « En tant qu’évêque catholique et président de la Commission œcuménique de la Conférence épiscopale d’Allemagne, je suis extrêmement reconnaissant qu’un terrain d’entente ait été trouvé pour les chrétiens – toujours divisés – de ce pays », a-t-il déclaré.
La Réforme a changé la face du monde
La chancelière Merkel, fille d’un pasteur luthérien, a souligné dans son discours que la manifestation officielle se déroulait à l’église du château de Wittenberg, dont la porte a servi de support aux 95 thèses de Luther, en 1517. « A partir de là, la Réforme changea la face du monde pour toujours », a-t-elle déclaré.
Melanchthon est connu dans le pays comme « le précepteur de l’Allemagne » pour ses efforts visant à développer l’éducation. Dans son discours, Angela Merkel a désigné Melanchthon comme l’un des « plus grands réformateurs de l’éducation de notre histoire ».
La chancelière allemande a par ailleurs évoqué dans son discours les allégations d’abus sexuels dans les institutions de l’Eglise. « Des affaires scandaleuses ont été mise au jour ces dernières semaines », a-t-elle déclaré. « Ce qu’il faut, c’est une enquête ouverte et sans complaisance. Nous devrons en tirer les conséquences. Et le mot d’ordre absolu est la protection contre de futurs abus. » (apic/eni/bb)



