Un évêque «vert» témoigne de la vie des chrétiens en Syrie
Syrie:Rencontre avec Mgr Boulos Nassif Borkhoche, archevêque melkite de Bosra et Hauran
Fribourg, 23 septembre 2009 (Apic) Dans le passé, le Hauran, dans le Sud de la Syrie, était communément appelé le «Djebel el-Druze» (Montagne des Druzes), mais Damas préfère qu’on l’appelle le «Djebel el-Arab». Cela évite les connotations ethniques, dans cette région où cohabitent pacifiquement druzes et chrétiens dans les villages de montagne, et musulmans sunnites et chrétiens dans la plaine. En Syrie, confie à l’Apic Mgr Boulos Nassif Borkhoche (*), le gouvernement est très attentif aux relations entre les communautés, et les chrétiens sont très respectés.
«Que ce soient avec les druzes ou avec les musulmans, nous entretenons de bonnes relations, et quand je vais à la montagne, tous veulent venir me saluer», lance Mgr Borkhoche, archevêque melkite de Bosra, Hauran et Jabal-el-Arab. Dans cette région aride de la Syrie, caractérisée par un paysage de basalte noir, restée longtemps pauvre, le missionnaire pauliste de 77 ans est connu comme un «évêque vert». Pour avoir dès les années 60-70 creusé des puits, planté des vignes, clôturé les champs cultivés pour éviter qu’ils ne soient ravagés par les troupeaux de moutons, de chèvres ou de vaches.
«J’avais vu à mon arrivée que beaucoup de terrains n’étaient pas cultivés, faute d’irrigation, les pluies étant très rares. J’ai d’abord planté un jardin d’oliviers près de l’évêché, à Khabab, creusé un puits artésien pour l’arrosage, planté 1’200 ceps de vigne, des arbres fruitiers, des concombres, des tomates, des aubergines, puis semé des céréales…. Quand les gens ont vu que cela poussait, ils ont commencé eux aussi à creuser des puits, car on trouve de l’eau à 90-100 mètres de profondeur! «
Les chrétiens syriens moins tentés par l’émigration
Né dans une famille grecque-catholique de Joun, à l’Est de Saïda, dans le Sud du Liban, Boulos Borkhoche a fait son noviciat chez les missionnaires paulistes à Harissa, avant d’être ordonné prêtre en septembre 1960. «Le Père général m’a envoyé directement après comme missionnaire dans le Hauran, en Syrie, à l’époque une région aux terres volcaniques, très pauvre et aride». Le Père Borkhoche enseignait le français et la catéchèse à l’école secondaire, avant que les écoles catholiques ne fussent nationalisées en 1967. Il passait l’après-midi dans les villages, avec sa Land Rover, pour donner le catéchisme avec des religieuses, les Sœurs de la charité de Besançon.
Evêque depuis 1983, Boulos Borkhoche – dont le diocèse compte quelque 33’000 catholiques pour une population dépassant 1,5 million d’âmes – s’est engagé dès le début pour améliorer le sort de la population du Hauran, qui croît très rapidement. «Le nombre de chrétiens ne diminue pas, mais par contre les musulmans sont en rapide progression, car on trouve chez eux des familles de 30 à 40 personnes… Il est assez fréquent qu’un musulman épouse plusieurs femmes et les familles sont ainsi très nombreuses», témoigne l’évêque d’origine libanaise. Les familles chrétiennes les plus aisées envoient leurs enfants étudier en Amérique, en Europe, pour devenir médecins, ingénieurs ou architectes. «S’ils trouvent une bonne place à l’étranger, ils font alors venir leur famille», poursuit-il.
La situation n’est pas comparable à la Palestine
Cependant, tient-il à souligner, la situation n’est pas comparable à la Palestine – où les chrétiens émigrent en masse, en raison notamment de l’insécurité, de l’occupation israélienne voire de la pression des intégristes musulmans – «car en Syrie, personne ne les chasse ou ne les tue, comme cela arrive trop souvent en Irak…» Pour l’archevêque melkite, le gouvernement de Bachar el-Assad aime les chrétiens: «ils sont très respectés en Syrie, et ne subissent pas de discriminations; les pèlerins et les touristes qui viennent en nombre nous visiter depuis 3 ou 4 ans peuvent en témoigner!»
La Syrie a encore parfois une mauvaise image en Occident
Certes, la Syrie a encore parfois une mauvaise image, et sa longue présence militaire au Liban y est pour quelque chose. «L’Occident a fait beaucoup pour maintenir cette image, comme si c’était la Syrie qui avait fomenté tous les troubles au Liban… Dans les faits, Washington se rend bien compte que le maintien du pouvoir actuel en Syrie est crucial, car les Américains craignent beaucoup une probable arrivée au pouvoir des fondamentalistes islamiques à Damas, si le régime s’effondrait. Ils savent bien ce qui s’est passé en Irak…»
Les chrétiens de Syrie, qui sont bien formés, ont un bel avenir dans le pays, estime l’archevêque melkite, mais ils sont très conscients que leur sort dépend du maintien du pouvoir actuel: «Si les fondamentalistes musulmans ne prennent pas le pouvoir, et si le gouvernement reste ouvert comme c’est le cas maintenant, c’est le meilleur pays pour les chrétiens ! On trouve des chrétiens, qui ont un niveau de formation très élevé, dans les rangs de l’armée, comme officiers, ainsi que des juges, des ingénieurs, des avocats, des professeurs… Dans ce pays laïc, on aperçoit cependant des tentatives de la part des cheikhs musulmans d’islamiser la société, et on craint les islamistes. Heureusement que la sécurité d’Etat et l’armée veillent au grain nuit et jour!»
Cependant, reconnaît Borkhoche, en raison de la démographie galopante, la part des chrétiens dans la société diminue: la ville d’Alep, au nord-ouest de la Syrie, était complètement chrétienne il y a un demi siècle, Damas avait près de la moitié de chrétiens. Cette communauté chrétienne, l’une des plus anciennes du Proche et du Moyen-Orient – dans le sillage de la conversion de saint Paul, la Syrie devint progressivement une terre chrétienne et la vie monastique y fleurit – ne représente plus aujourd’hui qu’un petit pourcentage (entre 6 et 10 % de la population du pays, selon les sources). JB
(*) Mgr Boulos Nassif Borkhoche, archevêque melkite de Bosra et Hauran, était invité lundi par l’Association Suisse de Terre Sainte (SHLV) qui tenait son assemblée générale à Lucerne le 21 septembre.
Des photos de Mgr Boulos Nassif Borkhoche peuvent être commandées à l’agence Apic: tél. 026 426 48 01, courriel: jacques.berset@kipa-apic.ch et apic@kipa-apic.ch (apic/be)



