Pakistan: La lenteur du gouvernement à mettre en place le Conseil des minorités inquiète les évêques

Un exécutif récalcitrant

Islamabad, 26 août 2014 (Apic) La Commission Justice et Paix de la Conférence des évêques catholiques du Pakistan a pressé le gouvernement de créer d’urgence un Conseil national pour les droits des minorités, comme l’en a enjoint un récent arrêt de la Cour suprême. Les milieux de soutien aux minorités, s’ils ont qualifié la mesure juridique «d’historique», s’inquiètent du temps que prendra sa mise en place, de la part d’un gouvernement récalcitrant.

La Cour suprême avait prévu de nommer rapidement un comité de trois membres pour enregistrer les nouveaux cas d’abus dont seraient victimes les minorités du Pakistan, mais pour le moment, rien n’a encore été mis en place, rapporte le 26 août 2014 Eglises d’Asie (EdA), l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris.

Lorsque l’arrêt de la Cour suprême avait été rendu public, le 19 juin dernier, Cecil Shane Chaudhry, directeur exécutif de la commission Justice et paix, l’avait qualifié de «décision historique». Mais si tous les représentants des minorités au Pakistan se sont réjouis publiquement de cette mesure, l’inquiétude grandit aujourd’hui quant au temps que prendra son établissement, de la part d’un gouvernement ouvertement rétif.

Un instrument de sauvegarde de la liberté religieuse

La conférence des évêques du Pakistan vient d’achever un cycle de consultations et de réunions avec des experts de la société civile, des intellectuels, des associations et des responsables religieux, à Karachi, Lahore et Islamabad, les trois principales villes du Pakistan. Lors de ces sessions, destinées à trouver des moyens de résoudre rapidement le problème des droits des minorités, de plus en plus bafoués dans le pays, la commission a mis en avant l’urgence de mettre en application le tout récent prononcé de la Cour Suprême du Pakistan.

Les évêques ont souligné que cette décision de justice offrait enfin «un instrument juridique pouvant permettre de sauvegarder la liberté religieuse au Pakistan».

Force spéciale de protection des lieux de culte

En juin dernier, le président de la Cour Suprême du Pakistan, Tassaduq Hussain Jilani, a ordonné que le gouvernement institue un Conseil national pour les droits des minorités, lequel agirait comme un observatoire indépendant, surveillant la condition des minorités ethniques et religieuses ainsi que les cas de violence et de discrimination.

Dans le document de 32 pages rendu par le juge, les différentes attributions de ce nouvel organisme d’Etat sont clairement détaillées et visent aussi bien les agressions directes et discriminations quotidiennes que les discours de haine propagés dans les réseaux sociaux ou encore les programmes scolaires promouvant une culture de l’intolérance. L’arrêté prévoit également de mettre en place une force spéciale chargée de protéger les lieux de culte non musulmans.

Contrôle quotidien des droits des minorités

Cette dernière mention concernant la création d’une protection armée des lieux de culte a été motivée par l’attentat perpétré en septembre 2013 contre une église anglicane de Peshawar, au nord-ouest du pays, où 81 chrétiens ont trouvé la mort et de nombreux autres ont été grièvement blessés.

Parmi les attributions du Conseil national figure également le contrôle au quotidien de la défense des droits des minorités tels qu’ils sont inscrits dans la Constitution et la législation du Pakistan. L’organisme aura également pour mission de formuler des recommandations afin qu’au niveau fédéral et provincial, les droits des minorités soient mieux défendus. «En cas de violation des droits garantis par la loi ou de profanation des lieux de culte des minorités, les agences étatiques chargées de faire respecter l’ordre et appliquer le droit doivent agir sans délai afin que des poursuites criminelles soient engagées à l’encontre des délinquants ». (apic/eda/rz)

26 août 2014 | 11:16
par webmaster@kath.ch
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