«Un exemple pour l’Eglise, mais il n’est pas facile de le suivre...»
Brésil: Dom Helder Camara est mort il y a 10 ans
Recife, 26 août 2009 (Apic) Dom Helder Camara, «l’évêque des pauvres» est décédé il y a 10 ans, le 27 août 1999 à Recife. «Il est un exemple pour l’Église, mais il n’est pas facile de le suivre…», avait affirmé en février Dom Demétrio Valentini, évêque de Jales, au Brésil, lors des célébrations du centième anniversaire de sa naissance.
«Dans les annales de l’Eglise, Dom Helder reste celui qui développa au Brésil l’Action catholique spécialisée, créa et anima pendant douze ans la Conférence nationale des évêques, collabora à la création du Conseil épiscopal latino-américain, joua au concile Vatican II un rôle actif de ’conscientiseur’ et de ’articulateur’ avant d’en mettre en œuvre les options pastorales dans son diocèse», affirme le journaliste José de Broucker sur le site internet de l’association DHMA ’Dom Helder. «Dans l’histoire du Brésil, Dom Helder est celui qui a éveillé la conscience sociale à la nécessité et aux conditions d’une société plus juste, et défendu la cause des sans droits durant la longue dictature militaire. Quelles qu’en soient les conséquences, dont il souffrit beaucoup : suspicions, dénonciations, marginalisation… Dans la mémoire commune, Dom Helder reste une figure emblématique d’un triple engagement prophétique, vécu avec beaucoup d’autres : pour la justice comme condition de la paix, pour la non violence active, pour une Église servante et pauvre au service d’une humanité fraternelle. Autant de causes qui, d’un siècle à l’autre, gardent toute leur actualité», a ajouté José de Broucker.
Héritier de Gandhi et Luther King
Helder Camara, «prophète d’un monde plus respirable, plus juste et plus humain», est considéré par ses adeptes comme l’héritier de Gandhi et de Martin Luther King. Il a reçu 24 prix internationaux, 40 doctorats honoris causa pour s’être fait «la voix des sans voix» et défendu les plus pauvres. Surnommé «l’évêque rouge», «l’évêque des pauvres», ou encore «l’évêque des favelas», le prélat brésilien a son nom étroitement lié à la théologie de la libération et à la lutte en faveur des pauvres et des opprimés.
Né à Fortaleza, dans le Nordeste brésilien en février 1909, Helder Camara n’avait pas cessé, depuis le début des années cinquante, de prendre position en faveur des pauvres et des opprimés, jusqu’à incarner tout à la fois l’esprit de résistance à la dictature militaire qui ensanglanta le Brésil de 1964 à 1985, et la recherche d’un autre mode de relation entre religion et politique, via notamment la construction de multiples réseaux, dont les fameuses «communautés de base», qui mêlent réflexion politique, relecture de l’Evangile et action tournée du côté de la transformation sociale.
Porte-parole de la théologie de la libération
Nommé évêque auxiliaire de Rio de Janeiro en 1952, Helder Camara avait alors mis sur pied, avec d’autres prélats, la Conférence nationale des évêques du Brésil – qu’il présida pendant douze ans – et qui joua un rôle essentiel dans l’émergence d’une nouvelle culture religieuse dans toute l’Amérique latine. Un peu plus tard, la «théologie de la libération» dont il était un des porte-parole se heurte de front non seulement aux forces conservatrices de l’Eglise brésilienne, mais aussi aux milieux politiques qui allaient inspirer, à la suite du renversement par un coup d’Etat militaire du président élu Joao Goulart en 1964, l’un des pires régimes dictatoriaux de l’histoire de l’Amérique.
Nommé au même moment archevêque de Recife, Helder Camara devint alors l’une des figures majeures de la résistance au nouveau régime. En 1985, il est mis à la retraite et remplacé par un homme ouvertement opposé à ses conceptions, José Cardoso Sobrinho. Sommé de se taire, il resta pourtant présent et actif, notamment par le biais de la campagne «An 2000 sans misère», et par l’autorité morale qu’il continuait d’exercer auprès de millions de ses concitoyens et de beaucoup d’autres dans le monde.
Dom Helder Camara est décédé dans la nuit du 27 août 1999 à Recife à l’âge de 90 ans, dans un hôpital où il avait été admis la semaine précédente pour une infection urinaire. Il a été enterré à la cathédrale de Olinda, près de Recife. On lui doit cette phrase demeurée célèbre: «Quand je demandais du pain pour les pauvres, tout le monde applaudissait. Quand je demandais pourquoi ils étaient pauvres, on me traitait de communiste».
Encadré:
Biographie
7 février 1909: Naissance à Fortaleza
15 août 1931: Ordination pour l’archidiocèse de Fortaleza
3 mars 1952: Évêque auxiliaire de Rio de Janeiro
2 avril1955: Archevêque auxiliaire de Rio de Janeiro
14 mars 1964: Archevêque d’Olinda et Recife (Pernambouc)
12 avril 1964: Discours-programme, à Recife
1984: A 75 ans, offre de démission au pape
1985: Dom José Cardoso succède à Dom Helder au siège d’Olinda et Recife
27 août 1999: Décès à Recife
(apic/com/lc/bb)




