Guinée Bissau: La tragédie des enfants talibés sur les routes du Sénégal
Un grave problème de société
Gabu/Guinée Bissau, 3 août 2010 (Apic) Chaque année, un certain nombre d’étudiants des écoles coraniques, ou «talibés», confiés à la protection d’un leader religieux au Sénégal, courent le risque d’être exploités et abusés. Des agences de protection de l’enfance cherchent à endiguer ce phénomène. Elles mettent sur pied des rencontres avec des familiers dans le but d’insérer ces enfants dans des familles d’accueil. Toutefois cette opération reste très difficile dans la mesure où les ex-talibés ont à peine connu leurs propres parents et ont subi des violences dès l’enfance.
Selon un récent rapport de l’ONG Human Rights Watch (HRW), la grande majorité des 50’000 talibés sont originaires du Sénégal ou proviennent de Bafata et Gabu, respectivement à 80 km et 200 km à l’est de Bissau. La mendicité des talibés, ces enfants confiés dès leur plus jeune âge à des écoles coraniques, est un des problèmes de société le plus controversés au Sénégal. Dans ce pays dont la majorité de la population est musulman, les parents envoient leurs enfants dans des daaras (internats coraniques) pour leur assurer une éducation religieuse.
Selon Human Rights Watch (HRW), ONG des droits de l’homme, de nombreux marabouts se servent de l’éducation comme prétexte pour exploiter économiquement les enfants à leur charge. Ainsi dans plus de 100 daaras, le marabout recueille en général de 20’000 à 60’000 dollars par an grâce à la mendicité, selon HRW. L’ONG estime que «des dizaines de milliers d’enfants fréquentant des daaras au Sénégal sont soumis à des conditions qui s’apparentent à l’esclavage».
Aux carrefours, devant les marchés, les mosquées et les grandes surfaces, les talibés de 4 à 12 ans, sales, déguenillés, tenant un pot de conserve font partie du décor des principales villes du Sénégal. Les conditions de vie des enfants talibés sont telles que les ONG n’hésitent pas demander la réglementation des écoles coraniques et la traduction de certains de leurs «enseignants» devant la justice pour maltraitance.
Difficile de retrouver les familles de ces enfants mendiants
«Réussir à retracer les familles de provenance de ces talibés est une entreprise difficile dans la mesure où de nombreux enfants quittent leur maison quand ils sont encore tout petits et ils connaissent seulement le nom de la personne chez qui ils ont grandi jusqu’à ce moment là, ou encore le nom de leurs grands-parents», relève un responsable de l’ONG Bissau-Guinean AMIC (L’Association des Amis de L’Enfant), à Gabu. Il s’est engagé dès 2004 à ramener les enfants chez eux, en Guinée-Bissau.
Les familles, dans ces zones à dominance musulmane, envoient leurs propres enfants dans les écoles coraniques de Tambacounda, au Sénégal occidental, ou vers des villes du nord du pays, jusqu’à Thiès, Dakar et Saint-Louis. Souvent les leaders religieux contraignent les adolescents à la mendicité, ils ne leur donnent pas à manger ni à se vêtir, et les molestent régulièrement.
Dans un rapport de 2007, l’UNICEF, l’Organisation Internationale du Travail (OIT) et la Banque Mondiale (BM) notent que de nombreux enfants se livrent à la mendicité à Dakar, y compris les talibés, souvent très mal nourris. Selon HRW, beaucoup d’entre eux sont régulièrement battus, et sont atteints de maladies très répandues comme les vers, la gale, dues à la précarité des services de santé dont ils bénéficient. Le centre de transition de l’AMIC peut héberger jusqu’à 40 enfants en même temps, et 20 autres en plus qui arrivent dans l’instant.
La coopération suisse au développement soutient des programmes en faveur des talibés
Depuis novembre 2005, l’organisation a réuni 253 enfants. Soutenu notamment par le gouvernement suisse par le biais de la Direction du développement et de la coopération (DDC), par l’Organisation Internationale pour les Migrations, l’AMIC s’emploie à soutenir les dépenses scolaires de chaque enfant jusqu’à l’achèvement de l’école secondaire. Dans le passé, certains enfants n’ont pas réussi à se réinsérer dans les familles et sont rentrées chez eux: 30 en 2006.
La grande partie des familles qui envoient les enfants hors de chez eux vivent dans des conditions d’extrême pauvreté, leur village sont distantes nombreux kilomètres de l’école ou des hôpitaux les plus proches. On ne sait pas grand chose sur ce qui arrive aux talibés à longs termes, si bien que certains experts sur la protection des mineurs soutiennent que souvent ils deviennent des marchands ambulants de cartes téléphoniques ou de produits de seconde main à travers les rues de la ville. (apic/fides/be)



