Rome: Le cardinal Poupard fête ses 80 ans le 30 août

Un homme de dialogue au service de quatre papes

Rome, 29 août 2010 (Apic) Le cardinal Paul Poupard, figure emblématique de la curie romaine où il a présidé pendant près de 20 ans le Conseil pontifical de la culture, aura 80 ans le 30 août 2010. A la retraite depuis septembre 2007, le haut prélat demeure actif, en particulier au sein de la ›fondation cardinal Poupard’ créée afin de poursuivre son œuvre en matière d’éthique et de dialogue interculturel et religieux.

A la veille de son anniversaire, le cardinal français se confie à I.MEDIA, agence partenaire de l’Apic à Rome.

I.MEDIA: Quel bilan pouvez-vous tirer de vos années romaines ?

Cardinal Poupard: D’un mot, je dirais que cela a été pour moi une grâce exceptionnelle que de pouvoir travailler successivement au service de Jean XXIII, Paul VI, Jean Paul II et Benoît XVI, 4 papes aussi différents que possible. Jean XXIII a créé le Secrétariat pour la promotion de l’unité des chrétiens, Paul VI a créé le Conseil pontifical pour le dialogue avec les non-croyants et Jean Paul II celui pour le dialogue avec les cultures. J’ai donc vécu intensément tous les dialogues voulus par le Concile œcuménique Vatican II.

I.MEDIA: Quelle ligne directrice avez-vous donnée lorsque vous étiez au service de la culture au Vatican ?

Cardinal Poupard: L’intuition profonde, c’est que la culture est l’âme d’un peuple. Il est capital pour l’Eglise de rencontrer l’âme de ce peuple dans la culture avec le double mouvement de l’évangélisation des cultures et de l’inculturation de l’Evangile, qui vont du même pas. Nous devons tous être bilingues, il faut que nous parlions la langue de Dieu dans le langage des hommes pour être compris.

I.MEDIA: Votre souvenir le plus fort ?

Cardinal Poupard: Le souvenir le plus fort à Rome, c’est le Concile Vatican II, que j’ai eu le privilège de suivre de l’intérieur puis de mettre en œuvre. En ce qui concerne mes 25 années à la culture, cela a été le Symposium présynodal de cultures que Jean Paul II m’avait demandé d’organiser après la chute du Mur de Berlin et l’implosion de l’Empire soviétique pour préparer le Synode des évêques sur l’Europe de 1991. Il m’avait demandé de privilégier les intellectuels russes en disant que c’était la première fois qu’ils avaient l’occasion de venir à Rome et de s’exprimer librement. Ces journées, au cours desquelles le pape nous avait tous invités à sa table, ont été tout à fait exceptionnelles.

I.MEDIA: Comment voyez-vous aujourd’hui la position de la France à Rome ?

Cardinal Poupard: La France n’est plus tout à fait, dans le monde et dans l’Eglise, ce qu’elle était lorsque je suis arrivé pour la première fois à Rome en 1959. A l’époque, il y avait la figure du cardinal Eugène Tisserant, doyen du Collège des cardinaux. Puis Paul VI a nommé le cardinal Gabriel-Marie Garrone comme préfet de la Congrégation pour l’éducation catholique, le cardinal Jean-Marie Villot comme secrétaire d’Etat et le cardinal Jacques-Paul Martin comme préfet de la Maison pontificale. J’ai donc connu une présence plus affirmée. La situation d’aujourd’hui reflète un peu la nouvelle place de la France dans l’Eglise et dans le monde. Mais j’ai la joie d’avoir comme successeur au dialogue interreligieux un autre cardinal français, Jean-Louis Tauran.

I.MEDIA: Que vous inspirent les récentes réactions parfois hostiles venues de France après les propos de Benoît XVI défendant les Roms?

Cardinal Poupard: Le pape sait très bien qu’il risque d’être «piégé» par les politiques mais cela ne l’empêche pas de parler. J’ai connu ça avec tous les papes successifs, à commencer par Jean Paul II. (apic/imedia/cp/bb)

29 août 2010 | 14:44
par webmaster@kath.ch
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