«Un homme de Dieu, un homme de prière»

Rome: Le cardinal Cottier livre ses souvenirs de Jean-Paul II

Rome, 26 avril 2011 (Apic) Le cardinal suisse Georges Cottier a travaillé aux côtés de Jean-Paul II comme théologien de la Maison pontificale, de 1989 jusqu’à la mort du pape. Aujourd’hui à la retraite, le dominicain de 89 ans confie ses souvenirs à l’agence I.Media. Il affirme que de nombreux cardinaux avaient signé une lettre demandant au futur pape de commencer au plus tôt le procès en béatification de Jean-Paul II.

I.Media: Vous avez travaillé pendant 15 ans aux côtés de Jean-Paul II, comme théologien de la Maison pontificale. Durant toutes ces années, avez-vous eu le sentiment de vivre avec un saint ?

Le cardinal Cottier: Probablement n’ai-je pas employé, en moi-même, la formule de «saint». Je suis convaincu, cependant, qu’il était un homme de Dieu. C’était un homme de prière. Il était habité par une sorte de silence. Il possédait ainsi la double qualité d’avoir à la fois une attention extraordinaire pour les personnes et une attitude de profond recueillement. Cela s’exprimait aussi à travers la grande sérénité avec laquelle il affrontait les problèmes. Ainsi, nous travaillions parfois avec lui toute la journée sur des documents importants, en petits groupes, y compris lors de repas détendus. Lors de ces journées de travail, j’ai toujours admiré son tact et l’attention avec laquelle il s’adressait à chacun d’entre nous.

I.Media: Vous évoquez en particulier la profondeur de Jean-Paul II, est-ce cela qui fait de lui un saint ?

Le cardinal Cottier: Je crois qu’il était en grande union avec Dieu. Je connais des personnes qui ont reçu des grâces de Jean-Paul II, de son vivant comme après. Ce qui m’a le plus frappé, c’est à sa mort, lorsque la foule a brandi place Saint-Pierre des banderoles avec écrit dessus «saint tout de suite», en italien «santo subito». Le culte populaire est très important pour la reconnaissance de la sainteté.

A la mort de Jean-Paul II, nous avons également eu des réunions de cardinaux et, là aussi, la même formule est sortie tout de suite, elle venait de ceux qui l’avaient connu de très près. Beaucoup de cardinaux ont alors signé une lettre demandant au futur pape de commencer directement le procès en béatification.

I.Media: Le procès en béatification de Jean-Paul II a été très rapide. A vos yeux, faudra-t-il longtemps avant qu’il soit proclamé saint ?

Le cardinal Cottier: Je ne suis pas surpris par la rapidité du processus. C’est d’ailleurs dans le style de Jean-Paul II, il n’y a pas de rupture avec le style de son pontificat. Pour sa canonisation, le travail est déjà fait. Il faut seulement un miracle et une décision du pape, mais le choix pontifical ne tardera pas.

I.Media: Quels grands moments et quels grands traits du pontificat retenez-vous ?

Le cardinal Cottier: L’un des grands moments demeure la démarche de repentance, lors du Jubilé. Jean-Paul II en avait parlé aux cardinaux et il y avait eu comme une levée de boucliers. Quelques cardinaux seulement étaient alors enthousiastes, les autres étaient plongés dans un certain désarroi. Pourtant, le 12 mars 2000, a eu lieu la cérémonie de «demande de pardon» pour les péchés commis par les chrétiens au cours de l’histoire.

Parmi les traits importants de son pontificat, je retiens aussi sa très forte dévotion mariale, sa confiance extraordinaire dans la Vierge Marie. Il y a également toute la doctrine autour de la famille. On s’est bloqué sur la sexualité, mais il a vu clairement venir la crise de la famille.

Enfin, il faut aussi noter sa dimension politique. Il ne faisait pas de politique, mais avait une lecture des signes des temps… la chute du Mur de Berlin lui doit beaucoup. Tout est parti du «N’ayez pas peur» qu’il a lancé à Rome au début de son pontificat, redonnant espérance et courage à beaucoup de gens, y compris ceux qui vivaient dans la peur sous des régimes totalitaires. Je pense qu’il a été un grand apôtre de la paix. Il suffit de penser à sa mobilisation du Saint-Siège au moment de la guerre en Irak, envoyant le cardinal Etchegaray voir Saddam Hussein et le cardinal Laghi chez les Américains.

I.Media: On lui a parfois reproché de peu se soucier des affaires internes de la curie romaine. Etes-vous de cet avis ?

Le cardinal Cottier: Il ne pouvait pas tout faire. Il a fait le choix de parcourir le monde. En termes de distance, il a fait près de trente fois le tour de la terre, allant dans un très grand nombre de pays, souffrant aussi de n’avoir pas pu aller en Russie et en Chine.

I.Media: A vos yeux, qu’est-ce que Jean-Paul II laisse en héritage à l’Eglise, à son successeur ?

Le cardinal Cottier: Le pontificat de Jean-Paul II a d’abord marqué un tournant dans le style de la papauté, à commencer par les nombreux voyages entrepris par le pape. Il y avait aussi chez lui une grande liberté, avec une autorité spontanée, sans parler de ses improvisations devant les foules.

Il a beaucoup travaillé pour le dialogue judéo-chrétien, un dialogue dans lequel s’inscrit Benoît XVI. On ne peut pas oublier non plus la grande initiative de la prière des religions pour la paix, à Assise, en 1986, que Benoît XVI reprend à son compte, et ses déclarations sur la liberté religieuse. Enfin, il y a sa référence constante au Concile Vatican II, sa fidélité aux enseignements conciliaires.

I.Media: Beaucoup ont été marqués par les dernières années de son pontificat, des années d’une intense souffrance…

Le cardinal Cottier: On a su que Jean-Paul II était atteint par la maladie de Parkinson au moment de l’Année sainte. A la fin de l’an 2000, je me suis alors dit qu’il allait arrêter. Au contraire, il y a eu comme un rebondissement dans son pontificat. Il a parlé avec beaucoup de vigueur de la nouvelle évangélisation, il a écrit sur l’Eucharistie, sur le Rosaire. Il a relancé l’Eglise. C’est impressionnant lorsque l’on sait les souffrances qu’il endurait. Ça aussi, c’est un signe de sa sainteté. (apic/imedia/ami/amc)

26 avril 2011 | 12:00
par webmaster@kath.ch
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