Brésil: Un rapport mondial dénonce les violences contre les défenseurs de l'environnement
Un militant écologiste assassiné sur deux est brésilien
Brasilia, 24 avril 2014 (Apic) Le Brésil est le pays le plus dangereux au monde pour qui défend l’environnement et le droit à la terre. C’est la conclusion d’un rapport publié en avril 2014 par l’ONG «Global Witness», qui a recensé une augmentation notable des assassinats de militants écologistes dans le monde.
Le rapport indique que pour la période comprise entre 2002 et 2013, 908 assassinats ont été perpétrés à travers le monde contre des militants et responsables d’organisations défendant les droits à la terre et la protection de l’environnement. Près de la moitié de ces homicides, soit 448, ont été commis au Brésil. Les conflits ayant entraîné ces meurtres sont liés à l’exploitation forestière, aux extractions minières et aux droits liés à la terre. Au niveau planétaire, les régions de l’Amérique latine et de l’Asie-Pacifique sont les plus affectées par ces crimes.
Un peu plus de 25 ans après la mort de Chico Mendes, un militant pour l’environnement brésilien assassiné le 22 décembre 1988, le rapport de «Global Witness» rappelle que bon nombre de ces meurtres n’ont pas été suivis d’enquêtes sérieuses de la part des autorités des pays concernés. D’après les auteurs du rapport, cela signifie également que le nombre de morts est probablement supérieur aux chiffres officiels.
2012, année record
L’ONG britannique révèle que le niveau d’impunité dans ces affaires d’homicides est très élevé. «Les auteurs de ces assassinats ne sont que très rarement identifiés. Et quand c’est le cas, seulement 1% d’entre eux sont condamnés». D’après le rapport, le nombre de meurtres commis lors de ces quatre dernières années a augmenté, l’année 2012 restant à ce titre la plus meurtrière, avec 145 cas enregistrés.
Après le Brésil, c’est au Honduras, en Amérique Centrale, que la situation est la plus critique, avec un total de 109 assassinats sur la période 2002-2013. Viennent ensuite Les Philippines, en Asie, avec 67 militants écologistes tués.
D’après «Global Witness», les communautés indigènes payent le plus lourd tribut à cette hécatombe mondiale, d’autant qu’elles sont les plus exposées à l’exploitation des terres par des grandes entreprises multinationales.
Au Brésil, les membres de la CPT sont très exposés
«Dans de nombreux cas, les populations indigènes n’apprennent que leurs terres font l’objet de convoitises que lorsque les machines outils envahissent leurs territoires», souligne le rapport.
Outre les assassinats, le document relève que les conflits sont souvent accompagnés de nombreuses intimidations, menaces et tentatives de criminalisation des défenseurs de l’environnement.
Au Brésil, les militants écologistes de la Commission Pastorale de la Terre (CPT) sont particulièrement touchés par cette violence. Regrettant que les meurtres de militants commis sur le territoire brésilien ne soient pas plus dénoncés sur la scène internationale, l’organisme lié à la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB) a salué la divulgation du rapport de «Global Witness», qui vient compléter le document qu’elle publie chaque année sur les conflits liés à la terre, au Brésil. Le rapport 2013 de la CNBB sera rendu public le 28 avril prochain.
Un problème politique
«Le manque de volonté politique d’enquêter sur ces crimes favorise l’impunité, estime Antonio Canuto, secrétaire de la Coordination Nationale de la CPT. Le monde rural est invisible pour une bonne partie de la société brésilienne. Si on meurt là-bas (dans les campagnes), il n’y a pas de répercussion, regrette t-il. En vérité, les indigènes, les quilombolas (communautés composées de descendants des esclaves) et les habitants des rives de grands fleuves, en particulier en Amazonie, où sont commis la majorité des crimes liés à l’environnement, sont vus comme des personnes qui empêchent le développement du Brésil.»
Pour Alexandre Conceiçao, membre de la Coordination Nationale du Mouvement des paysans sans Terre (MST), l’absence de distribution et de démarcation des terres (pour les peuples indigènes et les quilombolas) est la première raison de ces crimes. C’est donc un problème éminemment politique. «Si le gouvernement brésilien continue à favoriser les intérêts des grandes entreprises, à faciliter la concentration des terres et à promouvoir les monocultures destinées à l’exportation au détriment des petits paysans, la violence va continuer et même augmenter au Brésil», prévient-il. (apic/jcg/rz)



