Milan: Le cardinal Scola critique la ’laïcité à la française’
Un modèle peu favorable au phénomène religieux
Milan, 7 décembre 2012 (Apic) Le cardinal Angelo Scola, archevêque de Milan, s’est montré critique à l’égard de la «laïcité à la française». Sa conception de la neutralité de l’Etat est «très problématique», a-t-il déclaré dans un discours prononcé le 6 décembre 2012 dans la basilique Saint-Ambroise de Milan, à la vieille de la fête du patron de la capitale lombarde.
Dans un discours intitulé «L’Edit de Milan: Initium Libertatis», le cardinal Scola a critiqué le concept du «modèle français de laïcité». Le prélat italien faisait référence à la récente bataille opposant le président des Etats-Unis Barack Obama à l’épiscopat américain sur la réforme du système de santé. La réforme impose aux hôpitaux, y compris catholiques, des services de couverture sociale contraires à certains enseignements de l’Eglise.
Pour le cardinal Scola, le «présupposé théorique» de cette évolution se référait, dans les faits, au modèle français de la laïcité. Il «est apparu pour beaucoup comme une réponse adaptée pour garantir une pleine liberté religieuse, spécialement pour les groupes minoritaires».
Liberté religieuse et ’neutralité’ de l’Etat se confondent
Selon une «conception désormais très répandue dans la culture juridique et politique européenne», les catégories de «liberté religieuse et de la soi-disant ’neutralité’ de l’Etat se sont de plus en plus superposées, finissant par se confondre», a expliqué le cardinal Scola. «Pour des motifs à caractère à la fois théorique et historique, la ’laïcité à la française’ a fini par devenir un modèle peu favorable au phénomène religieux». «L’idée même de ’neutralité’ s’est révélée très problématique, a-t-il poursuivi, surtout parce qu’elle n’est pas applicable à la société civile, dont l’Etat doit toujours respecter la priorité, en se limitant à la gouverner, sans prétendre la gérer».
Pour l’archevêque de Milan, les divisions les plus profondes au sein des sociétés occidentales, et surtout européennes, sont celles entre «la culture sécularisée et le phénomène religieux», et non pas «entre les différentes croyances».
Une autre interprétation de la laïcité
Dans son discours, le prélat a remis en cause les apparences de neutralité et l’objectivité des lois. Elles permettent à l’Etat de répandre «une culture fortement marquée par une vision sécularisée de l’homme et du monde, sans ouverture au transcendant».
Selon le cardinal Scola, la solution réside en une interprétation différente de la laïcité de la part de l’Etat. Il ne faut pas la considérer comme un «détachement», «une impossible neutralisation» des visions qui s’expriment dans la société. Au contraire, elle doit s’ouvrir à de nouveaux espaces, où chacun puisse «apporter sa contribution à la construction du bien commun».
L’archevêque de Milan s’exprimait à l’occasion du prochain 1700e anniversaire de l’Edit de Milan (313) qui a libéralisé le culte chrétien dans l’empire de Constantin (272-337). (apic/imedia/mm/ggc)



