Rome: L’ambassadeur d’Israël déplore la victimisation des juifs comme des chrétiens
Un obstacle vers une pleine réconciliation
Rome, 13 juin 2012 (Apic) Alors qu’il s’apprête à quitter ses fonctions, Mordechay Lewy, ambassadeur d’Israël auprès du Saint-Siège, a assuré le 13 juin que l’un des obstacles pour une pleine réconciliation entre juifs et chrétiens était le sentiment mutuel de «victimisation». Le diplomate hébreu a également confié à I.MEDIA que le document évoqué quelques jours auparavant par Haaretz comme remettant en question la position du Vatican sur Jérusalem était «hors de propos».
Intervenant aux côtés de plusieurs experts chrétiens et israéliens lors d’une rencontre organisée à l’université romaine de la Sainte-Croix sur les relations entre Israël et le Saint-Siège, Mordechay Lewy a dressé un bilan de ses «premières impressions» quant aux 4 années passées à l’ambassade d’Israël auprès du Saint-Siège, alors que son départ est prévu pour la fin juillet. «Le chemin vers la réconciliation complète est encore long», a-t-il assuré, précisant qu’il existait de «nombreuses questions» sur lesquelles les deux parties n’étaient pas d’accord.
Sur le chemin vers une vraie normalisation des relations entre les deux Etats, les «obstacles sont visibles», a encore souligné le diplomate pour qui les difficultés sont à chercher aussi bien dans l’Eglise que dans la société israélienne, mais aussi de la part d’ennemis externes. «Il suffit de penser à nos voisins», a-t-il ajouté dans une référence aux Territoires palestiniens.
L’ambassadeur israélien a évoqué une «sensibilité croissante» entre juifs et chrétiens, un «moment de suspicion». «J’ai essayé de comprendre pourquoi, a-t-il affirmé, et je crois que l’une des clés est la victimisation de part et d’autre». Ainsi, aux yeux de Mordechay Lewy, «tant que les deux parties seront convaincues d’être des victimes», il y aura des difficultés.
Revenant sur la déclaration conciliaire Nostra Aetate, «sans laquelle on ne pourrait parler de réconciliation», le diplomate a cependant regretté qu’elle ne soit pas encore accueillie et comprise partout, et qu’elle ne serve pas de lignes directrices pour tous.
Relations asymétriques
Le diplomate a alors évoqué la nature particulière des relations entre le Saint-Siège et Israël, qui n’incluent pas de relations de défense ou de commerce, mais possèdent en revanche une double dimension, à la fois politique et religieuse. Toutefois, ces relations demeurent à ses yeux «asymétriques», même si certains gestes ont été posés pour tenter d’établir un plus grand équilibre. C’est dans cette optique qu’il a rappelé le cadeau fait par Benjamin Netannyahou le 26 octobre dernier à Benoît XVI d’un olivier multi centenaire planté dans les jardins du Vatican.
Selon le diplomate, le premier ministre israélien a voulu ainsi remercier le pape pour les mots contenus dans son 2e ouvrage sur Jésus de Nazareth, paru en mars 2011. Benoît XVI y dénonçait les persécutions antisémites qui avaient utilisé au cours des siècles le prétexte de l’accusation contre le «peuple déicide» des juifs. Ce chapitre avait suscité une grande satisfaction en Israël. Mordechay Lewy a demandé d’autres gestes de la part du Vatican: «Elever au rang d’évêque le vicaire patriarcal pour la communauté catholique de langue hébraïque serait par exemple apprécié», a-t-il affirmé.
Polémique ›hors de propos’
Interpellé par I.MEDIA en marge de la rencontre, Mordechay Lewy est revenu sur la polémique née quelques jours auparavant suite à la circulation dans les milieux palestiniens d’un document de travail en vue de la signature de l’accord juridico-financier entre Israël et le Saint-Siège, le qualifiant de «complètement hors de propos». Les informations contenues dans ce document, relayées par la presse israélienne, faisaient état d’une reconnaissance indirecte de la part du Vatican de la souveraineté de l’Etat hébreu sur Jérusalem-est et sur les territoires palestiniens occupés après la guerre de 1967.
«Si quelqu’un a pu penser que le Saint-Siège pouvait avoir changé sa position (sur le statut de Jérusalem et des territoires, ndlr), c’est totalement irréaliste», a-t-il ajouté.
Quant à l’accord en cours de négociation depuis maintenant 13 ans, il a assuré que «peu de questions» étaient encore en suspens, mais que les solutions dépendaient de personnes «qui ne se trouvaient pas dans la salle au moment de la réunion» du comité bilatéral en charge de l’accord, le 12 mai. Toutefois, a-t-il précisé, «réduire les relations entre Israël et le Saint-Siège au débat autour de cet accord serait une injustice». (apic/imedia/mm/bb)



