Un pape de la transparence
Benoît XVI renonce à sa charge : la lucidité du «collaborateur de la vérité» (analyse)
Rome, 12 février 2013 (Apic) «Je vous demande de prier pour moi, pour que le Seigneur me donne la force d’accomplir la mission qu’il m’a confiée». C’est ce que Benoît XVI lançait brièvement aux fidèles le 15 avril 2012, à la veille de ses 85 ans. Quelques jours avant le 7e anniversaire de son élection il n’en dira pas plus. Mais déjà, il avait pris la décision de renoncer à sa tâche si ses forces n’étaient «plus aptes à exercer adéquatement le ministère pétrinien», comme il l’a indiqué ce 11 février 2013 devant quelques cardinaux interloqués.
Depuis quelques mois, il était apparu plus fatigué, le regard souvent lointain et parfois marqué par la souffrance. Il s’était fréquemment aidé d’une canne pour marcher, en raison de l’arthrose, et avait souvent recours à une estrade mobile pour parcourir la nef des églises.
Dans Lumière du monde, un livre d’entretiens paru en novembre 2010, il assurait déjà qu’un pape avait «le droit et, selon les circonstances, le devoir de se retirer» lorsqu’il en venait «à reconnaître en toute clarté que physiquement, psychiquement et spirituellement il ne peut plus assumer la charge de son ministère». Mais au moment de ces entretiens, quelques mois plus tôt, il affirmait alors que, «quand le danger est grand, il ne faut pas s’enfuir».
Si, désormais, il a mis de nombreuses choses en ordre autour de lui, comme le petit consistoire de novembre dernier et la nomination de son secrétaire particulier à la tête de la Maison pontificale, c’est probablement qu’il pense avoir fait son devoir au maximum de ses forces et que l’Eglise, qu’il aime profondément, a besoin d’un souverain pontife plus jeune, qui ira à la rencontre des foules, se rendra à Rio de Janeiro en juillet prochain, et poursuivra sa mission dans la ligne tracée depuis le Concile Vatican II par ses prédécesseurs et par lui-même.
D’aucuns retiendront que Benoît XVI aura été un «pape de transition», mais ses 2’855 jours de pontificat l’on surtout révélé comme un «pape de la transparence», quitte à en payer le prix. Avec la timidité qu’on lui connaît, il a doucement bousculé certaines pratiques, sans faire trop de bruit : de «l’affaire Maciel» (ancien supérieur de légionnaires du Christ à la double vie sacandaleuse ndlr) à la gestion déterminée des scandales de pédophilie qui ont éclaboussé l’Eglise, de la transparence des institutions financières vaticanes à celle de la foi qui doit animer les croyants, de l’aveu d’une «difficile» réception du Concile Vatican II à sa main tendue à l’extrême aux franges les plus traditionnelles de l’institution, du bras de fer avec Pékin au dialogue avec l’islam, etc. Sans oublier sa prise en main de l’affaire qui a secoué la curie en 2012 du fait de l’infidélité de son propre majordome.
En oubliant qu’il avait été élu à 78 ans, beaucoup ont écrit qu’il avait moins voyagé que son prédécesseur Jean-Paul II. Mais Benoît XVI a effectué 24 voyages hors d’Italie, dont l’un en Terre Sainte et un autre à Cuba. Côté chiffres, on retiendra qu’il aura publié 3 Encycliques et 3 ouvrages théologiques très personnels sur la figure de Jésus de Nazareth, sans oublier 5 synodes d’évêques réunis au Vatican.
Benoît XVI, qui est aujourd’hui le pape le plus âgé depuis un siècle, a exercé sa mission avec une extrême lucidité. La lucidité de celui qui s’était choisi comme devise épiscopale «Collaborateur de la vérité» l’a amené à reconnaître qu’il était temps, dans un geste inédit ses derniers siècles, de passer la main et de se reposer au cœur des Jardins du Vatican pour revenir à la passion de sa vie, l’écriture et la recherche théologique. (apic/imedia/ami/mp)



