Il s’invite pour concélébrer et risque d’être exclu du clergé
Un prêtre flamand suspendu provoque le cardinal Danneels
Malines, 10 avril 2001 (APIC) Un prêtre flamand de 33 ans, suspendu depuis octobre 1999 par le cardinal Danneels, est venu provoquer son archevêque jusque dans la cathédrale de Malines. Le lundi saint, Rudy Borremans s’est invité à la messe chrismale. Il a pris place au fond de l’assemblée, a passé une étole blanche sur sa veste et s’est levé au moment voulu pour accompagner de sa place, gestes à l’appui, les autres prêtres concélébrants.
Le choix de la messe chrismale était éminemment symbolique. C’est l’eucharistie au cours de laquelle l’évêque bénit chaque année les huiles saintes destinées aux sacrements. Aussi les prêtres y sont-ils intimement associés : leur ministère de collaborateurs de l’évêque se veut notamment au service de la sanctification des fidèles par les sacrements. Et c’est précisément cette communion avec l’évêque qui est brouillée depuis deux ans dans le cas de l’abbé Borremans.
Rudy Borremans était jusqu’en février 1999 vicaire à Tirlemont, où ses déclarations médiatiques et sa difficile coopération avec les équipes de prêtres et de laïcs ont fait la «une» de plusieurs journaux. L’homosexualité déclarée de R. Borremans, dont plusieurs connaissaient l’ami personnel, n’a pas aplani les difficultés. Le cardinal Danneels s’est vu d’abord contraint de lui retirer sa charge de vicaire. L’archevêque n’a jamais mis en cause la sexualité de ce prêtre, mais il a constaté que ses «interventions publiques» et sa manière de «mettre en scène» les événements rendaient «très difficile» la confiance nécessaire à une mission.
«Vivre son engagement dans le célibat»
En vue de résoudre les problèmes, le cardinal et ses collaborateurs ont multiplié les entretiens avec l’intéressé : le cardinal lui aura accordé neuf rencontres en deux ans. Les échanges ont d’abord débouché sur une convention, conclue d’un commun accord le 17 juin 1999. Rudy Borremans y a marqué sa volonté de ” vivre son engagement dans le célibat ” et «selon le contenu objectif que l’Eglise donne au célibat». Donc, pas question que le prêtre se comporte avec son ami autrement qu’en célibataire. Autre condition signée par l’ancien vicaire : le retrait de la scène publique et la «discrétion» à l’égard des médias, le temps de «se faire accepter de nouveau par la grande communauté ecclésiale».
Or, le 11 octobre 1999, l’archevêché de Malines a dû constater que, «malgré des mises en garde répétées», Rudy Borremans «n’a observé cette convention en aucun point». L’archevêque a dès lors pris une mesure supplémentaire, cette fois une sanction canonique pour inciter le prêtre à s’amender. Il l’a suspendu de ses fonctions cléricales, lui interdisant, jusqu’à nouvel ordre, d’accomplir un acte quelconque découlant de ses pouvoirs de prêtre, tels que présider l’eucharistie et administrer les sacrements. En outre, toute nomination ecclésiastique a été retirée à l’abbé Borremans, qui a trouvé entre-temps un emploi dans une institution privée.
L’an dernier, avec deux autres (ex-)prêtres, Rudy Borremans a créé l’association «Rent a priest» (»Prêtre à louer»). Sur le modèle de son homologue américaine, cette organisation propose les services à la carte de prêtres suspendus ou en rupture de ministère pour sacraliser les grands moments de la vie : un baptême, un mariage… Les évêques de Belgique n’ont pas tardé à mettre en garde contre cette organisation : «Les sacrements appartiennent au cœur de l’Eglise et ne peuvent être administrés qu’en pleine communion qu’avec l’évêque. Sinon, ils sont illicites (à l’exception des situations où il y a danger de mort).»
Ce 9 avril 2001, l’abbé Borremans est arrivé à Malines comme il l’avait annoncé à son évêque dans une lettre dont la presse a été soigneusement informée. Par retour du courrier, le cardinal a fait savoir au prêtre suspendu qu’il l’accueillerait volontiers s’il souscrit toujours aux conditions mises depuis le 17 juin 1999 : engagement dans le célibat et absence de publicité. L’archevêque a également demandé au prêtre de renoncer à «Rent a priest». «D’accord, a fait savoir Rudy Borremans par médias interposés. Mais me retirer de «Rent a priest», jamais !»
Nouvelle sanction en vue
A l’archevêché de Malines, la venue de l’abbé Borremans, accompagné de quelques supporters, a été perçue comme une «provocation». Mais l’archevêque a tenu par-dessus tout à ne pas jouer le jeu de la violence. «S’il vient, ce n’est pas moi qui le chasserai et je ne veux pas qu’on l’expulse», a-t-il fait savoir à son entourage, puis à la presse, devant laquelle il s’est expliqué pour la première fois sur cette affaire. La messe chrismale, qui avait attiré exceptionnellement attiré les caméras, s’est déroulée sans incident.
«Non, le problème n’est pas l’homosexualité !», a insisté le cardinal Danneels devant les journalistes. «J’aurais les mêmes réticences devant un prêtre hétérosexuel qui vivrait en concubinage avec une femme. Il y a un engagement au célibat à respecter de la part d’un prêtre qui a choisi de donner sa vie au Christ.» Autre difficulté majeure pour l’archevêque : «Rent a priest». ” Je n’ai rien contre les rites profanes ou contre d’autres rites que les sacrements de l’Eglise catholique. Mais quand on est un prêtre catholique, on ne peut pas porter deux casquettes». C’est la raison pour laquelle les évêques avaient publié leur mise en garde l’an dernier : les sacrements perdent tout sens ecclésial si chacun se met à les bricoler à sa manière.
Dossier transmis au tribunal ecclésiastique
Si les faits reprochés à Rudy Borremans sont établis, l’ancien vicaire de Tirlemont risque une sanction plus lourde que la privation d’une charge ou la suspension à laquelle il est déjà astreint. La peine la plus grave à l’encontre d’un clerc est «le renvoi de l’état clérical», mesure qui reste susceptible d’appel auprès de la haute juridiction de Rome.
Sur quelles bases Rudy Borremans pourrait-il être reconduit de force à l’état laïc? Le code de droit canonique prévoit explicitement sept cas, qui vont de l’hérésie à une agression physique contre le pape. «On n’en est pas là dans le cas de l’abbé Borremans», précise le professeur Rik Torfs dans un commentaire livré au quotidien flamand «De Standaard». Ce canoniste de la Katholieke Universiteit de Leuven relève néanmoins que le renvoi de l’état clérical est prévu, par mesure extrême, au canon 1395, contre un clerc qui vit en couple avec une autre personne, femme ou homme.
Au-delà de Borremans
Un autre prêtre, professeur émérite à la KUL, le sociologue jésuite Jan Kerkhofs, a confié au «Standaard» que Rudy Borremans lui paraît avant tout «avoir été manipulé et s’être laissé manipuler» par ceux qui soutiennent, derrière lui, d’autres causes. Il élargit le problème de l’affaire Borremans pour s’interroger sur la sélection de candidats à la prêtrise. ” Je ne dis pas que des homos ne sont pas aptes à la prêtrise. Mais je constate que la proportion d’homos parmi les prêtres est plus forte que dans le reste de la population. Si on pense qu’on va résoudre le problème du célibat obligatoire en recrutant davantage d’homos, on fait fausse route. Il faut accorder plus d’importance à la qualité des candidats, et se préoccuper moins de la quantité. Est-ce que des candidats sont aptes quand ils réussissent tout juste l’examen ? Je connais des gens sérieux, des hommes et des femmes, qui seraient aptes au ministère ordonné, mais on n’en tient pas compte, parce qu’ils ont eu la malencontreuse idée de se marier. Tant que ceux qui gouvernent l’Eglise refuseront de débattre du célibat, Rome paiera les pots cassés.»
Comment le sociologue imagine-t-il la suite de l’affaire Borremans ? Jan Kerkhofs ne cache pas sa crainte de voir le conflit s’envenimer, parce que «ceux qui sont derrière Borremans y ont intérêt». «Ils veulent avoir absolument raison sur un certain nombre de points. Peut-être Borremans va-t-il fonder une secte. Mais les sectes ne tiennent pas. Elles finissent par mourir.» (apic/cip/bb)



