Brésil: La Pastorale de la Personne Âgée

Un réseau de solidarité comprenant plus de 22’800 visiteurs

Salvador de bahia, 31 août 2011 (Apic) Le Brésil compte aujourd’hui 20 millions de personnes âgées de plus de 60 ans. Pour tenter de les accompagner et de leur permettre de vivre dignement et le plus longtemps possible de manière autonome, la Pastorale de la Personne Âgée a été créée en 2004, sous la tutelle de la Conférence Episcopale des Evêques du Brésil (CNBB). Une structure comprenant plus de 22’800 leaders communautaires visitant chaque mois plus de 200’000 personnes âgées à travers le pays.

L’idée de créer la Pastorale de la Personnes Âgée est née à cause du mauvais temps. En 1993, Zilda Arns Neumann, alors Coordinatrice Nationale de la Pastorale de l’Enfance se retrouve bloquée à l’aéroport de Londrina, dans l’état du Parana, au sud du Brésil. Tout comme le Dr Joao Batista Lima Filho, médecin et président de la Société brésilienne de gériatrie et gérontologie (SBGG). Les deux en profitent pour échanger quelques idées. «Lorsque je vais dans des communautés avec la pastorale de l’Enfance, explique Zilda Arns, j’entends des leaders me dire que, lors de leurs visites dans les familles, en plus des femmes enceintes et des enfants, elles rencontrent des personnes âgées. Elles aimeraient pouvoir les orienter sur les questions de la vieillesse, mais elles n’y connaissent rien.» De son côté, le Dr Joao Batista assure qu’il serait «intéressant de donner un accueil et un accompagnement aux personnes âgées, à travers des réseaux de solidarité, au même titre que la pastorale de l’Enfance.»

Présence à domicile

L’idée fait son chemin et en 1995, le manuel «Bien avec la Vie» est publié par le Dr Joao Batista. Y figurent notamment des informations de base sur le vieillissement et les soins à porter aux personnes âgées, avec un langage accessible à tous. La réflexion se porte ensuite sur une méthodologie de travail qui s’inspire largement du fonctionnement de la pastorale de l’Enfance. Les années suivantes, le travail porte sur l’élaboration de programmes de formation des futurs leaders. Il faut cependant attendre 2004 pour que la Pastoral da Pessoa Idosa (PPI) (Pastorale de la Personne Âgée) soit réellement créée sous la tutelle de la Conférence Episcopale des Evêques du Brésil.

«Notre mission principale, précise Mgr Jose Antonio Peruzzo, évêque de Palmas-Francisco Beltrão, dans l’état du Parana, et actuel président de la PPI, est de visiter les personnes âgées à leur domicile chaque mois et de surveiller quelques indicateurs pour leur permettre de conserver au maximum leur autonomie. Pour cela, nous nous appuyons sur un réseau de leaders communautaires vivant dans le quartier et connaissant généralement ces personnes.»

Dix à douze visites par mois

Suely, fait partie de ceux-là. Habitant le quartier populaire de Alto da Sereia, à Salvador de Bahia, cette bénévole visite les personnes âgées de son voisinage depuis plus de cinq ans. «Mon travail consiste prioritairement à rencontrer ces personnes chez elles, à converser, à les aider à résoudre d’éventuels problèmes administratifs ou encore faire des courses ou quelques tâches domestiques. Mais le volet le plus important de notre mission consiste à identifier des situations de risque, notamment de santé, et chercher, avec la famille notamment, des moyens de résoudre ces problèmes.» Une mission bénévole qui occupe Suely deux à trois jours par semaine et l’amène à visiter 10 à 12 personnes par mois. «Avant, je faisais cela à titre personnel, explique t-elle. Mais avec la Pastorale, mon travail est devenu plus structuré. Je me sens plus utile et mieux encadrée.» Une leader d’ailleurs convaincue qu’il est «très important de travailler avec les personnes âgées.» A condition d’être bien formée.

Une formation pour mieux connaître les personnes âgées

«Chaque leader communautaire reçoit une formation de douze heures, précise Sœur Terezinha Tortelli, coordinatrice nationale de la Pastorale. Cela comprend une méthodologie pour réaliser des visites à domicile et sur les différents indicateurs à prendre en compte, tant du point de vue sanitaire qu’en ce qui concerne les conditions de vie en général.» Toutes ces informations sont consignées sur la feuille d’Accompagnement à Domicile des Personnes Âgées (FADI).

Un suivi très important, car il semble exister une profonde méconnaissance du vieillissement chez beaucoup de gens du troisième âge. «C’est peut-être aussi dû à une négation de ce vieillissement, poursuit Sœur Terezinha Tortelli. Nous constatons aussi de plus en plus des difficultés de relations entre les générations et surtout une dévalorisation de la personne âgée. Cette dévalorisation entraîne, dans des cas extrêmes, des situations de mauvais traitements.»

200’000 personnes âgées visitées chaque mois

D’où la mobilisation toujours plus importante de la pastorale de la Personne Âgée. Avec succès. «En 2010, nous avons pu mener notre action en nous appuyant sur quelques 22’800 leaders communautaires, soit presque 20% de plus de bénévoles de plus par rapport à l’année précédente, précise Mgr Jose Antonio Peruzzo. Nous travaillons aujourd’hui dans 26 états du Brésil et plus de 800 communes.» Une activité croissante financée grâce à un budget de près de 760’000 réais (386’000 CHF environ), provenant pour les 4/5 du ministère de la Santé. Cette somme permet de visiter et accompagner chaque mois 200’000 personnes dans tout le pays. Soit seulement 1% de la population âgée de plus de 60 ans (voir encadré). D’où l’idée du «Projet Ami de la Pastorale de la Personne Âgée» (PAPPI), une campagne de sensibilisation destinée à recruter et former de nouveaux leaders communautaires et à faire appel à la générosité de tous, rappelant qu’un simple don de 10 réais (5 CHF) permet d’accompagner 15 personnes âgées.

Espérance et solidarité

Au-delà des moyens financiers pourtant, l’objectif de la Pastorale de la Personne Âgée consiste avant tout à véhiculer des valeurs. «La principale valeur que nous développons est le respect pour les personnes âgées et pour l’existence qu’elles ont déjà menée, assure Altino Rabêlo da Silva Neto, Coordinateur pour Salavador de Bahia, au nord-est du Brésil. Pour nous, l’amour et la fraternité résolvent tout. Et nous espérons qu’à terme nous allons pouvoir développer la pastorale pour que toutes les personnes âgées puissent être accompagnées et recevoir la visite d’un leader au moins une fois par mois». Un espoir que Zilda Arns et le Dr Joao Batista Lima Filho avaient déjà appelé de leurs vœux, dans la salle d’attente de l’aéroport de Londrina, paralysé par des averses torrentielles. «C’est ainsi que nous pourrons construire un réseau d’espérance et de solidarité qui promeut le bien-être pour toutes les personnes âgées», avaient-ils espéré. Un souhait devenu réalité et qui a permis d’éclaircir depuis le ciel de dizaines de milliers de personnes âgées.

Encadré

#Un pays vieillissant

Le Brésil montre une tendance claire au vieillissement. Aujourd’hui, les personnes du troisième âge constituent le groupe qui connait la plus forte croissance au Brésil. D’après l’Institut brésilien de Géographie et de statistiques, le pays comptait un peu plus de 20 millions de personnes de plus de 60 ans en 2010. Ce chiffre devrait grimper à 30 millions à l’horizon 2030, soit 13% de la population globale. Le Brésil deviendrait alors le sixième pays au monde pour le nombre de personnes âgées de plus de 60 ans.

Note aux rédactions: Des images illustrant cet article peuvent être commandées à apic@kipa-apic.ch . Prix pour diffusion: 80 frs la première, 60 frs les suivantes.

(apic/jcg/bb)

31 août 2011 | 15:34
par webmaster@kath.ch
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