Philippines : L’Eglise catholique demande pardon aux peuples aborigènes
Un rituel de réconciliation a été célébré
Baguio City, 14 octobre 2010 (Apic) Dans une démarche inédite, l’Eglise catholique a demandé pardon aux aborigènes des Philippines. Un rituel aborigène de réconciliation ainsi qu’une célébration eucharistique ont été organisés à l’issue de la semaine des peuples indigènes.
D’après l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris (MEP) « Eglises d’Asie », la Conférence des évêques catholiques des Philippines (CBCP) a créé, dès 1977, une Commission pour les peuples aborigènes. « Nous félicitons la Commission épiscopale catholique pour les peuples indigènes (ECIP) du choix du thème de cette année ›Guérison et solidarité : demande de pardon pour les fautes commises contre les peuples indigènes’», a déclaré le parti Katribu, qui regroupe de nombreux mouvements aborigènes. « Le choix de ce thème intervient au bon moment, alors que l’unité de l’Eglise peut devenir l’atout majeur des peuples indigènes pour les sortir d’une situation désespérée », poursuit le mouvement militant dans une déclaration publiée à l’occasion de la Semaine pour les aborigènes des Philippines, qui s’est achevée le 1er octobre dernier. « Tirer les leçons des erreurs du passé permet de tisser des liens plus forts, a conclu Katribu dans une déclaration. Avec le peuple philippin tout entier, l’Eglise et les populations aborigènes pourront œuvrer ensemble à un avenir de paix ».
Chaque année, la semaine précédant le deuxième dimanche d’octobre est, à l’initiative de la CBCP, consacrée aux populations « tribales » des Philippines. Le point d’orgue de la manifestation consiste en une journée de célébration œcuménique et interreligieuse lors du Tribal Filipino Sunday, réunissant des membres de l’Eglise catholique, du Conseil national des Eglises (protestantes) et des représentants des différentes communautés aborigènes. Ces dernières, d’origines ethniques et de culture très diverses, représenteraient environ 15 % de la population de l’archipel selon la National Commission on Indigenous Peoples (NCIP). Longtemps méprisées et rejetées vers les montagnes, les populations aborigènes n’ont guère trouvé de soutien, ces dernières décennies, qu’auprès des Eglises chrétiennes. La grande majorité de ces peuples sont catholiques ou protestants.
Rituel de réconciliation
Cette année, un rituel aborigène de réconciliation, le tong-tongan, s’est tenu à Baguio City, les 11 et 12 octobre, à l’issue de la semaine des peuples indigènes. Les Eglises chrétiennes exprimaient pour la première fois une demande de pardon. Mené par les anciens, le rite traditionnel a débuté par des discussions entre les représentants des Eglises et des communautés aborigènes. Les groupes autochtones, après avoir exprimé leurs griefs (la non-protection de leurs droits, de leurs terres et de leur identité culturelle), ont ensuite accepté les demandes de pardon des représentants des Eglises, concluant la réconciliation par un traité de paix puis des échanges symboliques de cadeaux. Une célébration eucharistique a clôturé la manifestation en la cathédrale Notre-Dame de la Délivrance de Baguio City.
Demander pardon pour ses fautes est une démarche authentiquement chrétienne et profondément enracinée dans l’enseignement, la doctrine et la pratique de l’Eglise catholique, a déclaré, lors de l’événement, Mgr Sergio Utleg, responsable de la Commission épiscopale pour les peuples indigènes. La spiritualité et le sens de la justice des peuples aborigènes, a poursuivi l’évêque de Laoag, permettent, de leur côté, une réconciliation en profondeur et la réparation des liens rompus. Il a enfin exprimé sa conviction que « l’Eglise et le gouvernement pouvaient travailler ensemble pour résoudre les problèmes des populations aborigènes », par l’instauration d’un dialogue et la mise en place d’échanges culturels.
« Ces activités visent à réveiller les consciences et sensibiliser la communauté chrétienne pour qu’elle se tourne davantage vers les peuples aborigènes », a expliqué le Père Antonio Calautit, du diocèse de Laoag, coordinateur du programme du diocèse pour les peuples indigènes. (apic/eda/amc)



