Un scénario à la Dan Brown
Un scientifique britannique estime que le papyrus évoquant «la femme de Jésus» est un faux
Durham, 28 septembre 2012 (Apic) Le papyrus copte présenté par une scientifique américaine comme datant du IVe siècle et qui avait provoqué un vent de spéculations en évoquant «la femme de Jésus» serait un faux. C’est qu’estime Francis Watson, professeur de l’Université de Durham, en Angleterre. Dans une étude reprise par la presse britannique le 21 septembre 2012, le professeur nie l’authenticité de ce document.
Le papyrus en question serait en réalité constitué d’une compilation de fragments de l’Évangile selon saint Thomas en langue copte, un apocryphe chrétien bien connu des exégètes, mais que l’Église n’a pas retenu dans le canon des Écritures saintes.
«Je pense qu’il est plus ou moins indiscutable que j’ai démontré comment la chose a été composée,» a déclaré Francis Watson. «Je serais très surpris si ce n’était pas un faux moderne, mais il est possible que le texte ait été composé de cette façon au quatrième siècle déjà.»
Quelques jours plus tôt, à l’occasion d’un congrès sur les études coptes à Rome, Karen King, professeur à la Harvard Divinity School, aux États-Unis, avait fait sensation en dévoilant un document ancien faisant mention de «la femme de Jésus». La chercheuse s’était dite convaincue que ce papyrus copte du IVe siècle, mesurant 3,8 sur 7,6 cm, constitue la preuve que certains des premiers chrétiens croyaient que Jésus était marié, puisqu’on peut y lire : «Jésus leur a dit, ma femme…».
D’autres spécialistes avaient déjà émis des doutes
Ce scénario à la Dan Brown avait avait été très vite contesté par de nombreux spécialistes Dans ’La Croix’ le Père Olivier-Thomas Venard, professeur à l’École biblique et archéologique française de Jérusalem avait relevé que «l’authenticité du manuscrit pose encore plusieurs questions. Surtout, on ne connaît pas sa provenance, ce qui rend toute interprétation historique difficile.» Le dominicain relevait en outre que cette image d’un Christ marié «était déjà connue». Elle est illustrée en particulier dans l’Évangile apocryphe de Philippe, qui parle de sa proximité avec Marie-Madeleine.
Dans son contexte gnostique, courant à tendance ésotérique des premiers siècles, cette mention d’épouse résonnerait plutôt comme une «allégorie spirituelle du parfait disciple, dans la veine de l’épouse du Cantique des Cantiques», telle que la tradition juive la comprend, ajoutait le Père Vénard.
Interrogé par l’AFP, le porte-parole du Saint-Siège, le Père Federico Lombardi a pour sa part remarqué qu’on ne savait pas bien d’où venait ce petit morceau de parchemin. Il a précisé qu’un tel fragment ne pouvait remettre en cause la «position de l’Église qui repose sur une tradition énorme, très claire et unanime», selon laquelle Jésus n’était pas marié. (apic/cx/mp)



